Chapitre 17

 

Chapitre XVII

 

Aéroport (Etats-Unis), le samedi 8 Novembre 2008

     Mehmet suivait de loin Ben après être sorti de l’avion. Il avait pris son billet d’avion à la dernière minute. Il était content de lui. La filature était son point fort et il touchait au but.

    Il aperçut Ben qui se séparait du groupe. Il avait renvoyé en France les hommes qui l’avaient accompagné. Il était inutile d’être plusieurs pour le moment. Etre trop nombreux aurait pu mettre la puce à l’oreille du frère de Christelle.

    Ben se dirigea vers les toilettes après avoir récupéré sa valise. Mehmet l’attendait patiemment à l’extérieur puisqu’il n’y avait qu’une sortie.

    Mehmet avait envie de fumer. Les minutes passaient sans que Ben ne sorte. Mais que pouvait-il bien faire ?

    Il hésitait à rentrer de peur de se faire remarquer. Mais au bout d’une demi-heure, il décida d’y aller.

    La valise était devant la porte. Elle était grande ouverte. Il y avait un jeans, une chemise noire et une paire de chaussures à l’intérieur. Il se souvenait que Ben était habillé ainsi.

    Il regarda par précaution en dessous des portes des toilettes, mais il ne vit aucune personne.

    Ben s’était évanoui dans la nature.

    Mehmet se rappela avoir vu un homme moustachu sortir de là. Il portait une chemise hawaïenne bleue, un bermuda jaune ainsi que des tongs et un chapeau ridicule en paille. En y songeant à présent, il ne l’avait pas vu rentrer.

    Il tapa rageusement sur la valise. Comment allait-il expliquer cela à Lolé ?

Wisconsin (Etats-Unis), le samedi 8 Novembre 2008

    Ce fut Christelle qui ouvrit la porte lorsque Ben sonna chez Marks. Il était tout sourire après s’être joué de l’homme qui le suivait. Christelle ne parut pas le reconnaître. Une simple moustache ainsi qu’un chapeau de paille changeaient la physionomie de son visage. De plus, Christelle ne l’avait jamais vu vêtu de la sorte. C’était Rebecca qui lui avait acheté ces vêtements la veille.

    - Salut sœurette !

    - Ben ?

    - Tu me laisses entrer ?

    Christelle s’effaça. Ben referma la porte derrière lui et embrassa sa sœur sur la joue.

    - Mais où sont tes valises et c’est quoi ce déguisement ?

    - Je vais tout t’expliquer depuis le début mais je veux bien que tu m’offres un café.

    - Bien sûr.

    Christelle prépara un cappuccino avec la super cafetière d’Isabelle. Elle pensera à en acheter une quand elle retournera chez elle car Ben avait un faible pour ce genre de café.

    Lorsque Christelle posa sa grosse tasse devant Ben, il entama son récit.

    Ben, qui ne se doutait pas au début d’être suivi par la mafia, avait reçu un message écrit. Celui-ci lui avait été remis par le réceptionniste de l’hôtel Giorno.

    Il sortit de son portefeuille une feuille qu’il tendit à Christelle.

 

                        A l’attention de Ben Gordon,

 

                        Vous êtes suivi et vous risquez d’indiquer l’endroit où se cache votre sœur. L’homme qui vous suit prendra le même avion que vous. Il mesure environ 1m80 et a le crâne rasé.

                        Trouvez un subterfuge quand vous descendrez de l’avion.

Votre ange gardien

 

    Ben avait interrogé le réceptionniste. Celui-ci n’avait fait que prendre note lorsqu’il avait reçu un appel téléphonique. L’homme lui avait révélé être un agent d’Interpole. C’était tout ce qu’il savait.

    Ben avait remarqué dans la journée qu’effectivement un homme semblait le suivre de temps à autre. Pour plus de précautions, il avait demandé à Rebecca, qu’il avait mise dans la confidence, de lui faire des emplettes une fois seule. Elle lui avait donc acheté toute une panoplie de déguisement.

    Il se ferait certainement encore plus remarqué mais au moins il ne ressemblerait pas ce qu’il était tous les jours.

