Chapitre 11 - Jeux, paires & Love

Chapitre 11

 

Un plateau d’amuse-gueules fendait la foule d’invités. Le serveur, qui le portait, s’arrêta devant un groupe et leur proposa le contenu. Une main dodue s’empara d’un canapé au saumon. D’autres mains l’imitèrent pour saisir ceux au concombre, au jambon, au thon… Ces mêmes petits amuse-gueule et bien d’autres encore étaient également disposés aux quatre coins de la salle. Derrière chaque table, un serveur s’empressait vers les invités leur apportant une profusion de boissons allant du champagne au vin en passant par des jus de fruits de toutes sortes.

La musique, de la nouvelle génération, apportait une ambiance distractive en attendant le patron qui n’avait pas encore pointé le bout de son nez.

Un serveur repartit avec un plateau vide. Il passa devant un couple. L’homme n’avait d’yeux que pour la femme à ses côtés. Celle-ci passa la main sur ses cheveux lisses qui lui tombaient au bas des reins. Elle était resplendissante. Le haut de sa robe était d’or et de satin noir jusqu’au bas des hanches puis s’évasait ensuite en forme de trompette, ouverte à mi-cuisse. Sur les bordures, le satin noir rappelait le bustier.

— Je te l’ai déjà dit, mais tu es très en beauté ce soir, Sabrina, déclara Christian.

Sabrina rosit. Son fond de teint et la poudre qui lui hâlaient le visage n’atténuaient en rien cette montée de rouge. Christian avait le don de la mettre dans tous ses états. En une semaine, elle avait fourni un effort physique triple afin de rentrer dans cette robe de taille 38. Elle se félicita pour la énième fois lorsque d’autres regards se posèrent sur elle. Elle, qui n’était pas habituée à tant d’attentions, était l’attraction de la soirée. Mais ferait-elle pâle figure devant la future femme de son patron ?

Elle contempla la salle. Salim s’était montré d’un professionnalisme surprenant. La nourriture ainsi que la boisson ne manquaient pas. Les serveurs étaient très aimables et s’empressaient au moindre vœu des invités. La décoration digne d’un mariage alliait féerie et sobriété.

Sabrina était heureuse. Christian posa une main sur son épaule nue. Il lui avait souvent dit que sa peau était douce comme de la soie.

Un petit homme brun fit son entrée et salua aussitôt Janice en lui prenant les deux mains. Celle-ci perdit son sourire crispé pour la première fois de la soirée. En apercevant Sabrina, elle s’était détournée d’elle afin de l’ignorer. Christian avec Sabrina à son bras, tous deux imperturbables, avaient entamé leurs salutations n’excluant aucunement Janice.

Une valse entraînante s’éleva après une musique rythmée.

Christian lui prit la main et la serra contre lui pour entamer leur première danse. Elle se laissa guider, envoûtée par son regard profond. Elle vivait dans un rêve depuis sa rencontre avec Christian, mais…

Pourquoi un mais ? N’était-elle pas heureuse avec lui ? Était-ce le fait qu’il lui avait demandé sa main qui la faisait se poser tant de questions, douter de ses sentiments ? Qui resterait insensible au charme et à la gentillesse de Christian ? Toutes les femmes lui tournaient autour et pourtant il l’avait choisie, elle.

Mais pourquoi elle, justement ?

Sur la piste, elle semblait voler, plus rien n’existait autour d’eux. Elle était la princesse et lui le prince. Plus rien n’avait d’importance hormis…

Lorsque la musique changea, le couple se sépara sous les applaudissements des invités. Sabrina les avait oubliés.

Un très beau couple à l’entrée frappait également des mains à leur prestation. La mâchoire volontaire de l’homme semblait néanmoins crispée.

Manuel Torente venait d’arriver.

À son bras paradait une sylphide souriante, les cheveux blond cendré bouclés retenus par une étonnante broche du côté droit. Elle était revêtue d’une robe longue noire d’une coûteuse simplicité dont le décolleté mettait en valeur des petits seins ronds et fermes. Ses yeux verts expressifs étaient chaleureux et attiraient immédiatement la sympathie. Et sa taille de guêpe pouvait faire envier n’importe quel mannequin au monde.

« Elle ne ressemble pas à celle de la photo », constata avec stupéfaction Sabrina, ressentant malgré elle le magnétisme de la superbe jeune femme.

