Chapitre 18

 Chapitre XVIII


 New York, mercredi 12 juillet 2010

 

     À l’aide d’une corde suspendue au niveau du toit, le justicier masqué descendit en rappel jusqu’au balcon de l’agent fédéral. Ses pieds touchèrent avec souplesse le sol carrelé en blanc.

     La jeune femme était assise sur le fauteuil et lisait attentivement des pages imprimées. Il s’attarda un peu à sa contemplation. Belle, dynamique, elle avait tout pour plaire, mais son travail l’accaparait trop. Sous son air de femme forte se cachait une sensibilité dont elle ne se doutait pas.

     Mue certainement par son intuition, l’agent arrêta sa lecture et tourna la tête vers la porte-fenêtre.

     - Entrez, dit-elle simplement avant de poser les feuillets sur la table basse.

     Sans se faire prier, il s’avança.

     - Bonsoir, dit-il en s’asseyant sur le canapé aussi simplement que s’il venait prendre le thé.

     - Vous tombez bien, fit-elle mi-figue mi-raisin.

     - Avez-vous des renseignements ou un quelconque indice ? questionna-t-il.

     - Plus que cela.

     - Ce qui veut dire ?

     - Que nous connaissons les meurtriers et le lieu où ils se terrent !

     Les yeux marron du justicier masqué ne purent que refléter une immense joie.

     - Je suis enfin lavé de tout soupçon !

     - Oui… du moins pour les meurtres. Mais avant tout, nous devons les retrouver.

     - Qu’est-ce que vous attendez ?

     - Qu’on les localise !

     - Vous m’aviez dit que vous saviez...

     - Pas l’endroit précis, ils sont à Londres.

     Et Nora lui conta tout ce qui s’était passé.

     - Bien joué.

     - C’est ce que j’aurais pu entreprendre depuis le début si Seyes avait été là.

     - Depuis tout ce temps, vous avez cru en mon innocence, souffla-t-il doucement.

     - Toujours. Mais cela ne s’explique pas.

  ♥ ♥

     L’homme masqué s’accroupit soudainement devant Nora. Cette promiscuité, Nora le savait, finirait par un baiser. Il fallait... Elle devait se lever et s’éloigner de lui. Mais elle était hypnotisée par ses yeux très près des siens. Sa respiration était saccadée. Il faisait plus chaud que d’habitude.

     - Je vous en serais toujours reconnaissant.

     - Dites-vous simplement que j’ai un bon feeling.

     Il prit possession de ses lèvres. Elle ferma les yeux et savoura un long moment ce baiser.

     Ce fut lui qui interrompit cet instant magique. Combien de femmes avait-il embrassées ainsi ? Elle en conçut une jalousie à l’encontre de ces inconnues car il était et serait toujours son play-boy masqué.

     Elle secoua doucement la tête. Pourquoi s’emportait-elle pour des fadaises ? Elle s’attendrissait trop depuis un moment. Et rien de bon ne pouvait sortir de tout cela.

     Tout n’était qu’illusion. D’abord, l’homme qui la contemplait en ce moment. Son baiser ne venait pas d’un sentiment amoureux mais ressemblait plus à un geste de remerciement, supposait-elle.

     Le justicier s’attendait à tout mais pas à ce hochement négatif qu’elle émettait. Elle n’avait pas du tout aimé. Son ego prenait un sacré coup !

     Toujours à genoux, il se remit finalement sur ses pieds et s’excusa mal à l’aise.

     - Je dois partir, à la prochaine.

     Il courut droit vers le balcon, l’enjamba et disparut par magie comme tant de fois auparavant.

     Nora, si maîtresse d’elle-même, ne comprenait pas les sentiments qui s’agitaient en elle.

     Dire qu’il y a quelques mois encore elle était un véritable garçon manqué et maintenant elle s’achetait des vêtements féminins et même du parfum.

     Elle qui n’avait jamais été embrassée par un garçon, voilà que maintenant trois hommes s’en chargeaient en même temps à son plus grand désarroi. Lorsque l’un d’entre eux était dans les parages, elle se sentait plus femme que jamais reléguant aux oubliettes l’agent fédéral froid et distant.

