Chapitre 11

Chapitre XI


Garges-lès-Gonesse (France), le mardi  29 Avril 2008

     Une jeune femme blonde ouvrit la porte. Ce n’était pas Samantha.

    - Que désirez-vous ?

    - Samantha est-elle là ?

    - De la part de…

    - Christelle Gordon.

    La femme la laissa devant la porte. Quelques secondes plus tard, elle entendit des pas rapides. La porte s’ouvrit à grande volée et Samantha apparut.

    - Christelle !

    Samantha et Christelle s’étreignirent chaleureusement. Son amie l’invita à entrer. Le hall d’entrée était immense et tout semblait de marbre saumon pâle. En son centre se trouvait un escalier qui se scindait en hauteur pour donner accès à chaque aile. Samantha la fit pénétrer dans une pièce remplie de jouets où se trouvaient deux charmants petits bambins.

    Christelle détailla Samantha. Celle-ci était devenue une vraie femme. Cheveux châtains jusqu’au bas des reins à son adolescence, elle adoptait maintenant une coupe au carré qui harmonisait mieux les traits de son visage. Jeans et baskets avaient été troqués à présent par un superbe tailleur.

    - Ce sont tes enfants ?

    - Eh oui ! Luke et Stéphanie ont trois ans. Ce sont des jumeaux.

    - Salut les petits !

    - Salut ! s’exclamèrent-ils tout en continuant de jouer.

    - Cela fait longtemps qu’on ne s’est pas vu, fit remarquer Samantha.

    - Quatre ans.

    - Qu’es-tu devenue ?

    - Rien de bien passionnant. Et toi que fais-tu ?

    - Je suis ingénieur en informatique.

    - C’est ce que tu voulais faire, je crois.

    - Très bonne mémoire. Comment as-tu eu mon adresse ?

    - Par Sylvie. Je suis allée jusqu’à la Muette et elle me l’a donnée.

    - Tu passes des vacances ou c’est pour le boulot que tu es venue en France ?

    - Je suis en vacances.

    - Toute seule ?

    - Non, avec Anthony Luciano.

    - Le Luciano... celui des voitures Luciano ? s’enquit-elle en écarquillant les yeux.

    - En personne.

    - Comment l’as-tu rencontré ?

    Christelle lui raconta sa rencontre au café et au circuit sans les détails de ce qu’elle avait prévu de faire. Qu’est-ce qu’Anthony pouvait lui manquer ! Elle avait envie de le rejoindre. Elle s’en voulait de l’avoir laissé à l’hôtel.

    - Sam... est-ce que ça te dirait de dîner au Lac des Cygnes ce soir avec ton mari et tes enfants, car je dois y aller.

    - Déjà ! Je ne t’ai même pas offert quelque chose à boire.

    - Ce n’est pas grave, Sylvie m’a déjà offert un café. Alors, c’est d’accord ?

    - Oui, mais sans mes enfants.

    - Comme tu voudras.

    Quand Samantha raccompagna Christelle devant la porte d’entrée, celle-ci s’ouvrit devant deux hommes.

    - Ah vous voilà ! s’exclama Samantha. Christelle, je te présente Byron mon mari et Greg notre ami... Christelle est une amie de longue date.

- Bonjour, lancèrent les deux hommes en lui serrant la main.

    - Salut !

    - Christelle allait justement partir et elle nous a invités au Lac des Cygnes, dit Samantha.

    - C’est très gentil de votre part.

    Christelle lui rendit son sourire.

    - Vous pouvez venir accompagné, Greg.

    - Merci, j’accepte.

    - Il faut que j’y aille. Alors, à vingt heures !

    Jamais elle n’avait été autant pressée. Elle avait envie de revoir Anthony. Elle revoyait son visage impassible de ce matin mais il avait ensuite souri pour lui signifier qu’il ne lui en voulait pas pour son départ. Anthony devait travailler toute la matinée et certainement une partie de l’après-midi.

Paris (France), le mardi 29 Avril 2008

    Le portier de l’hôtel la salua. Elle frappa à la porte d’Anthony et n’eut aucune réponse. Il n’était pas encore rentré. Elle qui se faisait une joie de le revoir ! Elle entra donc dans son appartement, déçue.

    Dans sa chambre, elle eut comme une hallucination.

    Anthony.

    Ce dernier était en train de dormir à poings fermés. Que venait-il faire dans sa chambre ? Qu’il était encore plus mignon lorsqu’il dormait !

