Chapitre 1

 Chapitre 1

 

         Le ciel azur et le soleil resplendissant promettaient aux personnes en promenade une belle journée sans aucun nuage. Beaucoup de gens s’installaient de part et d’autre de certaines terrasses de café, qui longeaient East Gorham St, près du lac Mendota à Madison dans le Wisconsin.

     A la terrasse de « Chez Maxime », une dizaine de jeunes étudiants s’emparèrent des tables libres afin de les regrouper. L’instant d’après, ils commandèrent leurs boissons auprès du jeune serveur dont ils connaissaient le prénom. Ce n’était pas leurs tenues vestimentaires dont les couleurs étaient criardes ni leurs piercings, mais leurs brouhahas qui attiraient de temps à autre le regard de quelques clients.

     Pas très loin de là, un couple d’une soixantaine d’années ne semblait pas se soucier d’autrui. Main dans la main, au-dessus de la table, les yeux dans les yeux, ces amoureux sirotaient leur apéritif.

     Christelle Gordon, assise, le coude posé sur l’une des tables rondes, la paume de la main sous le menton, visualisait tous ces gens d’un air distrait. En face d’elle, le parc James Madison grouillait de monde également.

     Elle attendait patiemment ses meilleures amies qui devaient arriver d'une minute à l'autre. Christelle jeta un coup d’œil furtif à sa montre. Ses amies avaient déjà quinze minutes de retard.

     C’était bien la première fois qu’Isabelle était en retard, ce qui n’était pas le cas de Cindy.

     Elle appela Isabelle sur son portable. Encore une fois, elle tombait sur la messagerie. Cinq minutes s’étaient écoulées entre les deux coups de téléphone. Elle se rassura en pensant qu’étourdie comme l’était Isabelle, elle avait oublié son cellulaire chez elle. Mais pourquoi donc ce retard ? C’était anormal. Un frisson s’empara d’elle en songeant à un éventuel accident.

     Isabelle avait une chose très importante à lui révéler. Elle était si joyeuse à l’autre bout du téléphone. Elle n’avait pas voulu lui dire ce que cela pouvait bien être. La dernière fois qu’elle avait été aussi excitée, c’était le jour où elle lui avait annoncé son mariage. Mais pourquoi n’avait-elle rien voulu révéler au téléphone ?

     Une fillette d’environ quatre ans, blonde aux cheveux bouclés avec une adorable petite robe rouge, courait entre les tables pour échapper à son frère légèrement plus grand qu’elle. Elle riait aux éclats. Son rire était cristallin. Tout d’un coup, elle tomba sur les genoux. Son frère l’aida à se relever et essaya d’atténuer ses pleurs jusqu’à l’arrivée de leur maman non loin de là.

 

Wisconsin (Etats-Unis), le 11 Mars 1992

     Christelle jouait à la marelle dans la cour de récréation. Les cris d’enfants ne s’estompaient jamais. Les uns hurlaient de joie lorsqu’ils gagnaient à la partie de billes, les autres pour attirer vers eux l’un de leurs camarades qui était le chat. Le regard de Christelle s’était attardé sur chacun des groupes de jeux en attendant son tour.

     Elle avait alors vu un garçon pousser une fille tandis qu’il jouait au ballon avec ses copains. La fille était tombée par terre et avait pleuré toutes les larmes de son corps. Personne n’avait fait attention à elle. Christelle avait stoppé son jeu. Elle s’était approchée de la petite fille en pleurs en même temps qu’une fille blonde et rondelette. Elles s’étaient accroupies devant la petite victime.

     - Tu as mal ? lui avait demandé Christelle.

     La petite fille avait levé des yeux humides vers elles. Elle avait cessé de pleurer. Elle leur avait montré sa paume gauche qui était égratignée.

     - Viens, on va nettoyer ça aux toilettes, lui avait proposé Cindy en l’aidant à se relever.

     Christelle avait secoué la poussière sur la jupe rouge.

     - Merci, avait-elle dit d'un ton timide.

     - De rien. Comment tu t’appelles ?

     - Isabelle, et vous ?

     - Christelle.

     - Et moi, Cindy.

     Christelle et Cindy s’étaient occupées d’Isabelle tout au long de la récréation. Depuis ce jour-là, leurs destins étaient liés…

Wisconsin (Etats-Unis), le jeudi 3 Avril 2008

     Christelle sourit rêveusement à cette petite anecdote.