Sabrina la vit se pencher à l’oreille de Manuel.

 

— Tu m’excuses un moment Manuel, mais je crois que j’ai remarqué Brice qui se cache au fond de la salle. Le vilain coquin ! Il m’avait promis que je serais sa cavalière à cette soirée avant de me faire faux bond. Il ne va pas s’échapper comme cela ! fit Carina d’un air espiègle.

Carina s’esquiva avant que Manuel ne puisse réagir. Ce dernier était encore sous le choc de la vision de Sabrina avec sa longue chevelure. Comme sur la photo de la campagne… Et ce bellâtre de Christian qui la retenait par la taille ! Après tout, c’était son fiancé maintenant ! De quel droit s’indignerait-il de la vie de son employée ? Mais elle ressemblait tellement à la photo…

Il n’eut pas le temps d’épiloguer plus longtemps, car plusieurs de ses employés l’abordèrent aussitôt. Il se retrouva bientôt pris dans divers petits groupes, discutant un bon moment de choses et d’autres. Il avait prévu de faire une annonce dans la soirée pour remercier tout son personnel au sujet de la dernière campagne.

Il remarqua soudainement Janice un peu à l’écart. Cette dernière observait étrangement un groupe formé par Christian, Sabrina et Ibrahim. Il n’avait pas eu le temps de les saluer depuis son arrivée, une heure plus tôt. Carina avait complètement disparu et Brice était introuvable également. Mais il ne s’inquiéta pas outre mesure pour eux. Son regard était irrésistiblement fixé sur le groupe de Christian et Sabrina. Il dut reconnaître qu’ils formaient un très beau couple. Il s’apprêtait à aller vers eux lorsqu’une main se posa sur son épaule.

— Superbe décoration, tu ne trouves pas, Manuel ? Et ces petits sandwichs finement travaillés, un pur régal ! dit Jérôme d’une voix un peu pâteuse. Sabrina est vraiment une fée. Tu devrais la féliciter. Cette fille est un trésor. Je la garde à mon service, au fait.

— Je crois que tu devrais goûter au soda…, grogna Manuel avant de s’éloigner.

Il vit que Sabrina avait quitté le groupe pour se diriger vers le vestiaire des dames. À nouveau, une main se posa sur son épaule. Décidément, il n’arriverait jamais à le saluer ce groupe !

— Bonsoir, Manuel, enfin te voilà parmi nous !

— Luis ! Je ne savais pas que tu venais. Anabella m’avait dit que tu étais de garde ce soir. Elle est avec toi ?

— Oui, elle est là quelque part entre toutes ces robes fabuleuses et ces costumes pimpants. J’ai pu me libérer à la dernière minute. On vient juste d’arriver.

— Comment va ton père ?

— Bien. Il attend toujours ta visite sur la côte Atlantique. Nous avons pu passer quelques jours avec lui lors de mes congés en janvier, Anabella et moi.

— Un de ces jours, j’irai sans doute. Tu sais que j’y ai passé une bonne partie de mon enfance.

— Tu veux dire que tu as piqué ma place lorsque j’étais en pensionnat, rit à demi Luis.

— Piquer ta place, j’aurais bien voulu, mais elle était déjà prise. Ce sont mes meilleurs souvenirs, tu le sais bien. Ton père a été merveilleux. Il a su prendre sous son aile l’adolescent perturbé que j’étais et j’ai beaucoup appris avec lui.

— Tu sais que lui aussi regrette ce temps où il était éducateur. Il fait un peu de bénévolat dans la petite ville où il habite. Tantôt il sert d’écrivain public, tantôt il arbitre un match de foot amical entre jeunes. Figure-toi qu’il vient tout juste de reprendre du service. Je crois qu’il est très fier de toi, Manuel. Tu as magnifiquement redressé la barre. Reste plus qu’à te trouver une charmante épouse. Tu es venu en sacrée bonne compagnie à ce qu’il paraît.

— Tu veux parler de Carina ? Pour une fois, tes compliments sont mérités. Carina est une hôtesse parfaite doublée d’une personnalité attachante. Il faut absolument que je te la présente. En fait, je devais venir avec sa sœur, Gisela.

— Ah bon ? Je croyais que tu étais justement avec Gisela. Tu es bien cachottier à propos de tes fiançailles que j’ai apprises par voie de presse. Cela ne te ressemble pas du tout. Et maintenant, tu jongles d’une sœur à l’autre, je t’avoue que je n’y comprends rien.