    Elle passa les doigts dans les cheveux ébouriffés d’Anthony et sortit sur la pointe des pieds pour ne pas le réveiller.

    - Kate...

    Christelle pivota sur ses talons et scruta Anthony. Celui-ci était en train de dormir profondément. Elle sortit de la pièce en refermant soigneusement la porte. Elle s’installa sur le canapé pour patienter.

    Qui était Kate? Elle ne devait pas se prendre la tête pour un prénom. C’était sûrement un rêve. C’était elle qu’il avait invitée à Paris et pas une autre. Néanmoins en se disant cela, le nom de Kate résonna dans ses pensées. Elle avait le sentiment d’être trahie.

    - Salut ! entendit Christelle derrière elle.

    - Salut ! répondit-elle en se retournant.

    - Vous revenez de très bonne heure, je pensais que vous arriveriez en début de soirée. Vous êtes revenue pour moi ?

    - Pas du tout, mentit-elle. Au fait, ce soir, j’ai invité quelques amis à dîner au restaurant. J’espère que cela ne vous dérange pas.

    - Tout ce qui vous fait plaisir, me fait plaisir, déclara-t-il en lui baisant la main.

    Christelle se surprit à penser de nouveau à Kate. Pourquoi avait-elle entendu ce nom ? Si elle lui demandait qui était cette femme ? Il pourrait très bien mentir. Elle n’eut pas le loisir de l’interroger car le téléphone sonna dans l’appartement d’Anthony. Il s’excusa et s’éclipsa.

    Pendant ce temps, elle ouvrit le réfrigérateur et sortit une cannette de coca qu’elle renversa dans deux verres. Au moment où elle allait entrer dans la pièce où se trouvait Anthony, elle entendit quelques bribes de conversation. Le haut-parleur était enclenché et Anthony marchait de long en large, revenant et s’attardant devant le téléphone fixe.

    - La cargaison est arrivée à destination sans encombre ?

    - Oui, affirma son interlocuteur.

    - Avez-vous pris toutes les précautions habituelles ?

    - Cela été un peu plus compliqué car nous avons été suivis. Il nous a fallu beaucoup d’imagination pour les semer.

    - Si vous avez loupé votre coup, je vous tue !

    - Ecoute BOSS...

    - Il n’y a rien à ajouter. Vous savez ce que cela représente pour nous tous. Vous n’avez pas le droit de vous planter. Je vous paie tous assez cher pour ce genre de boulot.

    - D’accord, Anthony... heu... je me permets de t’informer... nos gars sont à la poursuite d’un type qui s’est introduit dans nos locaux.

    - Quoi ? Rattrapez-le et tachez de savoir ce qu’il sait... bon courage et passe le bonjour à la famille.

    - Ok, ciao. 

    La famille n’était-ce pas la mafia ? Et la cargaison... non, ce ne pouvait pas être de la drogue. Que s’imaginait-elle ? Les pires scénarios. Etait-ce les romans qu’elle lisait ? Est-ce que ce genre de discours était seulement tenu par des mafiosi ou aussi par des hommes d’affaires ?

    Elle recula de la porte et fit comme si de rien n’était quand il rentra dans le séjour. Elle lui tendit le verre de coca avec son plus beau sourire, oubliant ce qu’elle avait entendu tout à l’heure.

    - Merci. J’ai reçu un coup de fil important qui ne me permettra pas d’aller visiter la Tour Eiffel demain. Mais vous pourrez y aller et prendre note de ce qui est intéressant.

    - Mais cela ne sera pas intéressant sans...

    - Oui ?

    - Sans... sans vous, avoua-t-elle.

    - Mais si ! On ira mercredi tous les deux, je vous le promets, travail ou pas.

    - C’est vous le patron. Pourquoi ne venez-vous pas demain ? Ce n’est pas grave, j’espère ?

    - Non, un simple contretemps. Profitons-en aujourd’hui !

    - Où souhaitez-vous aller ?

    - Au cinéma pour une fois. Je n’ai jamais l’occasion d’y aller.

    - Pour voir quel film?

    - Coups de théâtre.

    - Il faut que j’aille me changer.

    - Surtout pas, vous êtes sublime. C’est moi qui vais me changer.