     Un coup d’œil sur toutes les personnes présentes à la terrasse la mit mal à l’aise. Le regard pénétrant des hommes la fit frémir. Même les hommes, accompagnés de leurs amies ou femmes, se permettaient de la dévorer des yeux. Elle avait conscience de son charme. Dans les yeux de certains, elle ne se voyait qu’en objet sexuel comme si aucune âme n’habitait son corps. Ses vêtements ne renvoyaient jamais l’image d’une femme vulgaire, bien au contraire. Ses tailleurs, que cela soit jupe ou pantalon, lui donnaient l’air d’une femme sophistiquée. Elle se permettait certains jours de mettre un jean mais cela n’enlevait rien à son charme.

     Elle passa la main à travers ses cheveux pour se donner une contenance et porta sa tasse à ses lèvres. Elle but la dernière gorgée de son café et appela un serveur pour commander un autre expresso.

     Elle saisit un roman policier dans son sac de marque assorti à la couleur de ses vêtements. Son marque-page était intercalé à une dizaine de pages de la fin du roman, au moment crucial où l'on découvrirait l'assassin.

     Alors qu’elle entamait sa lecture, elle sentit la présence d'une personne à ses côtés. Cela ne pouvait pas être Cindy car elle était toujours en retard d’au moins une heure.

     - Tu sais que tu as vingt minutes de retard…

     - Vous m'attendiez depuis vingt minutes ! Je n'étais pas averti d'un rendez-vous avec une personne aussi lumineuse, dit une voix inconnue.

     Surprise, elle leva la tête et découvrit une grande silhouette dont elle ne pouvait distinguer le visage, ayant le soleil en face d’elle. Elle savait néanmoins que c’était un homme particulièrement grand et imposant, que sa voix était chaude et sensuelle.

     Christelle maugréa contre Isabelle et Cindy. C’était vraisemblablement un nouveau soupirant. Peut-être un pot de colle dont elle n’arriverait pas à se défaire. Pourquoi les attirait-elle ? Elle avait la poisse. Il fallait trouver une solution très vite !

     - Excusez-moi, je vous ai pris pour une autre personne.

     - Dommage, mais puis-je m'asseoir ? l’interrogea-t-il.

     Sa voix l’avait déjà ensorcelée. En guise de réponse, elle lui fit signe de prendre place en face d'elle.

     - Un petit instant alors, car mes amies vont arriver d'une minute à l'autre.

     - Merci, répondit-il avec cette voix qui la faisait tant frissonner.

     Cet homme allait s’asseoir sur l’une des deux chaises.

     - Attention à ce que vous faites ! Vous ne voyez pas Magui ?

     Il scruta la chaise et le sol à la recherche d’une moindre forme de vie.

     - Qui est Magui ?

     Christelle regarda la chaise comme si une personne était présente.

     - Ben, ma petite sœur. Dis bonjour au Monsieur… tu ne veux pas ? Excusez-la de son impolitesse, elle est très timide.

     L’homme prit tout de même une autre chaise. Avait-il vu clair dans son jeu ou avait-il dans l’idée d’en savoir plus sur elle et Magui ?

     Magui était une de ses inventions vers l’âge de quinze ans. Elle avait été créée pour rendre le sourire à Isabelle qui avait perdu son grand-père maternel.

     Elle discerna mieux le physique de l’homme. Il était brun avec de magnifiques yeux verts dont l’éclat lui rappelait tellement celui de l’émeraude. Des hommes bruns aux yeux verts si étincelants étaient très rares. Elle n'en avait jamais vu. Son visage était bien dessiné, on aurait dit qu'il avait été sculpté avec précision. Son nez était aquilin, la mâchoire volontaire et les pommettes saillantes. Il devait avoir une trentaine d'années et était d'une beauté exceptionnelle, car des hommes comme lui, on n'en trouvait pas à chaque coin de rue. Sous son tee-shirt blanc, qui mettait en valeur son teint hâlé, se laissait deviner un torse musclé.

     Elle rougit de honte. Qu’avait-elle fait ? C’était toujours les moments où il fallait être sérieux qu’elle jouait la folle. C’était la première fois qu’elle utilisait Magui pour repousser un homme. Il était sûrement un Don Juan qui devait cumuler les liaisons d’un soir avec une telle beauté.

