Chapitre 3

 Chapitre III

 New York, vendredi 23 avril 2010

     Nora contempla son appartement avec désolation. Tout était sens dessus dessous. Vêtements sur le parquet, feuilles jetées en boules, assiettes et verres sur la table et dans l’évier... Il fallait remettre tout en ordre avant l’arrivée de ses parents. Connaissant sa mère, celle-ci ouvrirait tiroirs et portes pour vérifier si chaque chose se trouvait à sa place.

     Par où commencer ? De toute façon, tout devait être nettoyé. Elle s’occuperait d’abord de la salle à manger.

     Un petit bac à linges en mains, elle y fourra les vêtements dispersés. Elle dut refaire son armoire pour replier l’ensemble correctement. Les feuilles de chacune de ses affaires professionnelles furent planquées dans un grand coffre en cuir noir, objets qui servaient de décoration dans sa salle à manger. Elle relégua à la cave sa valise qui traînait dans la chambre d’ami. Cette valise avait été utilisée lors de ses escapades en Algérie et à Los Angeles pour filer la femme aux enveloppes rose qui harcelait le célèbre acteur Dean McCauley et son épouse la princesse Nadia. Elle se rendit compte que cela faisait une éternité qu’elle n’avait plus pris de vacances, ne trouvant jamais l’occasion. Elle préférait son travail à des vacances au soleil à se dorer la pilule comme la majorité des gens.

     D’une main lasse, elle essuya son front dégoulinant de sueur. Elle avait fini. Après de longues heures à ranger et dépoussiérer, l’appartement était ordonné et brillait de propreté. Elle se sentit tout heureuse après avoir accompli ce travail acharné.

     Son ventre cria famine. Sa montre lui indiquait 16H30. Elle n’avait pas vu le temps défiler. Ses muscles étaient endoloris par l’effort fourni. Se détendre dans un bon bain chaud lui ferait le plus grand bien. Avec tout ce travail ménager, elle n’avait pas un instant songé à l’homme censé être son fiancé ou à ce satané play-boy masqué.

     Comment croire que ce dernier ait pu tuer de sang-froid ? Ce n’était en aucun point sa manière de procéder. Le but final était l’arrestation des petits dealers par les agents de l’ordre.

     Un jour, elle l’avait eu en ligne de mire. Ils n’étaient seulement qu’à cinq mètres l’un de l’autre mais chacun se trouvait sur le toit d’un bâtiment. Son seul geste fut de baisser son arme pour le laisser s’échapper. Elle avait vu dans ses yeux une lueur de pureté implacable qui semblait incompatible avec l’idée des meurtres prémédités. D’un signe de tête, il était parti en courant sans se retourner. Le sempiternel jeu du chat et de la souris se répétait inlassablement.

     Trois quarts d’heures plus tard, elle sortit de la baignoire. Un léger sourire flottait sur ses lèvres. Sa mère allait être surprise par le changement brusque de ses habitudes vestimentaires. Parmi toute une panoplie de tailleurs dans son armoire qu’elle examina avec dégoût, elle opta pour un violet qui s’harmonisait parfaitement avec la couleur de ses yeux.

     Enfin prête, un yaourt put calmer sa faim. Sa mère se poserait des questions si elle ne touchait pas à son assiette durant le repas.

     A 17H20, on sonna à sa porte. Ce n’était pas ses parents puisqu’ils l’avaient appelée quelques minutes auparavant alors qu’ils étaient sur la route. Ce devait être certainement l’homme qu’elle avait loué. Mais il était en avance. Les gens ne pouvaient-ils pas être ponctuels ? Elle détestait ce comportement sans gêne.

     Elle rajusta sa jupe trop courte à son goût mais qui mettait en valeur ses longues jambes fuselées.

     Devant la porte se tenait sa nouvelle voisine de palier, un enfant dans un bras et, un sac et un couffin dans l’autre. Que pouvait-elle bien lui vouloir ? Depuis deux semaines, elles se croisaient régulièrement dans le bâtiment. Nora ne cherchait jamais à discuter avec quiconque, ne souhaitant être aucunement importunée. Jusque-là, sa froideur avait découragé plus d’un.

     - Bonjour, excusez-moi de vous déranger.

     - Oui ? demanda-t-elle sans chaleur.

     - Je… pouvez-vous me rendre service ? C’est que... Voilà... Je...

     « Oh non, encore une gourde ! » pensa-t-elle intérieurement.