    Christelle se regarda dans le miroir. Elle était simplement habillée d’une jupe courte noire et d’un débardeur blanc. Anthony avait le don de lui faire sentir qu’elle était désirable. Anthony revint vêtu d’un jeans et d’un tee-shirt gris. Il émanait de lui une puissance incroyable qu’elle en frissonna.

    Après s’être rendus au cinéma, ils se promenèrent au parc en mangeant des glaces. Ils se racontèrent des blagues, des histoires invraisemblables en visitant des lieux en se tenant la main. Elle vivait un conte de fées. Trop beau pour être vrai. Allait-il durer ? Qui se cachait derrière cette façade de mystère, pensait-elle malgré elle.

    Anthony et Christelle arrivèrent au « Lac des Cygnes » avant les autres. Anthony avait réservé une table pour six personnes. Christelle était tout excitée de parler du bon vieux temps avec Samantha. Cela permettrait à Anthony de la connaître un peu plus. Elle aurait tant aimé en savoir plus à son sujet.

    Christelle vit ses invités et leur fit signe de la main.

    Samantha portait une robe rose soigneusement croisée au niveau de la poitrine. La robe présentait un dos nu, de longues manches brodées et dorées. Enfin, elle était ouverte délicatement d’une jolie fente, jusqu’au genou, décorée de trois belles perles noires. Christelle eut le loisir de détailler le mari de Samantha. Lui aussi était brun et beau ténébreux. D’une carrure très sportive, il devait probablement faire du footing et de la musculation. Lorsque celui-ci s’approcha d’eux, elle remarqua qu’il avait des yeux d’un bleu profond. Greg, contrairement à Byron, était blond aux yeux marron avec une carrure phénoménale. Il ressemblait à un grand viking avec ses cheveux mi-longs et bouclés. Il était accompagné d’une femme brune, très belle avec des cheveux très raides tombant aux épaules. La femme était habillée d’une sublime robe en décolleté de dentelle noire brodée délicatement accordée à du satin jaune.

    Christelle fit les présentations et tout le monde commença à bavarder comme s’ils étaient amis depuis longtemps.

    - Samantha comment as-tu rencontré Byron? demanda Christelle après avoir commandé.

    - C’est une très longue histoire ennuyeuse.

    - Vas-y ! J’aime bien les histoires ennuyeuses.

    Samantha eut un petit rire.

    - Je te connais, tu ne me laisseras pas en paix.

    - C’est vrai.

    - C’est vraiment bête. Mais c’est la réalité, commença-t-elle. Tout a débuté le premier avril. Mon père qui n’était pas du genre à faire une blague, m’en a fait une grandiose. Et je suis tombée dans le panneau. J’y ai tellement cru que j’ai fugué le jour même. Il voulait me marier de force avec le fils d’un ami. Pour moi, c’était hors de question… pour lui, je n’avais pas le choix. Je fis ma valise et le père d’une amie, qui était propriétaire d’un hôtel, m’hébergea.

    - Tu agis toujours sur un coup de tête, commenta Christelle.

    - Elle est toujours comme cela, firent d’une même voix Byron, Greg et Shéhérazade.

    Stupéfiés, ils se regardèrent tous avant de partir dans un grand éclat de rire.

    - Je l’avoue. Quoique par moment, il ne faut pas hésiter. Mon père a fait appel à Byron qui était enquêteur et le fils d’un de ses amis. Ce fut donc pour lui un jeu d’enfant que de me retrouver.

    - En effet, continua-t-il. Son père pensait qu’elle était loin de lui. C’était tout le contraire. Grâce à l’historique de cartes bleues, j’ai réussi à la retrouver. Quasiment tous les retraits étaient effectués à partir d’un distributeur de l’hôtel…

    - L’hôtel où j’ai rencontré Greg.

    - Oui, et quelles aventures nous avons vécues ! s’exclama-t-il avec un sourire. Quand je l’ai croisée, je n’ai pas pu résister à son charme. Je l’ai invitée le lendemain à dîner. C’était bien la première fois qu’une femme me faisait attendre au restaurant.

    - Tu le méritais. J’étais énervée qu’il ne me demande pas mon avis sur le restaurant et je devais m’y rendre toute seule. Sur le point d’annuler ce rendez-vous, je préférais lui rendre la monnaie de sa pièce.

    - J’avais pour habitude qu’on me dit Amen à tout. J’ai tout de même patienté trois quarts d’heure.

