Chapitre 17 - Jeux, paires & Love

Chapitre 17

 

 

Le calme de la mer annonçait une superbe journée. Sabrina n’avait pas vu l’étendue bleutée depuis des années. Elle se tenait appuyée à la rambarde, émerveillée par ce que la nature pouvait offrir de plus beau : la terre. Le port, les plages, les bandes de terre s’éloignaient à mesure que le catamaran avançait. Allait-elle apercevoir des bancs de poissons, des dauphins ? Elle n’avait aucune connaissance de la faune marine de ce côté de l’Atlantique.

Manuel, Frédéric et Michel se tenaient près de la barre. Michel montrait les commandes à Frédéric. L’adolescent était enthousiaste à l’idée d’apprendre à diriger un catamaran. Manuel, quant à lui, se félicitait d’avoir emmené le garçon dans le sud. L’endroit, plutôt calme en comparaison au stress parisien, était idéal pour que son protégé retrouve ses repères.

— Vous appréciez la vue ? demanda Manuel qui s’accouda silencieusement à côté de Sabrina.

— Oui, beaucoup. C’est très beau. Merci de m’avoir invitée. Et le catamaran est d’une élégance dans sa conception. Michel a bon goût en ce qui concerne la décoration.

— En effet. Il aime beaucoup naviguer. Son catamaran est sa seconde maison au désespoir de sa femme.

Le visage de Sabrina s’assombrit. Elle aussi avait failli se marier… avec Christian.

— Je suis désolé pour Christian et vous, dit Manuel sincèrement, devinant son émoi.

— Vous m’avez prévenue…

Sabrina ne put ajouter autre chose, car sa gorge se noua. L’opinion qu’avait Manuel d’elle comptait énormément.

— Me faites-vous confiance ? l’interrogea-t-il.

— Je…

— Oui ou non ?

— Oui, finit-elle par dire.

Manuel lui prit la main et ils se faufilèrent jusqu’au plateau suspendu sur l’arrière du catamaran qui avait suscité une peur panique chez Sabrina. Elle aimait beaucoup nager dans la piscine, mais la mer profonde sous ses pieds lui donnait une sensation de vertige.

— Venez… venez avec moi, insista Manuel.

Sa voix douce l’incita à poser le pied sur le sol tressé imitant un peu un trampoline.

Michel guidait son bateau à une vitesse plutôt lente. Elle pouvait observer l’eau défiler sous eux. La masse sombre évoquait un grand vide. Pas à pas, Manuel la conduisit en plein milieu en lui tenant les deux mains. La crainte empêchait Sabrina de garder les yeux ouverts. Le parfum entêtant du déodorant masculin l’étourdissait.

— Ouvrez les yeux, murmura-t-il à ses oreilles. Je suis là, ne vous inquiétez pas.

Sabrina obtempéra. Le visage de Manuel était à quelques centimètres du sien.

— Avez-vous toujours peur ?

Sabrina secoua la tête. Elle avait du mal à respirer. Elle se persuada que c’était la sensation d’être sur ce filet. Elle le voyait se défaire et frissonna à cette idée.

Elle se sentit attirée dans les bras de Manuel. Sa tête se nicha sur le torse musclé de son patron. Il lui caressa affectueusement les cheveux.

— Je suis là. Pleurez une bonne fois pour toutes pour évacuer votre chagrin. Il ne mérite même pas ces pleurs, mais cela vous fera du bien.

Les yeux de Sabrina s’embrumèrent. Il croyait que son désarroi était dû à Christian. Elle encercla ses bras autour de Manuel et s’accrocha à lui comme à une bouée. Les larmes lui picotaient les yeux, mais elle ne pleura pas. Elle avait juste envie de prolonger cet instant contre cette poitrine si robuste. Ses doigts pouvaient capter les battements réguliers du cœur de Manuel et ses propres pulsations s’accélèrent tandis qu’un trouble l’envahissait. Elle s’écarta légèrement. Elle ne devait pas oublier qu’il en aimait une autre.

Manuel relâcha sa pression autour d’elle.

Que n’aurait-il donné pour effacer cet homme de sa mémoire !

Frédéric, avec la fougue de sa jeunesse, sauta soudainement à côté d’eux et ils finirent assis tous les trois sur l’immense filet. Le premier étonnement passé, ils éclatèrent de rire en même temps.

— C’est bizarre, remarqua Frédéric, vous êtes si proches l’un de l’autre et pourtant vous vous vouvoyez encore.