    A l’aéroport, Rebecca avait pris les deux valises de Ben contenant ses affaires. Ben avait saisi la valise rouge qui était plus voyante et qui contenait son déguisement. Il s’était ensuite séparé de la famille Luciano et s’était dirigé vers les toilettes pour se changer.

    L’homme attendait non loin de là et n’avait pas bougé lorsqu’il était sorti. Il avait pris par la suite un taxi tout en surveillant si l’homme n’apparaissait pas derrière lui.

    Sous les ordres de Christelle, il avait indiqué au chauffeur l’adresse de Marks.

    - Je te savais très futé Ben. De mon côté, j’attends toujours des nouvelles de Byron et de Greg. Il faudra bien qu’un jour cela cesse.

    - C’est clair… Christelle, il faudra que tu penses à t’acheter une robe de demoiselle d’honneur. Il y aura un mariage dans deux semaines.

    - Pour qui vais-je être la demoiselle d’honneur ?

    - Rebecca.

    - Elle va se marier ?

    - Correction... nous allons nous marier.

    - Vous êtes très jeunes !

    Ben sourit à cette remarque.

    - C’est ce que Tony a dit. Mais j’ai vingt-deux ans…

    Christelle savait pourtant que Ben, malgré son jeune âge, avait la maturité nécessaire pour prendre des décisions de haute importance. Il avait eu son diplôme d’ingénieur très jeune car c’était un garçon surdoué. Toutes ses réflexions étaient celles d’une personne d’expérience.

    - Je sais…mais tu ne peux pas…

    - Pourquoi ?

    - Parce qu’Isabelle a perdu son bébé cette semaine.

Wisconsin (Etats-Unis), le mercredi 5 Novembre 2008

    Isabelle était restée dans le coma une bien longue journée. Elle n’avait repris connaissance que dans le courant de l’après-midi. Christelle et Marks avaient veillé sur elle tout au long de cette période et avaient dû dormir qu’une heure environ chacun. Tous les deux n’arrêtaient pas de lui parler. Puis, elle avait bougé la main. La première parole qu’elle avait prononcée fut :

    - Où est mon bébé ?

    Ni Marks ni Christelle n’avaient osé lui répondre.

    - Réponds-moi, Marks !

    - Je vais vous laisser seuls, avait dit Christelle.

    - Non, reste s’il te plaît, avait insisté Marks.

    Après une longue hésitation, Marks avait ajouté :

    - On a perdu le bébé.

    Isabelle avait fondu en larmes. Marks et Christelle avaient essayé de la réconforter.

    - Je suis désolée, Marks. Je sais que... que tu voulais ce bébé plus que tout.

    - Tu dis n’importe quoi. Tu es en vie et c’est tout ce qui compte. Tu es toute ma vie. Si je t’avais perdue, je n’oserais pas imaginer ma vie sans toi. Je t’aime.

    - Moi aussi, je t’aime.

    Christelle, pendant ce temps-là, s’était éclipsée et était revenue une demi-heure plus tard pour les retrouver dans le même lit, entrelacés et endormis. Ne pouvant les quitter sans les avoir salués, elle fit un tour dans l’hôpital et s’était arrêtée à la nursery. Tous ces petits nouveaux nés, si mignons la firent rêver. Une image s’était interposée dans sa tête. Celle d’avoir un enfant d’Anthony. Cet homme lui faisait beaucoup d’effets. Elle avait chassé cette image d’un coup de main. Tous les jours, elle n’avait cessé de penser à lui.

Wisconsin (Etats-Unis), le samedi 8 Novembre 2008

    - Quoi ! La pauvre ! Je ne sais pas quoi dire. Comment va Isabelle ? Où est-elle, en fait ?

    Ben était sous le choc. Isabelle était comme une seconde sœur pour lui.

    - Ca va mieux et elle se repose. Tu comprends maintenant pourquoi il faut changer de date.

    - Ok. Je parlerai à Rebecca pour annuler.