    - Et puis, pendant ce dîner, Greg s’était avéré un compagnon très attentif et gentil. Il était loin de la première image que je m’étais faite de lui. Attirés l’un par l’autre au début, on sortait ensemble comme si nous étions plutôt frère et soeur. Greg devint donc mon confident. Mais trois semaines plus tard, il devait rentrer en Amérique. Et Byron me retrouva.

    - J’ai dû argumenter pour qu’elle revoie son père malgré les circonstances de sa fugue. Je suis tombé fou amoureux d’elle et lui promettait de la soutenir et de la protéger contre son père dans le cas où celui-ci ne voudrait pas entendre raison.

    - Mon père me révéla donc que c’était un poisson d’avril. Je voyais souvent Byron après cette histoire de fous. On s’entendait à merveille, on avait prévu de se fiancer deux mois plus tard. J’appris que j’attendais un enfant. C’était merveilleux. Quand je me suis rendu chez lui, je le trouvais embrassant une super femme pulpeuse. Folle de rage, je lui demandai des explications. Il nia tout rapport avec moi et me présenta sa femme.

    - J’avais omis de lui parler de mon frère jumeau avec qui je m’étais disputé depuis plusieurs mois. Ce jour-là, il était venu faire la paix, précisa Byron.

    - Byron essayait de me contacter, de me voir sans grand succès. Il ne comprenait pas ma réaction. Son frère avait oublié de lui raconter l’incident, pensant que cela n’était pas grand-chose…

    - Mon frère est joueur de foot dans un club français et les groupies très folles ne manquent pas. Il pensait que Samantha en faisait partie.

    - Greg était revenu en France deux jours plus tard et je lui racontais tout. Byron qui nous avait aperçus en déduisit que Greg était son rival.

    - J’étais énervé. Je pensais qu’elle n’avait pas eu le courage et l’honnêteté de m’avouer la vérité. Je rattrapais donc ces deux-là afin de tout mettre au clair. Mais fou de rage, je m’en pris directement à Greg en lui mettant mon poing à la figure.

    - On ne s’épargna pas de coups de poing, coups de pieds…

    - Et qui gagna ? interrogea Anthony.

    - C’est vraiment une question d’homme… alors qui gagna ? demanda à son tour Christelle.

    - A vrai dire personne, avoua Greg. On s’est retrouvé par terre tous les deux.

    - Mais tu t’es relevé avant moi, ajouta Byron.

    - Normal puisque Samantha était là. Je voulais l’éloigner de toi le plus vite possible.

    - Mais comment vous vous êtes réconciliés ? questionna Christelle.

    - Mon frère avait trouvé une photo de Samantha que je n’avais pas jetée. Il l’avait immédiatement reconnue et m’avait narré la scène. Il n’avait pas oublié Samantha car c’était bien la première femme à l’avoir frappé d’un direct du droit au visage. Un espoir naquit et je courus immédiatement chez elle.

    - Je l’écoutais mais je n’arrivais pas à le croire jusqu’à ce qu’il me montre une photo étant adolescent. Je ne pus que lui sauter au cou et lui annoncer l’heureuse nouvelle concernant notre enfant. Voilà c’est simple.

    - Simple ? Mais tu veux rire ? Vous avez failli vous séparer à jamais à cause d’un quiproquo, constata Christelle.

    - C’est clair, renchérit Byron.

    - Mais ton père a quand même eu ce qu’il voulait. Il t’a finalement mariée au fils de son ami. Et si cette blague n’en avait pas été une et qu’il avait voulu te présenter à Byron ? fit remarquer Christelle.

    Samantha et Byron se regardèrent avec surprise. Cette supposition ne leur était jamais venue à l’esprit.

    Christelle avait les larmes aux yeux tant elle riait. Tout le monde éclata de rire également.

    - Et si on allait se repoudrer le nez ? s’enquit Christelle.

    Toutes les trois se levèrent en prenant leur sac.

    - Vos robes sont superbes, déclara Christelle.

    - C’est Shéhérazade qui les a créées, précisa Samantha.

    - Tu es styliste ?

    - Oui.

    - Tu ne connais pas Shéhérazade Stenford ?

    - Nooon ! C’est toi, la styliste ? Je ne t’ai jamais vue en photo !

    - Oui, c’est moi. En te regardant, j’ai songé à un nouveau modèle. Il faudra que je prenne tes mesures.

    - Merci, je veux bien. C’est gentil.

