Chapitre 19 - Jeux, paires & Love

Chapitre 19

 

 

Manuel lançait son véhicule sportif à vive allure sur la route. La pluie lui brouillait une partie du chemin. Il avait hâte de rentrer et de retrouver son chez-soi. Depuis son départ d’Arcachon pour l’Italie, ses pensées revenaient inéluctablement vers Sabrina. Ses yeux, sa bouche, ses cheveux ainsi que sa peau si douce l’obnubilaient. Il avait longtemps enfoui ses émotions et réfréné les sensations qu’elle suscitait en lui. La jeune fille n’avait sans doute pas les mêmes pensées à son sujet. Ce constat l’avait conforté dans son départ pour l’Italie. L’éloignement lui permettrait d’écarter cette présence obsédante. En vain, réalisa-t-il maintenant.

Carina avait sollicité son aide. Gisela allait certainement perdre son bébé et sa jeune sœur n’avait pas les épaules assez solides pour affronter la détresse de Gisela en cas de malheur. Manuel avait donc veillé sur Gisela comme il l’aurait fait avec un enfant, se relayant aux côtés de Constantino. Ce dernier, au début, avait eu un peu de mal à accepter sa présence, puis les deux hommes avaient fini par se respecter.

Gisela avait finalement donné naissance à un petit garçon prématuré prénommé Tino. Elle avait désigné Manuel parrain de son fils. Celui-ci était en parfaite santé après quelques jours dans la couveuse de la maternité.

Manuel se courba vers sa boîte à gants à la recherche de son téléphone portable. Il voulait entendre la voix de Sabrina et l’avertir de son retour en France. Il avait appris sa démission par Brice et son embauche au Centre. Il avait ainsi découvert combien elle comptait pour lui. Chaque jour en Italie l’avait éloigné d’elle. Les sœurs Safori avaient accaparé tout son temps. Le soir, la fatigue morale avait eu raison de son corps et il s’endormait pour ne rêver que de Sabrina. Quitte à être rejeté, il devait aller au bout. Même si elle était encore amoureuse de Christian, même si ses sentiments n’étaient pas aussi forts, aussi puissants que les siens…

Il réussit enfin à mettre la main sur son GSM et, au moment où son regard se reporta sur la route, il vit deux phares rouges s’approcher dangereusement. Pour ne pas emboutir la voiture devant lui, il braqua son volant à droite. Sa voiture glissa sur un mince filet d’eau créant un effet d’aquaplaning.

Manuel perdit le contrôle et son coupé sportif quitta la route.

Tandis que son véhicule basculait sur le bas-côté, il ressentit un choc à sa tête. La dernière image qu’il eut était sa main tenant celle de Sabrina devant la mer. Puis, ce fut le trou noir.

 

Sabrina courait dans l’interminable couloir blanc. Des personnes habillées de blanc la regardaient avec un air exaspéré.

Luis l’avait avertie de l’accident. Tout au long du chemin, les images de Manuel défilaient dans sa tête. Les scènes se succédaient rapidement : leur baiser mouvementé dans le bureau, l’épisode voluptueux au Centre, le trouble qui s’était emparé d’elle lorsqu’elle était serrée contre lui dans le hamac, leur expédition dans la nature avec Frédéric, leur discussion dans la maison près de la plage et le moment magique où leur main s’étaient naturellement rencontrées devant le soleil qui s’éteignait sur l’océan.

Il lui semblait ne plus entendre les battements de son cœur lorsqu’elle aperçut le numéro 666. Sa main s’approcha de la poignée. Elle tremblait. Le courage lui faisait défaut. Qu’allait-elle découvrir ? Le cauchemar allait-il recommencer ?

Sa frayeur, ajoutée à la froideur du métal, la paralysait. Clouée par un sentiment de méfiance devant l’inconnu, elle distinguait son reflet sur cet embout d’ouverture en acier argenté. Une image déformée par des lignes incurvées où elle ne s’y reconnaissait pas.

Elle eut comme un moment d’absence soudain, absorbée par un souvenir qui semblait ne pas lui appartenir. Cette vision était sombre et prenante. Elle se concentrait pour percer l’atmosphère obscure, presque maléfique qui commençait à dévoiler des silhouettes d’inconnus, dos tournés. Galvanisée par le néant ténébreux et l’envie tenaillante d’apercevoir les visages dans l’ombre, elle s’avança mécaniquement. Son cœur battait de plus en plus fort et elle sentait des gouttes de sueur perler à son front. Elle s’approcha inexorablement de ces silhouettes asexuées. Par leur taille, elle pouvait simplement deviner qu’il n’y avait là que des adultes. Ils étaient à présent à portée de sa main. Il suffisait de tendre les doigts pour les palper, les retourner, mais le courage, encore une fois, lui faisait défaut. Était-ce l’effroi qui la paralysait ou bien cette petite voix intérieure qui la mettait en garde ? Cette voix, au début ignorée, lui recommandait de fuir rapidement. Maintenant si près du but, la voix polluait ses pensées. Sabrina n’entendait plus qu’elle. Elle était tiraillée entre sa volonté de voir les visages mystérieux et l’envie insufflée par la voix de déguerpir au plus vite.