     Comment allait-elle s’en sortir avec le Play-boy masqué, Michaël et Kyle ?

♥ ♥ 

     Sur la table basse, dans la salle à manger de James, étaient posés des bols de chips et des canettes de bière fraîche. Garrett, Shawn, Éric et Gabriel grignotaient, attendant que James insère le DVD-Rom dans le lecteur Blu-Ray.

     - C’est parti, annonça-t-il en prenant place sur le fauteuil.

     Le silence tomba doucement. Le générique entraînant fit place à une présentatrice à la plastique de rêve prénommée Angela Fergusson.

♥ ♥ 

     - Bonjour ! Je suis heureuse de vous retrouver dans Etes-vous faits l’un pour l’autre ? Aujourd’hui, nous sommes en compagnie de Bernard et Caroline.

     Elle s’approcha du couple et leur serra la main.

     - Toujours la même question que je pose au début de l’émission: que faites-vous et comment vous êtes-vous rencontrés ?

     Caroline, une rousse un peu rondelette mais hyper charmante d’une quarantaine d’années prit tout d’abord la parole.

     - Je suis infirmière, déclara-t-elle avec un sourire angélique.

     - Et moi, chauffeur de bus, ajouta son amoureux lorsque la présentatrice se tourna vers lui.

     - Laissez-moi deviner, c’est en prenant le bus que vous avez rencontré Bernard, est-ce cela ?

     Caroline secoua la tête et répondit :

     - Oh non ! On s’est rencontré à l’hôpital, Bernard s’était cassé la jambe.

     - Ce fut le coup de foudre ?

     - Oui ! s’exclamèrent-ils à l’unisson.

     - Très bien, vous formez un si joli couple.

     Angela se retourna à présent vers le second couple et leur serra la main.

     - Nous accueillons Nora et Michaël.

     - Bonjour, s’adressa Michaël à l’assemblée.

     - Même question que Caroline et Bernard.

     - Je suis du F.B.I, avoua Nora entre ses dents.

     - Voyez-vous donc cela ! Vous êtes secrétaire, c’est cela ?

     - Pas du tout, je suis agent fédéral.

     - Waouh ! Quelle est ou quelle était votre mission ?

     - Je ne suis pas en mesure de vous la révéler.

     - Je vois... Vous, dit-elle en fixant Michaël, votre tête me dit quelque chose.

     - Peut-être bien que oui. Je suis le suspect numéro un. Son copain l’a quittée il y a deux jours et Nora m’a forcé à venir ici pour jouer le rôle du petit ami.

     La présentatrice éclata de rire.

     - Non, sérieusement je suis prête à parier que je vous ai déjà vu.

     - Peut-être dans vos rêves… non, en vérité je suis Michaël Stockwell.

     - Oui, c’est cela ! Le gentleman de ces dames. Qu’est-ce que cela fait Nora de lui avoir presque mis la corde au cou !

     - Cela donne parfois envie de l’étrangler.

     Michaël se toucha la gorge.

     - Quel couple charmant ! Alors votre rencontre s’est passée dans les bureaux de Stockwell et Stockwell ?

     - Pas du tout, mentit Michaël. C’était dans une pizzeria.

     - Est-ce que ce fut le coup de foudre ?

     Angela eut deux réponses simultanées : un oui du jeune homme et un non de Nora.

     Michaël s’était retourné vers Nora surpris.

     - Pour ma part, j’ai eu le coup de foudre en la voyant entrer dans la pizzéria.

     - Je ne me laisse pas subjuguer immédiatement par un homme. Il a fallu plusieurs tentatives de Michaël pour qu’enfin je tombe amoureuse de lui !

     - Ce qui est sûr, c’est que vous vous aimez, affirma la présentatrice.

     Michaël et Nora acquiescèrent.

     - Bon, passons à nos autres invités. Accueillons Dona et Carl.

     Les deux jeunes gens eurent plus d’applaudissements.