    - Pas question ! répliqua Marks qui pénétra dans la cuisine. Je n’ai pu m’empêcher d’écouter et j’ai bien fait. Tout se déroulera comme prévu. Mes félicitations ! s’exclama Marks en lui serrant la main.

    - Merci, mais je peux le reculer, ce n’est pas…

    - Non, ce sera parfait et ça changera les idées à Isabelle.

    - C’est toi qui vois.

    - C’est vu. Et Isabelle aura également besoin d’une robe. Cela lui ferait du bien de sortir.

    Christelle hocha affirmativement la tête. Marks avait raison.

Wisconsin (Etats-Unis), le samedi 22 Novembre 2008

    La journée tant attendue par Ben et Rebecca débuta par une belle matinée ensoleillée sans nuages.

    A une heure, le piano jouait les premières notes de la marche nuptiale. Ben, très beau dans son costume noir, attendait Rebecca qui arrivait au bras de son frère.

    Elle était si belle dans sa robe de mariée. C’était une robe de princesse digne des films hollywoodiens avec une traîne longue d’environ trois mètres. La robe blanche sertie de diamants était un cadeau d’Anthony.

    Au lieu de s’asseoir sur une chaise, Anthony vint se placer à droite comme témoin.

    Qu’il était beau ! Et ce sourire si craquant ! Ses baisers, toutes leurs danses où ils étaient enlacés, leurs discussions, leurs parties d’échecs ainsi que leurs disputes suivies de leurs réconciliations, revinrent en mémoire à Christelle. Mais la dernière dispute avait tout tranché. A la réflexion, depuis qu’il avait annoncé son mariage avec Kate, tout était fini.

    - Je vous déclare mari et femme. Vous pouvez embrasser la mariée, intima le prêtre.

    Un long baiser unit leurs vœux.

    A la sortie de l’église et après le traditionnel jeter de riz sur les mariés, chacun se dirigea vers sa voiture. Tout le monde devait se rendre chez Anthony pour la réception.

    Et Anthony qui s’approchait de plus en plus d’elle. Elle aperçut dans la rue deux jeunes adolescents qui parlaient bruyamment.

    - Il vient cet indice, oui ou non ? questionna le jeune adolescent à la fille.

    - Son frère s’appelle Galaad.

    - Ravenscar ? lui cria-t-il au visage.

    - Oui, répondit-elle d’une toute petite voix.

    - Lord Lucifer en personne ! Mais tu es folle ! Mais tu es folle ! Qu’a-t-il dit ? Qu’as-tu fait ? Que comptes-tu faire pour demain ? Et moi, que vais-je dire à Galaad s’il me pose des questions ? Et si ce diable de professeur n’a pas apprécié, tout va me retomber sur le nez. Ah, ma sœur est folle ! Elle s’en est prise à Ravenscar, au secours !

    En écoutant ces adolescents, Christelle ne put que penser à sa propre jeunesse si vite passée, mais cependant pas regrettée.

    Un promeneur l’arrêta pour lui demander l’heure.

    - Il est cinq...

    - Vous allez me suivre sans commentaire, l’enjoignit-il à voix basse.

    L’homme brun, qui était légèrement plus grand qu’elle, la regardait d’un air menaçant. Cet homme aurait pu être beau mais son nez aplati lui enlevait tout son charme.

    - Vous croyez ça ! répliqua-t-elle en essayant de le contourner mais il s’interposa.

    - Si vous ne me suivez pas, ces deux jeunes adolescents mourront, précisa-t-il en lui montrant une arme sous sa veste en cuir.

    - Mais qui êtes-vous ?

    - Ne posez pas de question.

    - Vous êtes un des sbires de Montana, c’est ça !

    - Pas de questions ! ordonna-t-il. Ou...

    - Christelle ! entendit-elle crier derrière elle.

    - En route, ne vous retournez pas !

    ls s’engagèrent dans une ruelle sombre où les attendait un camion. Un coup sec, la fit se retourner. La vision d’Anthony étalé par terre la fit pâlir.

    - Que fait-on de lui Carl ? demanda un autre homme.

    C’était certainement l’homme qui avait suivi Ben car il avait le crâne rasé.