     Elle se voyait déjà en train de lui claquer la porte au nez mais son bégaiement continuel et sa tête devenue toute rouge l’en dissuadèrent. A contrecœur, elle s’entendit dire :

     - Entrez, vous serez plus à l’aise pour me raconter ce qui ne va pas.

     « Elle a certainement besoin d’une aide policière. »

     Bob Lemoche avait eu la délicatesse d’un éléphant en avertissant ses voisins qu’elle travaillait pour le F.B.I.

     Elle fit pénétrer la jeune femme dans la salle à manger et lui demanda si elle souhaitait boire quelque chose.

     - Non, c’est gentil à vous. Je vais aller droit au but.

     Gentille ? Nora était tout sauf gentille. Mais pour qui la prenait-on ?

     La jeune femme posa son couffin et son sac par terre près de la table basse.

     - Pourriez-vous garder mon enfant ?

     Nora tomba des nues.

     - Je...

     Elle n’avait jamais gardé d’enfants de sa vie. Et elle avait une sainte horreur de ces mioches qui se mettaient à pleurer à tout moment sans raison. Au début, ils étaient adorables avec leur visage d’ange mais par la suite, ils se conduisaient comme de petits démons.

     Elle refuserait et sa voisine, dont elle ne connaissait même pas le nom, chercherait une âme plus compatissante. De toute manière, des voisins plus sympathiques existaient dans ce bâtiment !

     - S’il vous plaît !

     Nora scruta le visage de la jeune fille qui devait avoir vingt ans, pas plus. Son visage était encore enfantin. Elle paraissait, vu sa manière de s’habiller, faire partie d’une famille aisée. Les cheveux châtains bouclés à l’anglaise encadraient de grands yeux verts au mascara noir suppliants.

     - Je sors ce soir, prétexta Nora.

     « Et voilà comment s’en sortir en beauté. »

     - Oh non ! Comment vais-je faire ? Je ne sais pas vers qui me retourner.

     La jeune fille se cacha le visage de ses deux mains ce qui fit raidir Nora. Ce genre de conduite était complètement pitoyable à ses yeux. Comme pouvait-on se donner en spectacle devant une parfaite inconnue ?

     - Je suis livrée à moi-même depuis peu. Mes parents m’ont tourné le dos. Ils sont très arriérés. J’élève un enfant toute seule. Pour le moment, j’ai de quoi subvenir à nos besoins mais tôt ou tard, il faudra que je change de mode de vie si on ne m’aide pas. Je n’ai rien dit au père de l’enfant de peur de le voir disparaître. J’ai pu dissimuler ma grossesse assez facilement car je n’avais pas un si gros ventre. Mais là, il est temps de lui révéler la vérité.

     Nora écoutait avec ahurissement ce petit monologue.

     - Et pourquoi n’emmenez-vous pas le bébé avec vous ?

     La jeune femme se leva désorientée.

- Non, surtout pas ! Je voudrais lui expliquer cela calmement, en douceur.

     - Et pourquoi ne voudrait-il pas de l’enfant ? Il n’a qu’à assumer ses responsabilités. Il me semble qu’il faut être deux pour faire un bébé.

     - C’est un homme qui a des enfants…

     « En voilà un autre qui n’a pas froid aux yeux ! »

     - Non, non, il n’est pas marié… En fait, il est divorcé mais il m’a dit qu’il ne souhaitait pas avoir d’autres enfants.

     - Mais quel âge à ce jeune homme ? demanda Nora tout de même curieuse.

     - Il a quarante-cinq ans… Je sais, on me dit qu’il est âgé mais nous nous aimons…

     - Sentimentalement c’est votre problème à tous les deux. Je ne vous juge pas pour cela. Mais votre enfant doit avoir un père.

     - Oui, c’est pour cela que je souhaite lui parler. Nous avons rendez-vous tout à l’heure. Vous êtes la seule personne de l’immeuble qui ne semble pas se préoccuper des autres et qui n’ira pas colporter des choses à mon propos. Et je ne peux pas trouver une nounou à cette heure-ci. Aidez- moi, s’il vous plaît…

     La fille allait bientôt se mettre à pleurer. Nora le pressentait et ferma les yeux. Garder un môme ! Elle n’avait pas que cela à faire ! Elle regarda vraiment pour la première fois le bébé de trois à quatre mois environ. Il était mignon mais elle savait que c’était une façade. Il y aurait ensuite des pleurs, puis les biberons, puis changer les couches...