     - Je vois que vous êtes venus accompagnés, des amis ou parents ?

     - Les deux, répondit joyeusement le jeune homme.

 ♥ ♥

     James arrêta l’émission en disant Stop.

     - Waouh ! s’exclama Shawn en reprenant l’expression d’Angela. Je ne savais pas que le patron l’avait rencontré dans une pizzeria !

     - Et moi, je ne l’aurais jamais imaginé participer à ce genre d’émission, ajouta Garrett.

     Éric sortit une cigarette, l’alluma et prit une bouffée avant de leur dire :

     - Vous n’avez rien compris les gars, elle l’a fait pour sa mère.

     - Comment le sais-tu ? demanda Garrett.

     - Lors d’une conversation entre John Morrison et elle. Elle lui faisait part de ce jeu télévisé auquel elle devait participer avec Stockwell. Il n’y a rien entre ces deux-là, tout n’est que comédie.

     Éric raconta à ses amis la raison qu’elle avait fournie à John et qui n’était autre que la vérité.

     James remit en route l’émission. Comme d’habitude, les femmes se retirèrent en coulisse et les hommes répondaient aux questions de l’animatrice. Puis elles revinrent pour répondre à leur tour.

 ♥ ♥ 

     - Première question à Caroline. Lors d’un dîner, l’ami de votre compagnon vous fait du pied, comment réagiriez-vous ? En premier lieu, vous en faites part à votre homme. Deuxièmement, vous vous levez de table et l’injuriez. Troisièmement, vous lui souriez et lui donnez un coup de pied dans le tibia. Ou bien, vous ne dites rien et en profitez surtout s’il est mignon. Alors ?

     - J’en parle à Bernard, répondit-elle.

     - Est-ce juste ? s’enquit Angela en se tournant vers Bernard.

     Celui-ci montra son panneau en forme de cœur où était inscrite la réponse. Caroline avait répondu juste.

     - Nora, que faites-vous ?

     - Un coup de pied bien placé au niveau de tibia.

     - Vous voyez, intervint Michaël. Et encore là, le mec s’en tire facilement. La boxe thaï est une de ses spécialités, avoua-t-il en soulevant le carton réponse.

     - Vous voulez nous faire une démonstration ? interrogea Angela.

     - Vous souhaitez me servir de cobaye ?

     Nora savait pertinemment que la présentatrice ne jouerait pas à ce jeu ce qui lui évitait toute sorte de démonstration.

     - Non, non, je préfère finir l’émission. Et vous Dona ?

     - Je le dis à Carl.

     - Et bien, nos couples ont répondu exactement à la question... Au tour de Nora. Si, après votre rencontre, il vous dit qu’il a une chose que vous devez savoir avant que vous ne fassiez votre vie ensemble, qu’auriez-vous pensé ? Il est tellement secret qu’il doit être recherché par le F.B.I… Deuxièmement, encore un qui ne voudra pas se marier avant trente-cinq ans. Ou troisièmement, je m’en doutais, il ne peut pas vivre sans sa mère.

     - Je dirais sans hésitation qu’il ne supporte pas de vivre loin de sa mère. Premièrement, s’il était recherché par le F.B.I, je le saurais.

     - Vous avez raison, quoi de plus normal lorsqu’on est du F.B.I. À Dona ?

     - Il ne peut pas vivre sans sa mère.

     Carl souleva le panneau. Et les spectateurs émirent un O négatif.

     - Je suis désolée, c’était la première réponse. Pourquoi Carl ne peut pas vivre sans sa mère ?

     - Sa mère et lui s’entendent tellement bien qu’on pourrait les prendre pour des amis.

     - Je vois cela. Ne rougissez pas Carl. Que c’est mignon... Et vous Caroline ?

     - Il ne veut pas se marier avant trente-cinq ans.

     - Et non ! C’était pareil que pour Dona... Bon, ce n’est que le début. Passons à la troisième question. Hormis le type de vêtements que vous portez maintenant, comment votre compagnon vous verrait-il habillée ? Question pour Dona.

