Chapitre 16

Chapitre XVI

 

Wisconsin (Etats-Unis), le lundi 3 Novembre 2008

     Christelle déposa ses bagages à l’entrée de la maison. Voilà ! Cela faisait un mois qu’elle n’était pas revenue chez elle. Tous les lettres, journaux et paperasses étaient disposés sur la table basse. Marks était passé toutes les semaines pour répondre aux courriers à sa place et arroser ses plantes. Marks détestait laisser la maison de Christelle à une personne étrangère. C’était pour cela qu’il s’en était occupé personnellement. Isabelle avait une sacrée chance d’être mariée à un homme tel que lui et surtout, un homme qui l’aimait à la folie.

    Elle se prépara un thé et tria ses lettres. Une enveloppe timbrée de France en date du neuf octobre lui arracha un sourire. Elle décacheta et lit :

 

                            Chère Christelle,

 

                            J’aurais voulu t’écrire à un autre moment pour savoir comment tu vas, mais j’ai une très mauvaise nouvelle à t’apprendre. On a retrouvé Christian Scan mort lors de l’explosion de sa voiture la nuit du 15 août. Je suis désolé. A part cela, on a peut-être un indice sur les hommes qui te suivaient. Ces hommes appartiennent, je pense, à Montana, le patron de la mafia. Byron et moi, n’en sommes pas très sûrs mais c’est déjà cela. Dès qu’on aura quelque chose, je t’écrirai pour te prévenir.

Amicalement ,Greg

                            P.S: Shéhérazade t’embrasse très fort.

 

    Non ! Cela ne pouvait être réel ! Christian ne pouvait pas être mort ! Pas lui !

    Elle se souvenait de son rire lorsqu’elle se trouvait en difficulté dans une partie d’échecs ou de son air sérieux quand la partie d’échecs devenait très intéressante.

    Christian…

    Elle n’arrivait pas à se faire à cette idée.

    Elle vit une deuxième enveloppe timbrée de France. Elle la prit d’une main tremblante et l’ouvrit. La magnifique écriture en italique, comme dans la précédente lettre, était celle de Greg. Celle-ci avait été envoyée deux semaines plus tard.

 

                        Chère Christelle,

 

                             Je voudrai t’informer que cela fait une semaine que nous sommes rentrés dans le clan de Montana et que nous sommes sur la bonne voie puisque nous avons entendu parler de toi ou plutôt d’une certaine femme qui s’est évanouie dans la nature. Pour l’instant, nous sommes à l’épreuve et on ne nous fait pas confiance. A la moindre erreur, on est foutu.

Ton fidèle serviteur Greg

                        P.S: Shéhérazade est enceinte et elle t’embrasse très fort.

 

    Elle passa sa main sur son front. Sa tête lui faisait affreusement mal. En plus, le tintement de la sonnette retentissait comme un tambour à ses oreilles. Elle ouvrit avec grande peine. La pièce se mit soudain à tourner et sa vue commença à se brouiller. Une personne se tenait debout devant elle et bredouilla une chose incompréhensible. Qui était-il ? Elle n’arrivait pas à voir son visage. Elle frotta ses yeux. C’était Marks.

    - Comment vas-tu ?

    - Bien, bien... Heureuse de te voir. Rentre…

    Christelle et Marks se dirigèrent vers la cuisine. Marks déposa sur la table deux gros sacs et prit place sur une chaise.

    - Je t’ai fait des courses.

    Christelle qui avait mis en marche sa machine à expresso se retourna vers lui, interrogative.

    - Merci Marks, mais comment savais-tu que j’étais de retour ?

    - Ben m’a averti.

    Sacré Ben ! Il se ferait toujours du souci pour elle.

    Des soucis, Christian n’en avait plus. Il était mort… mort d’une atroce manière. Elle s’imaginait la scène, la voiture qui prenait feu et qui explosait. Elle voyait Christian aux prises des flammes qui lui léchaient et lui brûlaient la peau. Il était jeune encore et avait beaucoup de choses à voir et à réaliser. Il s’était trouvé au mauvais endroit au mauvais moment.

    - Tu m’as l’air bien soucieuse. Tu es toute pâle.