— Bien vu ! On va rectifier cela tout de suite. Tu es d’accord, Sabrina ?

La jeune fille sourit légèrement. Cela allait faire tout drôle…

— Tu m’as déjà entraînée sur ce filet, je te suis également sur la voie du tutoiement.

 

Michel fit une manœuvre risquée pour revenir sur le Bassin d’Arcachon en prenant la passe du Cap Ferret. Il fit un petit tour sur le Bassin pour terminer la ballade sur l’eau.

— On va contourner l’Île aux oiseaux, annonça-t-il.

Frédéric s’assit à l’arrière sur une des marches du petit escalier qui descendait dans l’eau. La vitesse était bien réduite maintenant. Il pouvait toucher l’eau de ses pieds sans risquer de tomber. Sabrina et Manuel se positionnèrent du côté du filet à l’autre bout du catamaran.

— Regarde les cabanes sur pilotis, montra Manuel à Sabrina. L’étroite bande de terre qui vient plus loin est le lieu de rencontre de volatiles de toutes sortes. L’endroit est encore difficile d’accès. Les ostréiculteurs ont implanté leur élevage d’huîtres tout autour. Tu aimes les huîtres ?

— J’en ai déjà goûté. Oui, j’aime bien.

— On ira peut-être en manger. Les huîtres d’Arcachon sont réputées.

Ils restèrent un moment, silencieux, captivés par le paysage.

Les deux cabanes suspendues sur des échasses étaient comme de gros crabes dominant l’eau ruisselante sous la lumière solaire. Le tournoiement incessant des oiseaux accentuait le caractère encore sauvage et pur de l’endroit. Cet espace naturel riche en nourriture variée était le refuge ancestral des aigrettes, alouettes, sarcelles et autres espèces de canards en toutes saisons. Le lieu avait ravi également le cœur de tous les amoureux de la nature épris de liberté.

Sabrina sentit l’émotion de Manuel. Elle vit ses mains se crisper sur le bastingage.

— Quand Mario m’a emmené pour la première fois ici, j’avais l’âge de Frédéric, révéla Manuel, tout à coup.

— Vous… tu veux dire que t…

— Oui. J’étais loin d’être un ange à l’époque. Mes parents s’étaient séparés et ma mère était allée vivre avec un autre homme. Mon père, qui avait ma garde, était ingénieur dans une grande firme automobile. Je ne le voyais pas souvent, lui aussi. Et je n’avais pas de bonnes fréquentations non plus.

— Que sont-ils devenus ?

— Ils sont décédés tous les deux. Mon père, de par son origine italienne, avait gardé des liens en Italie. Je me suis réfugié plus tard chez une vieille tante jusqu’à ce qu’elle disparaisse à son tour. En fait, je considère Mario plus comme un père. Parfois, je regrette de ne pas prendre le temps de lui téléphoner plus souvent. Il m’a pris en main et m’a donné l’affection qui me faisait défaut.

— Voilà pourquoi tu es si attaché à Frédéric. Il a un peu le même parcours.

— Pas seulement. J’aime bien les enfants.

— Moi aussi, fit Sabrina en pensant à Joshua.

Tous deux sourirent en observant l’envol d’une nouvelle colonie d’oiseaux parmi lesquels se distinguaient quelques courlis cendrés reconnaissables à leur long bec courbé.

Frédéric avait rejoint Michel à la barre et ce dernier entonna le refrain de la chanson du Bassin :

[1]Oui ! Le Bassin est sans rival au monde,

Quand on le voit, on oublie ses chagrins,

Quel bonheur, quand on glisse sur l'onde,

En chantant ce gai refrain !

Nous respirons un air pur qui nous grise,

Et quand sur l'eau, joyeux, nous naviguons,

Nous comprenons ce que chante la brise.

Quel bijou, le bassin d'Arcachon.

 

Une heure plus tard, le catamaran accosta dans le port.

— Frédéric, viens jeter un œil sur mon vieux loup de mer. Il est arrimé plus loin.

Ils descendirent tous du catamaran pour se rendre à l’autre bateau. Sabrina nota le teint encore plus hâlé de Manuel. Sa peau avait une belle couleur pain d’épice. Cela lui rappela le chocolat et les baisers qu’ils avaient échangés. Une rougeur lui monta aux joues.