     Nora savait comment Michaël la verrait. Ne lui avait-il pas présenté un déshabillé lorsqu’elle avait acheté ses tailleurs ? Pourtant, elle savait que ce n’était pas la réponse qu’il avait fournie.

     Dona répondit positivement alors que Caroline ne trouva pas du tout.

     - Nora, c’est votre tour.

     - Je crois que ce serait en vêtements décontractés tels que jean, jogging, vous voyez ce que je veux dire.

     - Absolument ! Au début, Michaël avait répondu qu’il vous verrait en nuisette.

     - Cela ne m’étonne pas de lui.

     Angela sourit. Elle aimait bien ce couple.

     - Autre question : ayant récolté un misérable score à cette émission, que faites-vous ? Vous l’insultez et vous rendez votre homme responsable de ce fiasco. Deuxièmement, vous ne lui parlez plus et il attend patiemment que vous arrêtiez de bouder dans votre coin. Ou bonne perdante, vous le remerciez d’être passé à la télé. Caroline ?

     Les deux femmes choisirent la deuxième solution. Nora remerciait quant à elle Michaël pour sa venue sur le plateau.

     De question en question, Nora voyait juste et sans fausse note.

     - Dites-moi Nora, avez-vous payé quelqu’un pour avoir les questions ? plaisanta l’animatrice.

     - Bien sûr, mais nous ne dirons pas que je les ai eues par vous.

     - Que vous êtes charmante ! Après la publicité, retrouvons-nous avec nos couples mais cette fois-ci ce sera au tour des hommes de répondre !

 ♥ ♥

     - Avance rapide, intervint James.

     - Heureusement que notre chère patronne a une très bonne intuition, déclara Shawn.

     - Heureusement, comme tu le dis, ajouta Gabriel.

     - Lecture, dit James.

     Le magnétoscope arrêta son avance rapide pour se mettre en mode lecture. James passa le passage où la présentatrice questionnait les femmes.

 ♥ ♥ 

     - Les hommes sont à présent avec nous. Et c’est Nora et Michaël qui mènent. Question pour Bernard, avec votre cervelle de moineau, vous oubliez son anniversaire. Oh, là, là!! Cela risque de chauffer ! Quelle est la réaction de Caroline ? Elle vous cloue au sol... Elle s’en va pleurer sur un oreiller ou finalement pas de câlin le soir.

     - Je dirais que Caroline s’en va pleurer car elle pleure facilement.

     - Gagné ! Michaël ?

     - J’hésite entre la première et la dernière. Me mettre à terre c’est facile et cela ne dure pas longtemps donc pas de câlin.

     - C’est parfait. Vous vous connaissez parfaitement vous deux. Elle a eu le même raisonnement que vous.

 ♥ ♥

     - Arrêtez de parler les garçons ! tonna James

     Le magnétoscope stoppa.

     Les yeux de James s’agrandirent de stupeur.

     - Lecture ! dit Shawn.

     - Stop ! S’écria James fou de rage.

     Les quatre hommes tournèrent des regards étonnés.

     - Allons-y ! s’exclama-t-il en bondissant de son fauteuil.

     - Où ? interrogea Gabriel.

     James pointa son doigt vers le téléviseur.

     Tout le monde suivit son geste. Une info spéciale interrompait une série télévisée.

     - Oui, et alors ? Les flics s’occuperont de ce fou, répliqua Garrett.

     Ce fou en question était un homme de petite taille et cagoulé. Dans sa main, un détonateur était mis en évidence.

     - Vous ne comprenez rien ! Il veut faire exploser le palais de justice !

     - Oui, et alors ? insista Garrett.

     James enfila sa veste et sortit de sa maison en claquant la porte sur lui et Éric.

     Les trois hommes se fixèrent un instant et rejoignirent en courant James déjà dans sa voiture.

     - Mais qu’est-ce que tu as enfin ? demanda Gabriel.

     - Jasmine travaille dans ce palais, répondit posément Éric.

     Sous son apparence calme, James cachait une rage bouillonnante pouvant exploser d’un moment à l’autre.

     - Bon sang ! fulmina Shawn.

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