    - Mets-le dans le camion, il peut nous porter préjudice et on verra avec le patron.

    - Laissez-le, s’il vous plaît ! Il ne sait rien, supplia-t-elle.

    - J’ai dit de te taire ou tu te prends la prochaine fois une baffe ! Et monte dans ce foutu camion !

    Toute tremblante, elle obéit aux ordres de ce fameux Carl. Le deuxième homme déposa Anthony à côté d’elle. Les deux portières se refermèrent sur eux dans un bruit sec. Christelle mit la tête d’Anthony sur ses genoux.

    Qu’allait-il advenir d’eux ? Elle ne se pardonnerait jamais s’il arrivait quelque chose à Anthony. Elle n’aurait pas dû suivre ces voyous. Ce Carl aurait-il vraiment tiré sur les adolescents ? Elle n’avait pas voulu prendre de risque. Où allaient-ils ? Allait-on les tuer comme Christian ? Tout était à présent sa faute.

    Elle passa sa main sur les cheveux noirs d’Anthony et sentit un liquide chaud sous ses doigts. Ce liquide était du sang. Etait-il mort ? Elle tâta son pouls et constata qu’il battait régulièrement. Ouf ! Il était vivant.

    Qu’allaient penser Ben et Rebecca en ne les voyant pas à la réception ? Est-ce qu’ils se douteraient qu’on les avait kidnappés ? Donneraient-ils à temps l’alerte ? Mais comment allait-on les retrouver ? Personne n’avait été témoin de leur enlèvement.

    Ils roulèrent une bonne heure environ et Anthony n’avait pas repris connaissance. Le bruit des voitures environnantes s’était estompé. Tout était silencieux. Ils avaient dû quitter la ville.

    Est-ce que ces hommes allaient les abattre dans un bois ? Cela serait une mort affreuse et leurs familles respectives se feraient un sang d’encre. Et Ben qui avait déjà perdu ses parents ! Il ne serait à présent plus seul maintenant qu’il était marié. Rebecca saura prendre soin de lui.

    Le camion s’arrêta enfin et les portières s’ouvrirent à grande volée. L’homme au crâne rasé prit Anthony comme un vulgaire sac de pommes de terre, et Carl l’attrapa par le bras sans égards.

    Christelle observa les alentours. Ils se trouvaient loin de tout. Il n’y avait qu’une grande usine désaffectée autour d’un pré.

    Après un dédale de couloirs, ils arrivèrent devant une porte blindée. Carl la poussa sans ménagement à l’intérieur de la pièce et Anthony fut posé par terre. Carl referma la porte à double tour sans un regard et aucune parole.

    Que leur réservaient-ils ?

    Seul un ancien coffre fort ouvert en grand meublait la pièce. Le mur, jadis blanc, était devenu gris et la peinture s’écaillait dans certains recoins.

    Christelle s’agenouilla près d’Anthony et caressa sa joue. Il bougea enfin et gémit.

    - Christelle ?

    - Je suis là, lui dit-elle.

    - J’ai de ces maux de tête…

    Anthony se releva à demi et se dirigea vers le mur où il se laissa glisser dos contre celui-ci.

    - C’est normal, vous avez reçu un coup.

    - Où sommes-nous ?

    - Loin de la ville. On nous a kidnappés.

    - Qui cela ?

    - Les hommes de Montana.

    - Pourquoi ?

    - Vous vous souvenez de notre séjour en France...

    N’obtenant aucune réponse, elle ajouta :

    - Et bien, je pense que ce sont les mêmes hommes qui nous ont pourchassés, Christian et moi... et Christian est mort... sa voiture a explosé.

    - Comment savez-vous que ce sont les hommes de Montana ?

    - J’ai reçu deux lettres de Greg qui m’en parlaient.

    - Je vois. Et pourquoi en avaient-ils après vous ?

    - Je ne vous ai pas dit la vérité. Christian avait assisté à un déchargement de drogue et à un meurtre.

    - Pourquoi ne m’avez-vous rien dit ?

    - J’avais peur...

    - De quoi ?