     Décidé ! Elle allait continuer cette mascarade.

     Il posa les yeux sur le livre qu'elle était en train de lire.

     - Est-ce le premier livre que vous lisez de Monica Ardene ?

     Au son de sa voix, elle fut tirée de ses pensées.

     - C'est mon auteure préférée, s'empressa-t-elle de dire pour ne pas faire remarquer son trouble.

     - Tout comme moi !

     - Avez-vous déjà lu ce livre ?

     - Oui, j’ai même lu tous ses romans, ils sont extraordinaires. Avez-vous déjà une idée de l'auteur de ces crimes ?

     - A dire vrai, non.

     Elle ferma le livre et le rangea dans son sac. Elle ne voulait pas entendre de sa bouche la fin de son roman policier.

     - Puis-je connaître le prénom que peut porter une aussi jolie femme que vous ? s’enquit-il en la regardant droit dans les yeux.

     - Vous me trouvez jolie ? fit-elle vexée.

     C’était bien le premier homme qui pensait cela d’elle. Généralement, ils employaient des termes beaucoup plus élogieux.

     - Je vous trouve superbe… Pourrais-je savoir votre prénom ?

     - C'est...

     Ils furent interrompus par le serveur qui apportait l’expresso. Christelle proposa une boisson à l'inconnu. Celui-ci refusa, sans la quitter des yeux.

     Christelle fixa la chaise vide.

     - Tu es sûre de ne rien vouloir Magui ? Tu veux un jus de pomme ?… Comme tu veux !

     Il l’observait avec une telle insistance qu'elle sentit le rouge lui monter au visage. Son visage semblait s’enflammer. Sa respiration se fit plus lente. Christelle s’empourprait très facilement ce qui l’embêtait au plus haut point.

     - Jamais deux sans trois, constata-t-il avec humour. Alors, quel est votre prénom ?

     Il n’avait pas l’air d’être perturbé par cette étrange présence. Il était peut-être fou !

     - C’est Joanna, et vous ?

     Pourquoi avait-elle menti ? Peut-être pour donner un peu plus de piment à cette rencontre ou peut-être parce qu'il pouvait représenter un danger. Elle ne souhaitait pas s’enticher d’un autre homme aussi séduisant soit-il sans en connaître davantage sur lui.

     - C'est Tony. Ravi de vous connaître !

     - Egalement !

     Anthony lui tendit la main.

     A l’instant où leurs mains se touchèrent, une onde électrique parcourut le corps de la jeune femme. Elle retira sa main aussitôt.

     Avait-il éprouvé cette sensation ? Non, il était resté impassible. Le regard de Christelle ne pouvait plus se détourner de cet homme qui exerçait sur elle un charme puissant.

     Tony remarqua sur l'annulaire de la jeune femme un anneau superbe, serti de petits diamants. Il la complimenta discrètement et lui dit que la personne qui lui avait offert ce somptueux bijou avait bon goût.

     Christelle s'empressa de lui avouer que la personne lui ayant offert cette bague n'était autre qu’elle-même.

     - Donc, vous n'êtes pas mariée ? questionna-t-il avec une certaine hésitation.

     - Non.

     - Etes-vous seule ?

     - Oui.

     En fin de compte, cette journée ne lui avait révélé que des surprises. Elle, qui d'habitude ne répondait jamais aux questions indiscrètes, avait répondu à cet homme avec une facilité déconcertante. De plus, elle lui avait avoué qu’elle s’était elle-même acheté cet anneau alors qu'ordinairement pour chasser les importuns, elle rétorquait froidement que c'était son fiancé.

     - Puis-je vous poser une question à mon tour ? demanda-t-elle.

     - Je vous en prie, accepta-t-il en inclinant légèrement la tête.

     - Que faites-vous dans la vie ? J'ai l'impression de vous connaître.

     - Je suis ouvrier en bâtiment, avoua-t-il avec un grand sourire. Et quel métier exercez-vous ?

     Christelle hésita. Ayant déjà menti sur son prénom, pourquoi ne le ferait-elle pas sur son métier ? Elle ne le reverrait pas de toute manière. Pourtant…

     Par simple réflexe, elle tapa du poing sur la table et quand elle s'en rendit compte, elle croisa le regard interrogateur d'Anthony.