Elle rouvrit ses grands yeux de couleur noisette et retrouva les murs blancs qu’elle avait quittés pour rejoindre cette vision noire.

Un hurlement déchira brusquement le silence ambiant. Sabrina leva la tête en direction de la source probable du cri au fond du couloir dont les murs s’étaient comme rapprochés. Mais le bout du couloir, lointain, était désert. Elle poussa enfin la porte.

Les paroles du Docteur Poncet lui revenaient lorsque sa mère était dans le même état que Manuel.

Un cri jaillit de sa bouche lorsqu’elle aperçut le bandage autour de sa tête et sa figure très pâle, lui qui était si bronzé…

— Manuel ! Ne meurs pas ! Je t’aime…

Qu’il était doux cet aveu et à la fois douloureux ! Elle l’aimait. Elle l’avait toujours aimé. Christian était l’arbre qui cachait la forêt. Manuel s’était enraciné dans son cœur depuis le premier instant de leur rencontre. Son cœur troublé lui avait indiqué des signes demeurés incompris. Elle avait tenté par tous les moyens d’étouffer cet appel qui la projetait contre lui et n’y était pas parvenu. Son corps et son cœur étaient siens depuis le début.

Elle pressa la main de Manuel contre sa joue où de grosses larmes affluaient, dévalant le long du bras inerte.

— Je sais que tu m’entends. Le Docteur Poncet a tort. Je sais que tu écoutes. Je t’en supplie, réveille-toi, mon amour !

Les yeux clos, elle baisa les doigts brunis, un à un, tandis que ses pleurs ne se tarissaient pas.

— Difficile de s’endormir, j’ai peur de me noyer avec toute cette eau, murmura une voix rauque.

Il gardait toujours les paupières fermées, mais sa main bougeait sous la sienne.

Elle eut un rire tremblant et appuya frénétiquement sur le bouton pour avertir le personnel hospitalier. Manuel était sauvé.

Peu après, alors qu’elle tournait dans la salle d’attente, guettant un médecin ou Luis pour se renseigner sur l’état de Manuel, elle vit Carina arriver. La présence de la jeune blonde, magnifique dans un tailleur-pantalon sexy, interrompit ses va-et-vient. Carina avait les yeux tourmentés.

« Je n’ai rien à faire ici, songea Sabrina. Manuel a déjà quelqu’un dont il est amoureux et qui l’aime en retour. Une femme splendide auprès de laquelle il vient de passer plusieurs jours. Que suis-je pour lui ? Rien qu’une employée à laquelle il s’est confié dans un moment de faiblesse. La plage et le soleil, comme un miroir aux alouettes, sont des alliés traîtres et leur lumière chaude et dorée imite souvent celle de l’amour. Et moi, je me suis brûlée… profondément… irrémédiablement, mais pas lui. »

 

Manuel posa son sac de sport dans un coin. Jocelyn Ménard avait salué son retour avec joie. Sa convalescence avait duré deux mois. Trop long lui semblait-il en contemplant les objets familiers dans le bureau de l’Association.

Il s’était rendu en Italie pour se reposer après une semaine d’observation à l’hôpital. Un choix motivé en grande partie par les affaires en cours laissées en attente avec l’histoire de Frédéric. Carina était restée presque tout le temps avec lui. Sa sœur Gisela ainsi que son petit filleul, maintenant bien gaillard, étaient venus également assez souvent le visiter. Carina logeait chez lui, actuellement, à son domicile parisien. Elle souhaitait apprendre le fonctionnement de Vis ta forme afin de s’en inspirer pour sa propre entreprise. Il sourit à la surprenante et rafraîchissante curiosité de l’Italienne. Elle débordait d’un enthousiasme contagieux qui l’avait beaucoup aidé à se rétablir. Maintenant, en pleine possession de ses moyens, il pouvait enfin mettre à exécution son projet le plus cher.

Son portable se mit à sonner. Il remarqua que la batterie était faible. Le visage de son associé surgit à l’écran.