Manuel rit de bon cœur.

— C’est un peu compliqué. Gisela, pour des raisons de santé, n’a pu venir et Carina s’est proposée pour la remplacer. Je t’expliquerai un peu plus tard si tu veux bien. Car, là je dois saluer quelques personnes que je n’ai pas eu le temps encore de voir. À plus tard.

Manuel laissa Luis un peu en plan pour suivre Christian qui s’était mêlé à un nouveau groupe. Christian, à sa surprise, quitta la pièce principale par une issue latérale.

La fête se donnait dans la plus grande des salles de musculation de Vis ta forme. Tous les appareils avaient été provisoirement transposés dans une autre salle.

Manuel emprunta le même chemin que son diététicien. Il s’arrêta brusquement en cours de route et recula instinctivement contre un mur formant pilier en entendant des bruits d’escarpins.

— Te voilà ! Je croyais que tu n’allais plus venir, soupira une voix féminine que Manuel reconnut aussitôt.

— J’ai pas pu avant. Tu es bien jolie dans cette robe, Janice.

— Aussi jolie que Sabrina ? fit celle-ci avec un rire de gorge avant de se pencher sur les lèvres du visage blond dont les yeux intenses révélaient un désir évident.

Manuel recula à pas de loup et s’esquiva sans bruit. Il tomba nez à nez avec Sabrina. La porte claqua sèchement comme un couperet.

— Bonsoir, Sabrina.

— Bonsoir, Manuel. Heureuse de vous voir enfin parmi nous.

Cette affirmation sonnait à ses oreilles comme un reproche. Les yeux, maquillés de mascara et de khôl, fuyaient son regard.

— Excusez-moi, je dois passer, dit-elle.

Elle prit de ses deux mains les pans de sa robe, ce qui amena Manuel à découvrir ses belles jambes galbées.

Quel changement spectaculaire en si peu de temps !

— Sabrina, la retint-il, en lui attrapant le bras au moment où elle se déporta à sa droite pour le contourner. Il faut que nous parlions de choses sérieuses.

La jeune femme osa enfin le regarder.

— Cela ne peut-il pas attendre ?

— J’ai bien peur que non. Venez, ordonna-t-il en gardant sa main sur son bras.

Il remarqua, à son grand étonnement, que la texture de la peau de Sabrina était d’une douceur à en renverser plus d’un.

Son visage se ferma à l’idée que ce baratineur de Christian avait pu tout à loisir la toucher. Que Christian ait osé se jouer d’elle le mettait dans une colère terrible !

Manuel et Sabrina traversèrent la piste de danse où certains couples se tenaient enlacés. L’éclairage s’était légèrement tamisé pour donner un côté plus intime à la chanson.

Sabrina s’arrêta lorsqu’une main se posa sur son bras.

— Veux-tu danser avec moi ? proposa Jérôme sans se soucier de son patron.

Manuel fulmina intérieurement. Il n’avait jamais vu son commercial dans un état pareil. Et là, ce n’était pas le moment de lui enlever Sabrina.

— Sabrina m’a promis cette danse, répondit froidement Manuel en le fusillant du regard. Et ne touche plus à l’alcool. Va prendre un café, et tout de suite !

Son ton tranchant fit frissonner ses deux employés.

Baissant la tête comme un enfant pris en faute, Jérôme se dirigea vers une table.

Manuel offrit sa main à Sabrina pour esquisser quelques pas de danse. Ils seraient, pendant quelques minutes, seuls.

— De quoi doit-on parler ? s’enquit Sabrina, refrénant le moment où il allait l’étreindre sur la piste.

De sa beauté, songea-t-il avant de se reprendre. Mais elle avait un si beau visage. Le maquillage faisait ressortir ses yeux et ses pommettes. Le gloss transparent et brillant rehaussait ses lèvres. Le collier de perles sur sa nuque attirait irrévocablement les yeux de Manuel. Une envie d’embrasser son cou et redescendre sur son épaule nue le submergea.

Il s’écarta légèrement pour qu’elle ne sente pas son désir.

Sabrina le fixa d’un air interrogateur.

— Je souhaite vous parler de…

Manuel s’interrompit brusquement. Comment lui annoncer que son fiancé était un batifoleur ? Mais était-ce à lui de l’avertir ?