     - Quelque chose ne va pas ?

     - Magui arrête de bouger ainsi, tu me stresses ! tonna-t-elle en jetant un regard vers la chaise. Excusez-moi ! Pour répondre à votre question, je suis secrétaire dans une très grande firme, mentit-elle.

     Anthony était resté de marbre à la remontrance de Christelle envers Magui.

     - Quelle grande firme ?

     Elle répondit sans hésitation.

     - Petterson Industrie.

     - En effet, c'est une très grande firme.

     En voyant son amie monter les escaliers, elle fut soulagée qu'il ne lui soit rien arrivé.

     - Je suis désolée de vous chasser, mais mon amie arrive. J'ai été très heureuse d'avoir fait votre connaissance.

     Le jeune homme se retourna pour vérifier ses dires. Il voulait certainement savoir si son amie était réelle.

     Elle lui tendit la main, mais au lieu de la serrer, il la lui baisa avec une telle délicatesse qu'elle en frémit.

     - Non, c'est moi qui ai été heureux de parler à la plus belle femme qui existe sur Terre, affirma-t-il avec une infinie douceur. Au revoir… à bientôt Magui, conclut-il en mimant un ébouriffement sur la tête de la petite sœur imaginaire.

     Christelle écarquilla les yeux d’étonnement. Etait-il fou ou bien pensait-il qu’elle était réellement folle ? S’était-il tout simplement pris au jeu ? Elle ne le découvrirait sûrement jamais.

     - A bientôt... peut-être, finit-elle par dire sans aucune conviction.

     Son cœur battait à tout rompre. Le sourire qu'il avait arboré était si craquant, de quoi faire fondre un cœur de pierre. En tout cas, elle n'y avait pas résisté. Et cette voix était si séduisante pour un homme, qu'à chaque fois qu'il prononçait un mot, elle en frissonnait. Elle n'eut pas le loisir de s'interroger plus longuement sur ce bel homme car Isabelle arriva à sa table.

     Isabelle était une très belle jeune femme de vingt-six ans d'un mètre soixante-dix. Elle portait un tailleur jaune canari qui lui allait à merveille. Isabelle avait un joli petit nez, des lèvres fines, des yeux en amande marron clair dont le regard était toujours doux et émouvant. Ses cheveux bruns continuellement tirés en arrière en un chignon lui donnaient un air d’institutrice. Christelle l’assimilait à chaque fois à une poupée de porcelaine avec sa peau blanche et laiteuse. Christelle l’avait toujours protégée contre les gens mal attentionnés tant Isabelle était gentit pris le relais depuis qu’il s’était marié avec Isabelle l’année auparavant.

     Travaillant comme secrétaire à Petterlle. Sa grâce et sa naïveté lui attiraient systématiquement des problèmes. A présent c’était Marks, l'ami d'enfance de Christelle qui avaison Industrie, elle était tombée, comme la plupart des secrétaires, folle amoureuse de son patron.

     Un jour, ne pouvant plus garder son terrible secret, elle était venue demander conseil à Christelle. Elle se souvenait comme si c’était hier des quelques paroles qu'elles avaient échangées.

Wisconsin (Etats-Unis), le 15 juillet 2006

     - Comment lui dire que je l'aime ? avait demandé Isabelle.

     - Montre-lui que tu n’es pas insensible à son charme !

     - Mais je n'oserai pas, tu sais parfaitement que je suis timide. Pourquoi serais-je venue te solliciter ? S'il te plaît, aide-moi ! Tu es la seule en qui je crois, je te considère comme ma sœur. Si je t'ennuie…

     - Tu sais très bien que tu ne m'ennuies jamais...

     Qu’aurait-elle pu faire dans ce genre de cas ? Il aurait fallu plusieurs mois à Isabelle pour vaincre sa timidité. Et parler à Marks, de l’attirance de son amie, aurait pu lui faire peur. Marks avait fui pendant quelques mois les relations amoureuses sérieuses. Il avait été trahi par sa fiancée et ne faisait plus confiance aux femmes.

     - Laisse-moi quelques jours pour trouver une solution, avait-elle ajouté en voyant la mine déconfite de son amie.

     - Merci ! s'était écriée Isabelle en retrouvant le sourire et en lui sautant au cou.