     Elle eut cependant un élan de sympathie, ce qui n’était pourtant pas dans ses habitudes.

     - Je pourrais demander à une de mes connaissances de le garder.

     La jeune femme releva la tête et essuya d’un revers de la main les larmes qui venaient de couler.

     Elle posa sa main libre sur celle de Nora.

     - Merci, je ne sais comment...

     Nora retira sa main rapidement mais la jeune fille ne prêta aucune attention.

     - Ecoutez, je veux bien vous aider cette fois-ci mais que cela ne se renouvelle pas.

     La femme hocha la tête.

     - En fait, comment vous appelez-vous ?

     - Stacy McGregor.

     Stacy se leva.

     - Il est tant que j’y aille. Vous ne pouvez pas savoir ce que je suis nerveuse.

     Ce n’était pas nécessaire car Nora l’avait déjà ressenti tout au long de leur conversation.

     - Oh ! Pour le faire dormir, bercez-le et chantez-lui une chanson.

     Stacy lui mit délicatement le bébé dans les bras et fit une bise à son enfant.

     - Tout est dans son sac, ajouta-t-elle. Merci, merci mille fois !

     Nora referma la porte, inquiète.

     L’enfant gigota dans ses bras. Elle n’avait aucune expérience des enfants et surtout des bébés. Elle se sentait impuissante.

     Le combiné du téléphone en main, elle composa un numéro.

     - Garrett ?

     - Oui.

     - C’est Davidson.

     - Oh, Patron ! Que puis-je faire pour vous ?

     - J’ai un gros problème sur les bras.

     Elle regarda le petit problème avec aversion.

     - Connaîtriez-vous quelqu’un qui puisse garder un bébé de deux à trois mois ?

     - Heu… Laissez-moi réfléchir... Heu…

     Nora savait que Garrett ne s’était pas attendu à ce genre de question. Il devait même froncer les sourcils.

     - Heu ! ... Je crois avoir la solution. Il faut que je l’appelle.

     - Est-ce une personne responsable ? s’enquit-elle tout de même.

     Elle ne voulait pas être fautive si quelque chose arrivait à ce bébé.

     - Tout ce qu’il y a de plus responsable. C’est ma belle sœur. Je lui téléphone et je vous tiens au courant.

     Son fardeau se mit à pleurer lorsqu’elle raccrocha. Il commençait déjà à lui casser les oreilles. Que pouvait-il bien vouloir ? Et si c’était le biberon ? Mais comment préparer un biberon ?

     « Dans quelle galère je me suis mise ! »

     Elle ouvrit le sac et aperçut un thermos. A l’intérieur se trouvait un biberon tout chaud. En versant quelques gouttes sur son poignet, elle constata que le lait était à température idéale. Du moins le croyait-elle. Elle avait déjà vu cela à la télévision.

Le bébé arrêta de pleurer quand la tétine du biberon pénétra dans sa bouche. Il paraissait affamé et avala très vite son lait.

Le téléphone sonna. Elle appuya sur le haut-parleur de manière à ne pas interrompre le dîner de ce chenapan.

- Garrett ?

- Oui, patron ! C’est d’accord pour ce soir.

Elle soupira de soulagement.

- Je vous remercie.

     Il me faut votre adresse.

     Nora la lui dicta avant de prendre place sur le canapé. Le môme finit par engloutir son énorme biberon. Une fois terminé, elle se leva et le berça en chantant.

     - Dodo, l’enfant do, l’enfant dormira bientôt...

     Mais que lui prenait-il ? Elle chantait maintenant pour un moutard. Cela devenait mauvais mais elle ne voulait plus entendre les cris. Endormi, elle le garda encore dans ses bras, puis le posa délicatement dans son couffin, le recouvrant de sa petite couverture. Son regard s’attarda un moment sur le bébé. Elle n’avait pas demandé le prénom de ce mioche.

     L’attente de son futur petit ami se fit en tournant les pages d’un magazine télé, regardant de temps en temps le bébé qui dormait à poings fermés. Elle ne voulait pas qu’il se réveille.

     A 18 heures précises, quelqu’un frappa à sa porte.

     Le moment était venu de voir à quoi ressemblait cet homme. Quelle ne fut donc sa surprise de se retrouver nez à nez avec...

     Kyle Stockwell !

     - Que faites-vous là ? put-elle prononcer.

     - Joanna m’a demandé de passer.

     - Mais comment… pourquoi vous ?