 

Les journées suivantes s’organisèrent autour des ateliers préparés par Mario à l’attention de Frédéric et des excursions dans la nature où Manuel, Sabrina et le jeune apprenti vadrouillaient ensemble.

Par une belle matinée, ils optèrent pour un tour à bicyclette à l’intérieur de la ville. Sabrina partit au-devant des deux hommes, pédalant à toute allure.

L’architecture des demeures familiales présentait des styles différents où prédominait un soupçon des années trente agrémenté d’un passé colonial. Toutes les habitations charmaient avec leurs belvédères, avant-corps et autres vérandas. Ce débordement en plein air prolongeait la joie de vivre. Le soleil transpirait dans les méandres des barreaux en bois des balcons, chatoyait en des arabesques à travers les carreaux des bow-windows pour réchauffer le cœur des maisons et celui de ses heureux propriétaires.

Sabrina ralentit sa course pour se laisser emporter par la magie des couleurs, les formes dépaysantes et les noms évocateurs des résidences aux mille facettes. Aurait-elle un jour la chance de vivre dans une maison de ce genre ? Elle eut la vision d’une ribambelle d’enfants courant à travers toutes les pièces… Un foyer… Pour cela, il faudrait un homme sur qui compter.

À cette idée, son visage s’assombrit.

 

Le lendemain, elle participa à un des ateliers du père de Luis. Avec Frédéric et quelques jeunes filles qui séjournaient provisoirement chez Mario, ils récoltèrent les légumes du jardin. Ils en avaient rempli un nombre impressionnant de cartons pour les distribuer ensuite aux personnes dans le besoin. À l’intérieur du cellier, Sabrina, avec deux autres jeunes filles, s’occupait de sortir les caisses empilées. Une chaîne de mains acheminait ensuite les légumes jusqu’à un comptoir Restaurant du Cœur improvisé devant la maison où se présentaient les nécessiteux.

Après une heure ou deux à descendre les piles, Caroline et Julie laissèrent Sabrina pour aider au comptoir. Cette dernière en profita pour ranger un peu le sol jonché de papiers ayant servi à tapisser le fond des caisses fragiles. Son attention se porta soudainement sur une photo à la une d’une revue people. Elle alla directement aux lignes s’y rapportant.

« Fiançailles officielles et mariage programmé pour le milliardaire grec et sa sulfureuse compagne Gisela ».

Elle dévora l’article en un clin d’œil, perplexe. L’entrefilet se terminait par les mots suivants :

« …et pour l’ancien prétendant de la belle, il s’est vite consolé dans les bras de la ravissante cadette des Safori, Carina, dont les soirées mondaines font fureur à Gênes… »

Manuel avait donc rompu ses fiançailles avec Gisela… pour sa sœur Carina.

— Sabrina, tu es là ? On est en rupture de courgettes.

Manuel ! Elle glissa le magazine sur le tas de cartons derrière elle et s’assit brusquement dessus, juste à temps.

— Je… je crois qu’il ne reste plus de courgettes…

— Et ce carton sur lequel tu es perchée ?

— Ce sont des tomates, dit-elle précipitamment… Enfin, je crois…

Ses joues commencèrent à devenir de la même couleur que les légumes.

Pourvu qu’il ne vienne pas vérifier !

— Tu te sens bien ? interrogea Manuel en remarquant son teint rosé.

Il s’avança et s’arrêta à quelques centimètres d’elle, l’air grave.

— Je pense que tu as assez fait pour aujourd’hui. Tu devrais te reposer un peu.

— Je vais tout à fait bien. Juste un peu… fatiguée, termina-t-elle avec difficulté.

Elle cligna des paupières pour échapper au magnétisme de ses yeux scrutateurs. Mais elle resta comme hypnotisée par le front haut, les mâchoires carrées, le nez légèrement courbé et la bouche où des lèvres minces, terriblement sensuelles, s’étiraient en un pli d’inquiétude. Elle refréna le geste pour repousser la boucle brune derrière son oreille et se mordit la lèvre. Elle pâlit. Ses pensées prenaient un tour trop…

De son côté, Manuel était alarmé par son changement de couleur. Il passa brièvement une main sur son front et ce contact lui rappela sa visite à son domicile lorsqu’elle était alitée. Sabrina bougea légèrement comme pour fuir, et leur tête, au contraire, se touchèrent presque. Il eut une envie soudaine de l’embrasser et retrouver le goût savoureux de ses lèvres. Il se gourmanda instantanément de vouloir profiter de la situation. Comment avait-il pu oublier qu’elle était en convalescence ? Il s’était promis de maîtriser ses instincts en sa présence. Ce diététicien était sans doute la cause de sa perturbation. Il s’écarta aussitôt.