    - De vous.

    - Pourquoi ?

    - Pendant notre séjour en France, j’ai surpris une conversation téléphonique sans le vouloir lorsque nous étions à l’hôtel Concorde.

    - Et quelle était la teneur de cette conversation ?

    - Vous aviez dit que la cargaison était arrivée et que vous étiez à la recherche d’une personne.

    - Et alors ?

    - Au moment où vous aviez passé le bonjour à la famille, j’ai pensé à la mafia.

    - Pourquoi à la mafia ? Non, laissez-moi deviner... à cause de mon nom.

    - Exactement, ce n’est pas ma faute si Lucky Luciano faisait partie de la mafia. Et le lendemain, comme par hasard, je rencontre Christian qui m’avoue avoir assisté à un déchargement d’une cargaison de drogues et à un meurtre la veille. Sur le moment, je n’ai pas fait le rapport. C’est bien après.

    - Il s’agissait d’une cargaison de voitures pour un salon très privé de l’automobile.

    - J’aurais dû m’en douter. Me pardonnerez-vous ?

    - Je ne sais pas...

    - Comment va-t-on faire pour sortir ?

    Anthony posa les coudes sur ses genoux repliés, puis maintint sa tête entre ses mains. Il paraissait méditer. Christelle prit place à côté de lui.

    Christelle sentit un trouble l’envahir et frissonna. Comment avaient-ils fait pour la retrouver ? Etait-ce à cause de la télévision ?

    Cette journée qui s’était bien déroulée jusque-là, se finissait mal. Elle allait s’en doute perdre le seul homme qu’elle n’ait jamais aimé qui, cependant, appartenait à une autre. Christelle se contenta de soupirer. Jamais elle n’avait eu de chance.

    La porte s’ouvrit.

    - Je vois que tu es réveillé, lança Carl.

    Anthony ne broncha pas. Il ne pouvait rien faire contre un homme armé.

    Carl envoya un sac dans leur direction.

    - Voilà votre repas. Peut-être sera-t-il le dernier. Si cela n’avait tenu qu’à moi, je vous aurais déjà tués. Mais on doit attendre la venue de Lolé demain. Il a un compte à régler personnellement avec vous.

    Carl, sur ces dernières paroles pas très rassurantes, tourna les talons et claqua la porte. Christelle sursauta.

    Anthony passa un bras protecteur autour de ses épaules et l’attira vers lui. Christelle posa sa tête sur sa puissante poitrine. Sa chaleur lui donna un peu de réconfort.

    - C’est ma faute si je vous ai mis dans ce pétrin…

    - Chuuuut… Ne dis pas de bêtise, la coupa-t-il en reprenant leur tutoiement. Allez, il faut manger à présent…

    - Mais…

    - Nous devons reprendre des forces surtout que nous n’avons pas mangé depuis ce matin. Et si nous voulons trouver une solution, mieux vaut avoir l’estomac plein.

    Anthony se détacha d’elle et ouvrit le sac près de ses pieds. Il sortit les deux sandwiches au poulet et les deux boîtes de frites. Il déposa entre eux les deux bouteilles d’eau.

    Ils se restaurèrent en silence car chacun était dans ses pensées.

    Christelle admirait Anthony. Il avait un sang-froid inébranlable.

    - Christelle ?

    La jeune femme releva la tête en entendant la voix doucereuse d’Anthony.

    - Il faut que nous parlions.

    Christelle se souvenait qu’il lui avait demandé cela lorsqu’ils étaient à Monaco. Mais cette conversation n’avait jamais eu lieu.

    - Nous avons vécu tant de choses ensemble. J’ai failli te perdre à Paris à cause d’eux. Je voulais tant vivre avec toi cette passion qui me semblait réciproque. Un simple « non » et des explications auraient été plus justes.

    - Justes ? C’est toi qui me parles de justice ?

    Anthony essuya ses mains pleines de sauce.

    - Que veux-tu dire ? demanda-t-il en la regardant droit dans les yeux.

    - Je vais te rafraîchir la mémoire. Tu avais demandé à une autre de t’épouser.