    - Te souviens-tu de Christian Scan ? lui demanda-t-elle en s’asseyant.

    - Pas du tout.

    - Mon ami... avec qui je faisais des parties d’échecs à l’université.

    Christelle déposa les deux tasses à café sur la table et apporta la sucrière pour elle. Marks prenait son café sans sucre.

    - Oui, je vois. Comment va-t-il ?

    - Il est mort.

    Marks suspendit son geste lorsqu’il porta sa tasse à ses lèvres et il la reposa lentement.

    - Comment ?

    - Sa voiture a explosé.

    - Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

    Christelle lui raconta leur mésaventure dans la capitale française.

    - Tu sais tout maintenant.

    - Dès aujourd’hui, tu viendras habiter à la maison.

    - Mais...

    - Ne proteste pas. Prends tes affaires et on part. On ne sait jamais ! Ils pourraient découvrir où tu habites, surtout que tu es connue à présent dans le monde entier. Tu avertiras Ben de venir également à la maison le temps que cela se calme.

    La voyant toujours immobile, il ajouta :

    - Si tu ne te dépêches pas, je monte dans ta chambre et je prends n’importe quoi... et en plus, tu veilleras sur Isabelle car je ne serai pas tout le temps à la maison. Et ces derniers temps, elle a beaucoup de maux de ventre.

    - Tu n’as pas honte Marks... tu me prends toujours par les sentiments. Et tu as toujours le dernier mot.

    - C’est pour cela que je suis patron.

Wisconsin (Etats-Unis), le mercredi 5 Novembre 2008

    - Chris... telle, balbutia Isabelle.

    Isabelle qui était allongée sur le canapé, tenait son ventre rebondi des deux mains.

    - Les contractions ont commencé ?

    - Je crois…

    - Où est ta valise ?

    - Dans l’armoire de ma chambre.

    - Je vais la chercher et on y va.

    Christelle prit le téléphone et composa le numéro de Marks. Elle descendit les escaliers, valise en main, lorsqu’elle eut à l’autre bout de la ligne, la secrétaire de Marks.

    - Je voudrais parler à Marks, s’il vous plaît.

    - Il est en réunion.

    - Elles sont régulières ? interrogea Christelle en rejoignant Isabelle.

    La douleur se lisait sur son visage.

    - Que dites-vous ? questionna la secrétaire.

    - Une seconde. Elles sont régulières tes contractions ?

    - Oui.

    - Lève-toi.

    - Et Marks ?

    - Il est en réunion.

    - Laisse-le !

    - Pas question !

    Puis, Christelle s’adressa à la secrétaire.

    - Interrompez la réunion !

    - Je ne peux pas. Puis-je lui laisser un message ?

    - Non ! Sa femme va accoucher.

    - Je vous le passe.

    Christelle aida Isabelle à s’installer dans la voiture et attendit qu’elle s’allonge sur la banquette arrière.

    - Qui est-ce ? s’écria Marks un instant après.

    Sa secrétaire n’avait apparemment rien osé lui dire.

    - Ne te fâche pas Marks, c’est Christelle.

    - Que puis-je pour toi ? Tout à coup, sa voix s’était radoucie. J’ai une réunion très importante.

    - Pas plus importante que ta femme, j’espère !

    - Qu’a-t-elle ?

    - Elle va accoucher. On est déjà en route.

    - J’arrive !

    Marks raccrocha.

    - Christelle... appuie sur le champignon !

    - Dans ton état ?

    - Oui... à moins que... tu veuilles... m’aider à accoucher dans la voiture.

    - J’appuie sur le champignon.

    Elle ne ralentit pas quand le feu passa à l’orange et eut de la chance de ne pas rencontrer sur sa route une voiture de police. A peine étaient-elles arrivées, qu’on emmena Isabelle dans la salle d’accouchement.

    Christelle attendit dans la salle d’attente.

    Elle était revenue au bon moment pour aider son amie. Elle avait quitté l’Italie trois jours auparavant. Cindy était passée chez Isabelle le jour même de son arrivée. Et quel changement extraordinaire s’était opéré en elle. La blonde écervelée était devenue une femme beaucoup plus mature. Le responsable de cette métamorphose était bien entendu Bobby.. Celui-ci n’avait pas résisté à cette femme si discrète au travail et très sensuelle et charmeuse en dehors. D’après Cindy, ils semblaient filer le parfait amour.