— … de vos fiançailles avec Christian, finit-il par dire. Finalement, je pense qu’on sera plus tranquille pour en discuter dans mon bureau.

Ils gagnèrent l’ascenseur pour monter à l’étage au-dessus où se trouvait l’administratif.

« Pourquoi je le suis docilement ? pensa Sabrina. Mes fiançailles ne le concernent absolument pas. À moins qu’il ne veuille me féliciter. Pas besoin d’aller à son bureau pour cela, quand même. Qu’a-t-il encore inventé ? »

Dans l’ascenseur, elle se tint coite. Elle s’efforçait de s’imposer l’image de son fiancé afin d’oublier la présence intimidante de son patron. Son costume crème lui donnait indubitablement l’air d’un boucanier avec sa peau bronzée. Ses cheveux noirs bouclaient sur la nuque et ses yeux marron fixaient les boutons de l’ascenseur tandis que ce dernier les transportait à destination. Elle l’imaginait bien à la poupe d’un bateau pirate avec ce regard décidé qu’il affichait actuellement.

Lorsqu’ils furent enfin dans le bureau de Manuel, celui-ci n’y alla pas par quatre chemins.

— Je crois de mon devoir de vous mettre en garde contre Christian, Sabrina, commença-t-il.

— En garde contre quoi ? Vous faites allusion à son statut de fiancé ou au fait qu’il s’occupe également de mon régime en tant que diététicien ?

— Je ne savais pas que vous le consultiez pour votre régime. Voilà comment vous avez perdu autant de poids ! s’exclama Manuel.

— Qu’est-ce à dire ? Je sais que vous auriez voulu que je ressemble à l’image fabriquée de votre campagne publicitaire. Eh bien, non, je ne suis pas une image façonnée à votre envie ! se rebiffa-t-elle. Christian a su me comprendre, il m’apporte la sérénité et la stabilité dont j’ai besoin !

Voilà, c’était lancé ! Elle lui avait craché enfin sa rancœur concernant sa façon de la déplacer à tout va d’un endroit à un autre sans respecter ses sentiments.

Manuel eut un coup de chaud. Il enleva sa veste et la déposa sur son bureau. Il ne la pensait pas aussi remontée contre lui. Finalement, ce n’était pas la meilleure façon de lui ouvrir les yeux.

— Vous ne savez pas ce que vous dites ! Je ne vous ai jamais considérée comme telle. Peut-être que j’ai mis trop d’enthousiasme dans ce projet, oui sans doute, un peu trop. Mais, vous vous trompez. Christian n’est qu’un séducteur de pacotille. Et vos illusions s’envoleront bien vite lorsque vous vous rendrez compte. D’ailleurs, assez parlé !

Il pencha subitement sa tête sur la sienne. De sa langue, il lui caressa le pourtour des lèvres, évaluant la texture et la saveur.

Sabrina, complètement prise au dépourvu, n’eut pas le temps de réagir. Et, même si elle le souhaitait, sa volonté semblait comme annihilée, constata-t-elle avec stupéfaction.

Manuel l’embrassa en prenant ses lèvres en une multitude de petits baisers à un rythme crescendo jusqu’à ce que leur langue se rencontre en une chorégraphie érotique dans un baiser mouillé, salé-sucré, consumant leur corps qui ne se touchait point.

Totalement aspirée par les lèvres de Manuel qui lui faisaient l’effet d’un cœur de bonbon au chocolat dont le coulis descendait par vagues gourmandes dans sa bouche, Sabrina entendit au loin comme un gémissement de petit animal. La plainte devenait plus accentuée à mesure qu’elle se perdait dans ce baiser qui capturait tout son corps en une étreinte ardente.

Manuel s’interrompit brusquement.

Sabrina lâcha un cri de protestation terriblement sensuel et réalisa alors que l’animal, c’était elle.

Il frôla, de son pouce, la ligne de son cou. Ce geste déclencha un cataclysme dans le corps de la jeune femme qui frissonna longuement.

— Vous êtes prête à vous donner à moi si je continue un peu plus, là maintenant ? Est-ce que Christian est toujours présent ?

Aucun triomphe ne transparaissait dans sa voix, seulement un constat dont elle ne pouvait nier la réalité. Son corps était tendu d’un désir brutal, bestial, qui demandait à être assouvi en urgence.

Il ramassa sa veste et quitta la pièce, la laissant hébétée, furieuse contre elle-même d’être ainsi encore rabaissée à un objet.

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