— Dis-moi, tu comptes retourner quand à notre bureau sur Paris ? attaqua ce dernier sans même le saluer.

— Bonjour, Brice. Je suis au Centre ce matin. Mais je passerai cette après-midi. Tu as quelque chose d’urgent qui réclame ma présence ?

— Non, je venais aux nouvelles. Je commence à trouver un peu le temps long avec la paperasse. Ce n’est pas trop mon fort, tu le sais bien. Je ne savais pas que tu étais rentré d’Italie. Tu ne me dis plus rien maintenant.

— Bien, puisque tu veux tout savoir à l’avance, je t’informe que tu occuperas mon poste encore un peu de temps, car j’ai l’intention de me marier.

— Quoi ! Tu vas épouser Carina ? Elle est avec toi ? Mais je croyais qu’elle aimait les femmes…

— Oui, Carina est avec moi, mais je…

« Flûte, plus de batterie, constata Manuel. Tant pis ! On continuera notre conversation plus tard. »

Il se pencha vers une prise murale pour mettre son portable en charge lorsqu’il aperçut Joshua devant lui.

— Bonjour, bonhomme.

— Bonjour, Manuel. Je peux prendre le ballon de basket dans l’armoire ?

Manuel le lui donna et le petit garçon partit comme une flèche.

À l’accueil, Sabrina posa son lot de dossiers sur le tiroir à classeurs.

L’arrivée en coup de vent du petit Joshua l’interrompit.

— Bina, Manuel est là, et il va se marier ! C’est quoi se marier ? C’est pas grave, tu m’expliqueras plus tard ! On m’attend pour jouer au basket.

Le garçonnet se rua à l’extérieur et faillit percuter Manuel qui entrait dans la pièce.

— Bonjour, Sabrina. Je ne pensais pas que mon secret serait divulgué aussi vite. Les enfants ont des oreilles partout.

Sabrina le dévorait du regard. Elle ne l’avait pas revu depuis l’hôpital. Il était divinement mâle dans sa tenue décontractée.

— Bonjour et félicitations, chuchota-t-elle avec effort. Je suppose que le mariage est pour bientôt.

Elle réussit, à grande peine, à reporter son attention sur le dossier qu’elle tenait.

— C’est que la personne concernée ne le sait pas encore. J’ai toujours eu beaucoup de mal pour lui exprimer mes sentiments. Devant elle, je redeviens petit garçon comme Joshua.

La douleur s’enfla dans la poitrine de Sabrina.

« Comme il l’aime, cette femme ! Sa voix est si tendre lorsqu’il parle d’elle. »

Manuel avança dans sa direction.

Elle se retourna et rangea machinalement le reste des dossiers, puis referma le tiroir.

Elle ne pouvait plus l’écouter davantage. Ces deux mois avaient été une torture en le sachant mal en point. Le savoir guéri l’était encore plus, car il n’était pas pour elle. Elle ne souhaitait pas être sa confidente. Elle l’aimait trop.

Mais il était si proche d’elle à présent. Elle pouvait sentir son souffle chaud lui effleurer le cou. Le dos toujours tourné, la tête baissée, elle resta paralysée, les mains crispées l’une sur l’autre.

Avec désespoir, elle constata que des larmes coulaient sur ses joues.

« Non, pas maintenant ! C’est trop humiliant ! »

Mais les yeux de Sabrina prenaient un malin plaisir à ignorer sa supplication.

— Je croyais que ses pensées étaient entièrement remplies d’un autre homme. Et puis, lorsque j’émergeais de ma brume à l’hôpital, elle m’a crié des mots qui m’ont ramené à la vie. J’ai peur de découvrir que ces mots ne sont qu’une illusion, continua Manuel.

L’émotion voilait totalement sa voix.

Sabrina sanglotait doucement. Elle n’eut pas conscience de ses mains qui la retournèrent vers lui.

Il lui souleva le visage.

Elle garda les yeux obstinément fixés au sol.

De ses pouces, il arrêta les gouttelettes salées en les écrasant sous une caresse.

Elle releva lentement ses cils. L’éclat qu’elle perçut dans les yeux marron lui semblait un reflet brouillé, mouillé, une déformation de la réalité.

— Ne pleures plus, mon petit amour, je t’aime toi, personne d’autre que toi, souffla Manuel.

Il la prit délicatement contre lui.

Sabrina pleura de plus belle tout en hoquetant contre son torse :

— Je… t’aime… aussi…

Manuel ferma les yeux et la pressa étroitement sur son cœur tout en baisant ses cheveux. Il n’avait jamais été aussi heureux de sa vie.

« Elle m’appartient et je l’aime. »

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