    Revenant à leur table, les trois hommes se levèrent et leur tirèrent la chaise pour leur permettre de s’asseoir. La proximité du visage d’Anthony à côté du sien lui fit souvenir de ses tendres baisers.

    - Peux-tu répéter ce que tu disais, Sam ? interrogea Christelle troublée.

    - Tu te rappelles du prof d’électronique, monsieur Framboisier ?

    - Bien sûr. Il était super gentil. Ces cours étaient intéressants. Entre deux cours, ils nous apprenaient des choses sur tout un vaste monde technique et pas qu’en électronique. Il suffisait de lui poser une question et il y répondait. C’était un vrai conteur tout comme Shéhérazade dans les Milles et une nuits. Il passait d’une histoire à une autre sans savoir comment il faisait. C’est grâce à lui qu’on a appris à utiliser un ordinateur, faut l’avouer.

    - Et le prof de mécanique, monsieur Prunet ?

    - Qu’est-ce qu’on riait avec lui ! Il était habillé à la Jean-Paul Gautier. Tu te souviens, en plein cours, j’ai fait un duel à l’épée avec lui en utilisant les grandes règles du tableau… Il possédait une vieille voiture. Halim, l’un de nos camarades de classe, se moquait de lui quand il dessinait une voiture sur le tableau pour nous expliquer des calculs. Halim disait qu’elle ressemblait beaucoup à sa vieille bagnole déglinguée des années quatre-vingt. Le professeur répliquait, en riant, qu’au moins lui, il ne rentrait pas les jours de pluie à pieds. En fait, entre profs et élèves, il y avait toujours une petite vanne pour s’amuser.

    - Quelle mémoire ! Et notre prof de physique, madame Dupuis ?

    - Malgré sa petite taille, elle était respectée de tout le monde. Paul n’arrêtait pas de lui gratter des bonbons à chaque cours. C’était une prof sympa. Je crois qu’on doit vous ennuyer, lança-t-elle à la cantonade.

    - Non, rétorquèrent-ils.

    - C’est intéressant. Continuez, insista Anthony.

    Samantha continua donc:

    - Et la prof de math, madame Martin ?

    - Elle aussi était sympa. Rien à redire de ses cours. Ils étaient bien faits. Nous nous entendions bien avec elle.

    La liste des noms des professeurs était longue. Autant Samantha se souvenait des noms autant Christelle de leurs physiques et les anecdotes qui leur étaient associées.

    - Que devient Nadia Abdalli ? Tu as des nouvelles ? demanda Christelle.

    - Elle passe quand elle séjourne sur Paris. Elle donne des cours d’électronique à des enfants défavorisés. Elle a vraiment le cœur sur la main.

    - Tu pourras me donner son numéro de téléphone ?

    - D’accord. En plus, elle me demandait ce que tu devenais la dernière fois qu’elle était passée. Cette fois-ci, on garde le contact.

    Christelle appela le serveur et demanda l'addition. En attendant, Christelle et Samantha s’échangèrent leurs coordonnées. Lorsque le serveur se présenta, Anthony sortit son portefeuille.

    - Non, Anthony, c'est pour moi.

    Elle prit donc le ticket des mains d'Anthony et tendit au serveur une carte de crédit et un billet en titre de pourboire.

    Sortant tous du restaurant en riant, ils partirent chacun de leur côté après s'être embrassés et s’être serré la main en se promettant de se revoir avant leur départ.

    Anthony invita Christelle dans sa suite. A l'aide de la télécommande qu'il avait prise sur la table, il alluma la chaîne hi-fi. La voix de Stevie Wonder s'éleva dans toute la pièce. Anthony se planta devant elle et l'enlaça. Elle posa la tête sur son épaule et ils dansèrent l'un contre l'autre langoureusement. Une chose dure la gêna.

    - Qu'avez-vous dans votre poche ?

    - Où ?

    - Dans la poche intérieure droite de votre veste.

    Il enleva sa veste, ce qui permit à Christelle de découvrir ce qu'il cachait. Prise au dépourvu, elle regarda, stupéfaite, l'arme qui s'y trouvait. C'était un magnum 44. Anthony déboutonna l’étui du revolver le posa sur la table.

    - Voilà, je suis enfin prêt. Venez dans mes bras ma belle.

    - Pour... pourquoi avez-vous cela ?

    - Pour me protéger, voyons.

    - De qui ?

    - Je ne sais pas, il peut y avoir des imprévus.