     - Il semblerait que je suis dans vos critères de sélection. Puis-je entrer ?

     « La honte ! »

     - Allez-y, dit-elle en s’effaçant, contrariée par cette situation.

     Il rentra et attendit à côté de la porte.

     - Suivez-moi.

     - Je pense que l’on peut se tutoyer à présent. Je vais être votre cavalier pour la soirée.

     - D’accord. Cela va être plus simple. Et puis par la même occasion, je t’appelle par ton prénom. Il faut que je prenne cette habitude.

     Nora le précéda dans la salle à manger. Elle le vit froncer les sourcils en apercevant le couffin sur le fauteuil. Il imaginait que l’enfant était le sien.

     - Tu... Tu as un enfant ?

     - Bien sûr que non ! C’est le bébé de ma voisine.

     Elle prit le couffin et l’emmena dans sa chambre pour ne pas le réveiller avec leur bavardage. Que d’attentions n’avait-elle pas pour ce bébé ? Ce n’était pas dans sa nature de réagir ainsi.

     - J’espère ne pas vous avoir dérangé dans vos projets ? interrogea-t-elle en revenant.

     - Pas du tout. Je préfère passer mes soirées avec une belle femme.

     - C’est la première fois que Joanna vous demande de faire cela ? coupa-t-elle court au compliment.

     - Non, c’est la troisième fois si mes souvenirs sont exacts. Mais les femmes, avec qui je suis sorti, n’étaient pas aussi charmantes que toi.

     Etait-ce son travail de brosser dans le sens du poil les clientes de son amie ? Probablement. Elle ne se trouvait aucunement belle ni charmante.

     - Balivernes... Puis-je te dévêtir ?

     Elle ferma les yeux. Quel lapsus mais pas du tout révélateur de ses pensées. Elle espérait qu’il n’avait pas prêté attention à ce qu’elle avait dit.

     - Je te fais un petit compliment et tu veux déjà me déshabiller. Que serait-ce avec un compliment plus conséquent ?

     - Je voulais simplement que tu retires ton imper...

     - Je m’en doutais, c’était trop beau pour être vrai.

     - Puis-je t’offrir à boire ? J’ai de la bière et du whisky.

     - Je veux bien de la bière.

     Nora sortit la bière du frigo. Sa cuisine américaine était moins spacieuse que la salle à manger mais cela lui convenait parfaitement car elle préparait très peu de repas élaborés.

     - Voici ta bière, Kyle.

     - Kyle ?

     - Qu’ai-je dit ? C’est bien ton prénom si je ne me trompe pas.

     Nora avait toujours eu un problème de mémorisation des prénoms. Se serait-elle méprise depuis le début de sa mission ?

     - Tu m’as confondu avec mon frère, expliqua-t-il.

     - Vous êtes jumeaux ?

     Nora le détailla d’un peu plus près. Le petit détail qui la chiffonnait depuis qu’elle avait ouvert lui frappa immédiatement. Les cheveux du jeune homme, aussi longs que ceux de Kyle, étaient plaqués en arrière avec du gel. Ceux de Kyle étaient libérés de tout produit cosmétique.

     - Oui, et moi c’est Michaël, se présenta-t-il en lui serrant la main.

 ♥ ♥

     Le jeune homme détailla sa cliente de plus près et avec plus de minutie. La femme, qui se trouvait devant lui, était un vrai canon. De longues jambes galbées attirèrent son regard. Son tailleur faisait ressortir l’éclat de ses magnifiques yeux en amande de couleur améthyste sans ajout de maquillage. Des yeux de cette couleur n’étaient pas répandus. Ils étaient même rares. Ses longs cheveux bruns lui tombaient raides jusqu’au milieu du dos. Elle était vraiment à craquer.

     La salle à manger ne portait aucune marque personnelle de sa logeuse, ce qui le surprit énormément. Les femmes aimaient pourtant décorer leur chez-soi. Tous les meubles étaient de couleur noir et gris. Il repéra tout de même la photo d’un couple. Certainement ses parents.

     - Et toi, c’est Nora, affirma-t-il en s’asseyant sur le canapé.

     Michaël la remercia pour la bière et refusa le verre qu’elle lui tendit préférant boire à même la canette.

     - Où avez-vous connu mon frère ?

     - Je travaille pour lui... Pour le moment, ajouta-t-elle en prenant place à ses côtés.

     - Pour le moment ?