— Je t’apporte à boire. On manque un peu d’air dans cette salle confinée.

Dès qu’il tourna les talons, elle ressortit le magazine et le planta à l’intérieur d’un cageot d’oignons en bas de l’empilement où elle était assise quelques minutes auparavant.

Le cœur battant, les mains tremblantes, elle essayait de retrouver son calme. Elle avait des réactions de gamine ! Et lui qui était vraiment soucieux de sa santé ! Elle eut honte tout à coup de son attitude.

Contre toute attente, Mario vint lui ramener une bouteille d’eau.

— Manuel a repris le relais à l’extérieur. Il m’a expliqué que vous aviez eu un malaise.

— Je crois que Manuel a exagéré. Je n’ai rien du tout.

— Luis et Anabella m’ont appris pour votre mère. Après la perte d’un être cher, le contrecoup arrive souvent tardivement.

— Cela va vous paraître bizarre, mais je croyais moi aussi avoir du mal à surmonter cette douleur. Et au contraire, il n’en fut rien. Bien sûr, les premiers jours furent difficiles, sans Luis sans doute les choses auraient été autrement. Mais j’ai la conviction que ma mère m’a légué son optimiste. Et puis, les heures passées en compagnie des enfants à l’Association y sont aussi pour beaucoup.

— Les enfants nous apportent effectivement beaucoup de joies. Certains sont renfermés, d’autres plus ouverts. Mais chacun nous donne à sa manière une envie de nous battre pour eux. Rien n’est plus merveilleux que la sensation d’avoir su leur insuffler cette lumière qui brille dans leurs yeux.

— J’ai pu constater combien les adolescents vous respectent et, en même temps, ils ont cette chaleureuse façon de vous considérer.

— Ne vous fiez pas à leur air, dit Mario en riant. Certains sont rétifs et me jouent de très mauvais tours dès qu’ils ne sont plus en ma présence.

— Est-ce que Manuel était de ceux-là ? osa demander Sabrina.

Le visage de Mario s’adoucit.

— Non. Dès le départ, le courant est passé entre nous. C’est bizarre, mais je viens de remarquer que vous êtes tous les deux, enfant unique. Je l’étais moi aussi. C’est une des raisons qui m’ont poussé vers les enfants.

— Ce n’est pas tout à fait pareil pour moi, murmura Sabrina en réfléchissant. J’ai eu un frère aîné mort à la naissance. Mes parents n’en ont jamais parlé et je n’ai jamais osé aborder le sujet non plus. La douleur avait enterré leur amour pour lui. Peut-être est-ce ma raison d’aimer autant les enfants ? réalisa-t-elle tout à coup.

— Peut-être. En tout cas, vous êtes à votre place parmi eux, c’est évident.

Caroline et Julie revinrent réclamer d’autres approvisionnements. Mario et Sabrina remirent la main à la pâte. La journée s’acheva ainsi entre déchargement, exposition, remplissage et distribution.

À la nuit tombée, lorsque la montagne de légumes trouva enfin preneur, tout le monde se réunit dans le grand salon à discuter ou à jouer aux cartes. Sabrina avait accepté de bonne grâce d’être la partenaire de Caroline dans une partie de belote contre Frédéric et Julie. Manuel et Mario, quant à eux, étaient debout sous la véranda.

De là où ils se tenaient, on pouvait apercevoir un bout de mer au loin.

— Je suis particulièrement heureux de te voir ici, Manuel. Mais tu n’es pas venu seulement pour me ramener Frédéric, n’est-ce pas ? dit Mario.

— C’est vrai, je voulais prendre un peu de vacances en même temps et te revoir. Quoi de plus agréable de retrouver une personne chère et un coin où l’on se sent bien ?

— Pourquoi maintenant ? Tu pouvais le faire auparavant.

— J’avoue que je t’ai négligé un peu. Mais sincèrement, je n’avais pas eu un moment à moi.

— Je sais et je comprends cela. Je ne te le reproche en rien. Je voulais parler de toi. J’ai eu connaissance de tes fiançailles.

Manuel se raidit et ouvrit la bouche, mais Mario leva la main pour l’arrêter.