     Quatre jours après cette conversation, et après avoir mûrement réfléchi, Christelle s’était rendue à l'entreprise où travaillait Isabelle.

     Elle n'était pas revenue dans cette entreprise depuis un an. L’entrée du bâtiment avait changé et était devenue moins austère et plus accueillante avec une nouvelle peinture saumon et des plantes vertes disposées un peu partout. Cela venait certainement d’Isabelle qui aimait les plantes et une couleur plus gaie que du blanc.

     Christelle avait travaillé huit mois pour Marks en tant que secrétaire. Puis, ayant une obligation personnelle, elle avait dû quitter son emploi. Elle avait donc mis en contact Isabelle et Marks. Après un entretien, Marks avait embauché immédiatement Isabelle la trouvant très qualifiée pour occuper cette fonction.

     Elle avait salué la standardiste et avait pris l’ascenseur. Le bureau de Marks était situé au dernier étage. Lorsque les portes s’étaient ouvertes, elle avait vu Isabelle. Cette dernière s’était arrêtée de pianoter sur son clavier d’ordinateur et avait froncé les sourcils d’un air interrogateur.

     - Mais que fais-tu ici ? avait-elle chuchoté.

     - J'ai rendez-vous avec ton patron.

     - Pour... pourquoi ?

     - A ton avis. Tu peux lui signaler ma présence, s’il te plait ?

     Isabelle, déconcertée, s’était exécutée en appuyant sur l'interphone.

     - Monsieur Petterson, Christelle Gordon est arrivée.

     - Faites-la entrer ! s’était-il exclamé à travers l'interphone.

     Christelle avait emboîté le pas de sa meilleure amie pour gagner le bureau de Marks. Christelle avait attendu qu'Isabelle eût refermé la porte pour commencer à parler.

     - Salut, comment vas-tu Marks ? s’était-elle informée en l'embrassant.

     - Je vais bien, merci, et toi ?

     - Ca va, je te remercie beaucoup.

     - Assieds-toi, je t'en prie !

     La pièce somptueuse était restée inchangée. Le bureau imposant noir s’y trouvait en plein milieu afin de faciliter les allées et venues de Marks. La bibliothèque était à droite et l’armoire où il rangeait ses dossiers les plus importants se trouvait à gauche. Le caractère froid des lieux avait été atténué par des philodendrons posés près de la fenêtre. En un an, elle aurait dû lui rendre visite quelques fois. Marks avait téléphoné chaque semaine pour prendre de ses nouvelles. Il ne pouvait plus venir chez elle car son travail lui prenait les trois quarts de son temps. A partir de ce jour, elle s’était promis de lui rendre visite régulièrement.

     - Qu'est-ce qui me vaut l'honneur de ta visite ?

     Ce qu'elle aimait tant chez lui, c'était sa facilité à changer de sujet. Marks avait trente ans et avait tout pour plaire.

     Il était grand et bel homme. Il avait un corps athlétique car il pratiquait le football américain. Malgré cette carrure, il paraissait, envers les autres, avoir une attitude aristocratique tant il se tenait bien droit avec un regard hautain et une démarche guindée. Sans le vouloir, il mettait mal à l’aise certaines personnes qui ne le connaissaient pas. C’était un vrai caméléon et Christelle aimait le voir dans toutes sortes de situations. Il avait un superbe sourire et des dents éclatantes d’une extrême blancheur. Ses yeux bleus changeaient de couleur en fonction de son humeur et cela intriguait toujours Christelle quand ils viraient du bleu clair au foncé. Son nez était rectiligne, sa mâchoire carrée et il portait avec succès un bouc très bien taillé. Ses cheveux châtains étaient coiffés en arrière. Ses lunettes cerclées d’une monture très fine en or étaient posées sur son bureau. Il avait une très bonne vue, et pourtant, il utilisait quand même ses lunettes mais uniquement en rendez-vous clientèle. Cette paire de lunettes lui conférait un air très sérieux. Pour certaines personnes, sa carrure sportive ne semblait pas en adéquation avec son intelligence. Une fois la confiance gagnée auprès de ses nouveaux clients, il ne les remettait jamais en leur présence.