     - Je suis agent du F.B.I. Et je suis chargée d’une enquête dans sa société. Il ne vous a rien dit.

     Il réfléchit quelques secondes.

     - C’est vrai qu’il m’en a parlé. Mais je suis parti deux semaines en vacances… Alors que suis-je censé savoir sur toi ?

     - Je… Heu… Je…

     Prise de court par cette question simplissime, Nora bégayait pour la première fois depuis de nombreuses années.

     - Bon, je vais me présenter, commença Michaël devant la gêne évidente de sa compagne. J’ai trente et un ans. Je travaille chez Stockwell and Stockwell. Je suis spécialisé dans la recherche de nouveaux produits cosmétiques. J’ai un doctorat en chimie…

     Le jeune homme ne perçut aucun étonnement chez Nora. Elle restait complètement imperméable à son métier. Généralement on lui posait beaucoup de questions à ce sujet-là mais la femme en face de lui paraissait ne pas être intéressée.

     - Sinon, je ne fume pas. Concernant la famille, j’ai un autre petit frère et mes parents sont constamment en voyage. J’oubliais de te dire que je suis d’une timidité incroyable. A toi.

     Nora ne pouvait le croire. Depuis qu’il était chez elle, il émanait de lui une force évidente et elle ne voyait aucune réserve dans sa personne. Il était assis sur le canapé avec nonchalance, un bras sur le dossier de celui-ci. Se moquait-il d’elle ?

     - Arrête de te moquer de moi.

     - Je t’assure. En fait, je suis une thérapie contre cela et j’ai progressé. Il me reste encore une séance à suivre. Allez, présente-toi.

     - Je suis fille unique. J’ai arrêté de fumer il y a un mois, ce qui coïncide avec notre rencontre… et j’ai vingt-huit ans.

     - Parfait. Il y a une question que posent généralement les parents. Où s’est-on rencontré ? Leur as-tu dit ?

     - Non…

     Nora semblait de plus en plus mal à l’aise. Même si son visage et son corps ne laissaient rien transparaître, il sentait une grande tension en elle.

     - Donc voici ce que nous dirons, si tu l’acceptes. Nous nous sommes rencontrés dans une pizzeria. Je t’ai remarquée. J’ai intercepté le serveur pour t’apporter moi-même ta pizza pour faire plus ample connaissance.

     - Je croyais que tu étais d’une grande timidité, dit-elle pour toute réponse.

     Michaël était de plus en plus étonné par cette jeune femme s’attardant sur des détails infimes. Elle ne se préoccupait pas de l’environnement et des questions plus importantes concernant leur relation. Elle n’était pas du tout comme les autres femmes qu’il avait rencontrées. Ces dernières s’extasiaient et buvaient tout ce qu’il pouvait leur raconter. Elle s’entichait de lui dès le premier regard… Mais pas Nora.

     - Si vous ne l’avez pas remarqué, vos parents en feront de même, riposta-t-il en chassant cette constatation de la main.

     - Vous avez entièrement raison… Je ne vois pas d’autres questions pour le moment, on avisera.

     - Ce qui nous laisse du temps...

     Il approcha son visage vers celui de Nora et prit ses lèvres non maquillées. Nora le repoussa instantanément et vigoureusement.

     - Ne vous avisez plus de faire ceci ! Sinon, je…

     - Ne crois-tu pas que tes parents auront la certitude que nous sommes ensemble si nous nous embrassions ?

          - Je ne veux voir aucun geste affectif devant mes parents, est-ce bien compris ?

     Le ton impersonnel de la jeune femme était devenu colérique. Ses yeux s’enflammaient d’une rage nouvelle pour un baiser volé sans conséquence.

     Les doigts de la main droite de Nora s’étaient refermés et les jointures devinrent blanches. Elle se tenait prête pour lui octroyer un crochet du droit. Elle ne rigolait pas du tout.

     Comme s’il avait ressenti la tension dans la pièce, le bébé s’était mis à pleurer. De plus, la sonnette d’entrée retentit.

     - Va ouvrir, je m’occupe du bébé, suggéra Michaël.

     Il passa devant elle et se dirigea dans la chambre où provenaient les pleurs, laissant une jeune femme nerveuse et sur le point, lui semblait-il, de le jeter hors de chez elle. Même si son caractère antipathique aurait dû le faire fuir, il préférait finir la soirée en sa compagnie. Peut-être aurait-il l’occasion de la voir se dérider en présence de ses parents.

 

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