— Ne dis rien. J’ai deviné que ces fiançailles ne sont pas réelles sinon tu m’aurais déjà présenté cette fabuleuse jeune femme qui a su conquérir ton cœur. Vois-tu, Frédéric ne sera pas comme toi. Ce jeune homme est comme certains de ces oiseaux migrateurs qui viennent chercher réconfort et nourriture dans un lieu plaisant sans pour autant y former son nid. Son tempérament artiste l’emmènera vers une vie de liberté. Mais toi, Manuel, autre chose t’anime. Tu es quelqu’un d’extrêmement sensible aux autres. Jusqu’à en oublier tes propres rêves. La flamme que j’ai aperçue dans tes yeux lorsque tu es venu à moi, la première fois, s’est éteinte. Mais je suis sûr qu’elle s’y trouve encore cachée quelque part en toi. Est-ce pour cela que tu es venu ?

— Que te dire Mario, si ce n’est que rien ne t’échappe, murmura Manuel bouleversé.

— J’espère de tout cœur que ton séjour ici t’apportera la réponse que tu cherches. J’aimerais retrouver le garçon plein d’ardeur et heureux de vivre que j’ai connu.

Sur ces mots remplis d’une tendresse vibrante, Mario s’esquiva sans bruit laissant Manuel à ses méditations sous un ciel piqueté d’étoiles.

 

Le lendemain, Manuel entraîna Sabrina et Frédéric dans un restaurant au bord de la mer où ils dégustèrent tout un plateau d’huîtres avant de se balader sur le port. Manuel leur expliqua que la qualité des huîtres était due à la pureté de l’eau renouvelée par les rouleaux marins qui balayaient les passes.

Sur la jetée principale, ils purent admirer les pinasses, ces fameuses embarcations typiques du bassin. Jadis, celles-ci servaient à charger les huîtres, maintenant elles étaient remplacées par des plates qui alliaient un tirant d’eau, une légèreté et une malléabilité naturelle dans les bifurcations des chenaux. Les pinasses et bacs à voile étaient désormais destinés à des embarcations de plaisance et d’activités ludiques sur l’eau.

Lorsqu’ils rentrèrent à la maison après avoir déposé Frédéric chez Mario, il faisait nuit. Le dîner terminé, Manuel et Sabrina se mirent sur le balcon. Lui était assis sur le hamac et elle, accoudée non loin sur le parapet, observait les arbres. Ils goûtaient tous les deux à la fraîcheur de la nuit si paisible. L’air saturé de senteur des pins était transpercé par moments du chant siffleur d’une alouette.

Manuel se positionna plus confortablement dans le hamac.

— J’ai l’impression d’appartenir à cet endroit, dit-il doucement.

— Qu’entends-tu par appartenir ?

— Je veux dire… comme une femme appartient à un homme et vice versa.

— On n’appartient pas à quelqu’un. Chacun a son identité propre.

Elle songeait à son image placardée dans toute la France pour sa campagne.

— Oui, chacun a sa liberté et cela ne peut lui être ôté. Lorsque je parle d’appartenance, je fais référence au fait d’aimer quelque chose ou quelqu’un au point de se fondre en lui tout en sachant qu’on est soi et en même temps l’autre. Lorsque je suis loin d’ici, dans mon bureau à Paris ou en Italie, mon cœur revient souvent ici. Et cet endroit se transporte partout où je vais, avec moi.

— C’est très beau ce que tu dis. Je n’ai pas trouvé cette appartenance encore. Tu as de la chance…

« … d’avoir également trouvé un tel amour auprès d’une femme », rajouta-t-elle en son for intérieur.

Carina avait su prendre la place de sa sœur dans le cœur de Manuel. Une tristesse la gagna malgré elle. Aurait-elle pu, elle aussi, connaître ce bonheur avec Christian ? Il aurait fallu être deux pour cela. Elle n’avait été qu’une parmi d’autres pour lui.

Ils restèrent un moment silencieux méditant ces paroles.

Puis, elle bâilla et porta sa main à sa bouche.

— Je pense qu’il est temps d’aller se coucher. Demain, on a la sortie à la Dune de Pyla et il faudra récupérer des forces pour monter sur la montagne de sable, conseilla Manuel.

— Bonne nuit Manuel, dit Sabrina en le regardant s’allonger dans le hamac avant de rentrer avec regret à l’intérieur.

— Bonne nuit, Sabrina, à demain, chuchota-t-il.

 


[1] Extrait de la chanson de Pierre Denjean « La chanson du bassin »

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