    - L'avez-vous déjà utilisé ?

    - Non, et j'espère n'avoir jamais à le faire.

    Il s'avança vers elle et la prit par les épaules en la regardant intensément.

    - Je vous fais peur ?

    - Non, mais je suis surprise. Je ne m'attendais pas à cela.

    Anthony passa son pouce sur le contour des lèvres pulpeuses de Christelle. Qu'elle était belle dans cette robe ! Il avait bien aimé cette soirée en compagnie de Christelle et de ses amis, mais il aurait mille fois préféré être seul avec elle. Il n'avait pas quitté Christelle des yeux de toute la soirée. Il avait envie d'elle ce soir. Anthony l'embrassa et la renversa sur le canapé. Ses baisers commencèrent à parcourir sa gorge puis se dirigèrent de plus en plus bas.

    Elle entendit le zip de la fermeture éclair de sa robe s'ouvrir. Prenant conscience de ce qui se passait, elle mit ses mains à plat sur la poitrine d'Anthony et le repoussa. Anthony s'affala sur le canapé.

    - Que se passe-t-il ?

    - Je ne peux pas, c'est tout.

    - Pourquoi ?

    - A votre avis ?

    - Vous êtes...

    - Oui, je suis vierge !

    - Non, je voulais dire que vous étiez peut-être fatiguée.

    A peine deux secondes plus tard.

    - Quoi ? Vous... vous avez dit que vous étiez vierge ?

    - Oui.

    Croisant les mains sur sa poitrine pour que la robe ne tombe pas, elle courut se réfugier dans sa chambre.

    - Je ne le savais pas sinon... je... excusez-moi, balbutia Anthony qui venait de s'asseoir sur le lit de Christelle.

    - Vous ne pouviez pas prévoir.

    - Non. Vous n'avez donc jamais eu d'amant ?

    - Non, j'attends le grand amour…

    - Bonsoir, rétorqua-t-il d'une voix froide.

    Pourquoi avait-il eu ce ton si froid ? Lui en voulait-il parce qu'elle ne s'était pas donnée à lui ? Comment pouvait-il lui faire ce coup-là ? Il ne l'aimait pas. S'il était amoureux d'elle, il la comprendrait, il attendrait. Mais un homme pouvait-il attendre ? Elle en était moins sûre. Il irait se réconforter auprès d'une autre. Aurait-elle dû le faire… s'offrir au seul homme qu’elle n’ait jamais aimé ? Non ! Elle ne le ferait jamais avec un homme qui n’éprouvait aucun sentiment pour elle. Elle avait fait le bon choix. Elle ne le regrettait pas.

    Une porte claqua si violemment qu'elle en frémit. Il était parti. Où était-il allé ? Etait-il allé voir une autre femme ? C’en était de trop pour elle. Un tel homme ne méritait pas que l'on s’intéresse à lui.

    Des larmes roulèrent sur ses joues sans qu'elle ne fît rien pour les retenir. Elle retourna plusieurs fois dans son lit sans réussir à fermer l’œil de la nuit.

    Anthony, assis au bar, buvait verre sur verre. Et tout cela, à cause de Christelle. Elle était vierge. Elle voulait attendre le mariage. Elle ne l’aimait donc pas sinon elle se serait donnée à lui. Qui aimait-elle ? Tout lui avait semblé parfait depuis quelques jours. Elle paraissait s’intéresser à lui et avait répondu fougueusement à ses baisers. La rendre amoureuse de lui ne serait pas facile.

    Il était amoureux…

    La tête lui tournait, il avait envie de dormir.

    - Bonsoir Anthony…

    Cette femme… Il ne l’avait jamais oubliée. Et elle était devant lui plus belle que jamais.

    - Bon… Bonsoir Kate.

    - Mon pauvre Tony, que t’arrive-t-il ? Je ne t’ai jamais vu dans cet état. Que se passe-t-il ?

    Kate prit place près de lui et posa sa main sur la sienne.

    - Rien, il ne se passe rien justement, Kate ! tonna-t-il.

    - Tu as trop bu et tu ne supportes pas l’alcool. Viens chez moi, tu me raconteras tout cela. J’ai besoin de toi…

    La seule chose qu’il avait envie de faire était de vomir. Il n’avait pas la force de résister. Kate le prit par le bras et l’entraina dehors. Elle héla un taxi et cita son adresse au chauffeur.

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