    Christelle espérait tant que Cindy ne se lasse pas du jeune homme. Bobby n’avait rien à voir non plus avec les ex-prétendants de son amie. Il était plus mûr et ne laissait en aucun cas Cindy faire ce qu’elle voulait.

    Autour d’elle, tout le monde avait trouvé l’âme sœur. Elle se sentait si exclue à présent.

    Pourquoi Anthony s’était-il joué d’elle alors qu’il était amoureux d’une autre ? Quel genre d’homme était-il donc pour briser le cœur des femmes ? Il ne semblait porter aucun respect pour la gent féminine.

    Durant ces derniers mois, elle avait évité toute confrontation avec lui alors qu’il essayait par tous les moyens de s’approcher d’elle. Elle avait dû recourir à Khaled. Ce dernier s’était fait passer pour son petit ami pour qu’Anthony ne s’intéresse plus à elle.

    Elle en était là dans ses réflexions lorsqu’une sage-femme vint la voir.

    - Pourrais-je savoir où est son mari ?

    - Il va bientôt arriver. Qu’y a-t-il ?

    Le visage de la sage femme d’une quarantaine d’années était impassible.

    - Cela se passe mal. On risque de perdre le bébé et la mère.

    - Oh non !

    - On va faire de notre mieux, ajouta-t-elle avant de regagner la salle d’accouchement.

    Christelle s’effondra sur une chaise. Comment cela était-il possible ? La sage-femme devait certainement se tromper !

    Elle se sentait si impuissante face à une telle situation. Que faire d’autre mis à part attendre ? Comment allait-elle annoncer une aussi mauvaise nouvelle à Marks ? Isabelle et lui attendaient cet enfant avec impatience. Ils ne voulaient même pas connaître le sexe du bébé. Ils voulaient que cela soit une surprise en ce jour merveilleux. Mais ce jour de naissance allait devenir un jour de deuil.

    Christelle joignit les mains et fit ce qu’elle n’avait pas fait depuis tant d’années. Elle ferait ce que Khaled faisait avant chaque course. Elle prierait pour qu’au moins sa meilleure amie s’en sorte indemne.

    - Christelle…

    - Marks...

    Christelle se leva et se jeta dans les bras de celui-ci.

    - Qu’y a-t-il ?

    - Ils vont peut-être perdre le bébé et… Isabelle.

    Marks ne dit aucun mot. Il s’était raidi et ses mains se crispèrent.

    - Qu’ont-ils dit d’autre ?

    - Rien. Viens t’asseoir Marks. Que s’est-il passé pendant mon absence pour qu’elle perde ainsi le bébé ?

    - Il y a deux semaines, elle est tombée dans l’escalier. Je l’ai conduite à l’hôpital, mais ils nous ont assuré que le bébé ne risquait rien… tout cela, c’est ma faute. Je n’aurais jamais dû la laisser toute seule.

    - Ce n’est pas ta faute…

    Ils restèrent, des heures, assis sur le banc l’un contre l’autre en attendant dans l’angoisse et la crainte que tout se finisse bien. Que ferait-elle si elle perdait encore un ami. Elle ne pourrait le supporter davantage. Christian et peut-être Isabelle. Elle ne pensait qu’à elle. Et Marks ! Lui qui était fou amoureux de sa femme. Qu’adviendra-t-il sans elle ? Marks était très sensible même sous cette apparence indestructible. Elle regarda Marks du coin de l’oeil et fut bouleversée par l’image qu’il lui donnait. Il paraissait tout d’un coup avoir dix ans de plus. Il fallait qu’Isabelle se batte, qu’elle reste en vie.

    - Je suis désolée, monsieur... commença la sage femme.

    Marks se leva d’un bond.

    - Ma femme ?

    - On n’a pas pu sauver le bébé.

    - Et ma femme ?

    - Elle est dans le coma.

    - Pour combien de temps ?

    - Je ne pourrais vous l’affirmer. Quelques minutes ou...