     La première fois qu'elle l'avait rencontré, elle était tombée folle amoureuse de lui, du moins l'avait-elle cru. Elle avait douze ans et lui seize. Son père avait invité son meilleur ami et son fils Marks un soir à dîner chez eux. Depuis cet instant, ils ne s'étaient plus séparés. Plus le temps passait, plus elle s'apercevait que son amour n'était qu'une grande amitié.

     - Simple visite ! avait-elle répondu.

     - Tu es toujours aussi ravissante.

     - Merci, je te renvoie le compliment.

     - Alors comme cela, je serais devenu une jeune et belle femme, avait-il prononcé d'un ton frivole.

     - Ce n'est pas ce que je voulais dire, avait-elle rétorqué en riant. Soyons sérieux, je voudrais te demander une chose importante.

     Marks avait changé aussitôt d'expression. Son visage avait pris un air sérieux ce qui le rendait plus irrésistible que jamais.

     - Je t'écoute.

     - Je t'invite à dîner ce soir chez moi pour en discuter.

     - Pourquoi pas ? A quelle heure ?

     - Vingt heures, cela te va ?

     - O.K. !

     - Je dois y aller.

     Elle avait contourné le bureau et avait déposé un baiser sur la joue de Marks.

     - A ce soir !

     - A ce soir, ma grande !

     Isabelle s’était retournée vivement en entendant la porte se refermer.

     Christelle s’était approchée d'elle avec un très grand sourire.

     - Alors ? interrogea-t-elle sans plus se contenir.

     - Je t'invite à dîner ce soir pour parler de cela. A vingt heures ! précisa-t-elle avant de partir.

     Isabelle était arrivée avec cinq minutes d'avance. A vingt heures exactement, quelqu’un avait sonné à la porte.

     - Qui est-ce ? avait questionné Isabelle, étonnée.

     - Un ami. Pourrais-tu ouvrir, s'il te plaît ?

     Quelques secondes plus tard, Christelle avait entendu en écho :

     - Vous…

     - Christelle m'a invité, avait rétorqué Marks d'une voix rauque.

     - Moi aussi.

     Isabelle l'avait convié à pénétrer au salon. Pendant ce temps-là, dans la salle à manger, Christelle avait préparé la table pour deux, avait mis deux chandelles et avait apporté le champagne.

     Le téléphone avait sonné et Christelle avait entendu son frère, comme convenu, à l'autre bout du fil. Déposant le combiné, elle avait retrouvé Isabelle et Marks au salon pour s'excuser de son départ précipité en leur précisant qu'elle serait de retour très bientôt. Elle les avait priés de dîner ne sachant pas l'heure exacte à laquelle elle serait de retour.

     Avant de partir, elle avait accompagné Isabelle dans la cuisine pour lui présenter ce qu'elle devait servir. En partant, elle avait fait un clin d’œil à Isabelle qui, devinant ce qu'avait manigancé Christelle, était restée bouche bée.

     A vingt-deux heures, après avoir dîné au restaurant « La triple étoile » et s'être promenée, elle était rentrée chez elle. Et là, quelle n’avait été sa surprise quand elle avait découvert Marks et Isabelle s'embrassant fougueusement. Elle avait été surprise, non pas parce qu'elle doutait du résultat, mais parce qu'elle n'avait pas prévu que cela aurait été si rapide.

     Etant occupés, ils ne s’étaient pas rendu compte de sa présence, ce qui l'avait obligée à toussoter.

     Une demi-heure plus tard, Marks et Isabelle avaient pris congé de leur hôtesse.

     Le lendemain matin, Marks avait appelé Christelle pour lui avouer qu'il était tombé fou amoureux d'Isabelle dès le jour où il l'avait embauchée mais qu'il n'avait jamais su comment le lui dire.

     Quelques mois plus tard, ils se mariaient...

 

 

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Commentaires (5)

1. ggiselle (site web) 21/06/2011

super ce blog! ce roman est bien écrit, facile à lire et promet d'être très réjouissant. à bientôt!

2. golda lovely pascale Dufrene 26/11/2011

ca a ete un peu vite!

3. sylvana (site web) 26/09/2013

c' tout comme j'aime

4. Alison 26/03/2016

wow ! première fois que je viens sur ce site, je choisi et ... wow ! c'est tout ce que j'aime !

5. Tina 31/03/2016

Merci beaucoup!!!
Le roman est en cours de correction et une nouvelle version va bientôt sortir. :-)

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