    La sage-femme baissa la tête.

    - Je suis désolée, dit-elle en tournant les talons.

    Ils sortirent, quelques instants après, Isabelle de la salle et l’emmenèrent dans une chambre.

    - Christelle, tu devrais rentrer. Il se fait bientôt tard.

    - Je vais rester jusqu’à ce qu’elle reprenne connaissance.

    - Tu devrais…

    - Marks... C’est ma meilleure amie et je n’ai pas envie de te laisser seul.

    - Merci, dit-il à mi-voix en la prenant dans ses bras.

    L’infirmière, à la demande de Marks, fit installer un lit près de celui d’Isabelle afin qu’il puisse rester à côté d’elle et lui tenir la main. Christelle de son côté essayait de remonter le moral de Marks par des mots ou par un sourire. Elle ne savait plus que faire.

Milan (Italie), le mercredi 5 Novembre 2008

    Pendant ce temps, à l’hôtel Four Seasons Milan, en Italie, Anthony, seul à table, vit des couples d’amoureux passer et repasser. Pendant ces quatre jours, il n’avait vu que cela. Depuis qu’il avait su que Christelle lui avait joué un mauvais tour, il s’était surpris à l’aimer encore plus. Il aurait voulu lui téléphoner pour lui déclarer sa flamme, mais Christelle lui avait ouvertement affirmé qu’elle le détestait. Elle avait dû monter toute cette mise en scène à cause de lui. Jamais il n’avait autant aimé…

    - Tu m’as l’air songeur, fit remarquer sa soeur qui venait juste d’arriver avec Ben. Qu’y a-t-il ?

    - Rien du tout... les affaires.

    - Tu t’investis beaucoup trop, fais-toi remplacer.

    - C’est ce que je compte faire.

    Ben était impatient et excité d’annoncer la bonne nouvelle à Anthony. Mais il avait quand même peur de la réaction de ce dernier.

    - On le lui dit Rebecca ?

    - Vas-y.

    - Dans deux semaines, nous allons nous marier.

    Anthony garda le silence quelques secondes. Il était très surpris.

    - Mais n’est-ce pas trop tôt ? Vous êtes très jeunes.

    - On s’aime, c’est tout ce qui compte, répondit Rebecca.

    - C’est pour quand exactement ?

    - Dans deux semaines, le temps de tout préparer, l’informa Rebecca.

    - Christelle est au courant ? demanda Anthony.

    - Pas encore.

    - Je n’ai qu’une chose à dire dans ce genre de cas…

    Anthony se leva et ouvrit les bras.

    - Toutes mes félicitations !

    Rebecca se blottit dans les bras de son frère et Ben lui serra la main. Mais Anthony l’attira également vers lui pour le congratuler de façon beaucoup moins formelle.

    - Maman prendra l’avion avec nous après demain, précisa Rebecca à Anthony.

    - Oh non ! Elle va encore gérer ma vie à la maison, plaisanta-t-il.

    - T’inquiètes pas grand frère, elle s’occupera surtout des préparatifs du mariage. Je te le promets.

    Maria fit justement son entrée dans la salle.

    - Vous voilà tous enfin, il faut…

    Les trois jeunes gens se mirent à rire en l’apercevant.

    Un homme assis à deux tables de là, observait la scène en souriant. Il but la dernière gorgée de son scotch et écrasa son mégot de cigarette dans le cendrier. Il se leva, ajusta la veste de son costume gris et fit glisser ses lunettes de soleil de son crâne vers son nez.

    Il en avait assez entendu pour la journée.

    Tout en quittant le bar, il prit son téléphone portable et chercha le nom de la personne à joindre.

    - Lolé, c’est moi, Mehmet…

    - Alors ?

    - Le paquet sera bientôt localisé. Ils partent après-demain.

    - Parfait, répondit Lolé avant de raccrocher.

    Le paquet c’était Christelle. Lolé avait envoyé des hommes aux États-Unis, mais cette femme leur avait encore échappé. La maison était vide à longueur de journée. Il avait donc décidé de suivre le frère de Christelle afin de retrouver sa trace.

    Et bientôt, elle sera entre les mains de Montana.

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