    - A une autre ?

    - Oui, Kate Wentworth !

    - Mais…

    - Arrête de mentir ! J’ai vu la photo et je cite le reporter : le beau Anthony Luciano a fait sa demande en mariage pour la deuxième fois à la sublime Kate Wentworth. Souhaitons-leur tout le bonheur du monde, récita-t-elle d’un ton sarcastique.

    Anthony fronça les sourcils, puis éclata de rire.

    - Ecoute-moi… quand je lui ai demandé de m’épouser, c’était une mascarade.

    - C’est-à-dire ? questionna-t-elle soupçonneuse.

    - Kate voulait reconquérir son amour. Elle m’avait quitté pour lui. Puis, les années ont passé et l’amour qu’il lui portait semblait être un lointain souvenir. Elle voulait le faire réagir et a sollicité mon aide. Kate n’est pas mauvaise et je ne lui en ai pas voulu de m’avoir abandonné pour un autre. C’est même grâce à elle que je suis devenu ce que je suis… et tu connais pourtant les magazines people… tout paraît vrai, mais pourtant tout est faux. Kate voulait pour une fois se jouer des journalistes peu scrupuleux tout en servant sa cause. Cela a finalement marché et il a fini par lui demander sa main. Je ne pensais pas une seconde que tu lisais ce genre de presse à scandale.

    Christelle doutait. Se moquait-il encore une fois d’elle ? Il disait peut-être la vérité car il n’avait jamais vu Kate avec lui.

    - Et toi, tu ne m’avais pas dit la vraie raison de ta participation à la Formule 1.

    - J’avais promis à mon père de reprendre sa succession. Et j’ai tenu ma promesse... et toi ! Tu ne m’as pas dit la raison pour laquelle tu n’acceptais aucune fille dans ton écurie ?

    - Je n’ai pas voulu t’engager car je pensais te perdre, c’est la première raison. Et la deuxième est que mon père, un jour où il avait hésité entre deux pilotes, m’a demandé de choisir. L’un des deux pilotes était une femme. Et je l’ai choisie. Puis, à la cinquième épreuve, elle a eu un accident et elle est ... devenue handicapée.

    Christelle se rapprocha de lui et le serra contre elle.

    - Ce n’est pas ta faute. Et tu as bien vu que les femmes savaient aussi bien conduire que les hommes.

    - Je le sais, mais...

    - Chut ! Embrasse-moi !

    Ne le voyant pas faire le premier pas, elle l’embrassa.

    Cela faisait des mois qu’il ne l’avait pas embrassée avec une infinie douceur.

    - Que c’est mignon les deux tourtereaux ! Profitez-en ! Toi, viens avec moi !

    - Laissez-la tranquille ! Prenez-moi à sa place, s’interposa Anthony en se levant.

    - On veut jouer le héros.

    Carl prit Anthony par le col et sortit un revolver.

    - Quand je dis une chose, j’aime pas me répéter. Compris ?

    Les yeux d’Anthony lançaient des éclairs. Ses poings se refermèrent sous la colère. L’envie de le frapper lui prenait. Ce n’était pas le moment de faire n’importe quoi. Carl était le plus fort… pour l’instant.

    - Compris, répondit-il contraint et forcé.

    Après un long moment qui sembla s’éterniser, Carl rangea enfin son arme.

    - Je l’espère pour toi… Tu te dépêches ou quoi ! aboya-t-il à l’adresse de Christelle.

    Sur ce, Carl poussa Christelle vers la sortie et referma la porte. Qu’allait-il faire ? Son cœur avait battu la chamade lorsque le ravisseur avait pointé son arme sur la tempe d’Anthony.

    - J’arrive. Du calme !

Quelque part (Etats-Unis), le dimanche 23 Novembre 2008

    La tête sur les genoux d’Anthony, c’est ainsi que Christelle se réveilla le lendemain matin. Anthony était en train de lui caresser les cheveux.

    Christelle se rappela de suite de leur captivité.

    La veille, elle avait passé une heure en tête-à-tête avec Carl. Il l’avait interrogée pour savoir ce qu’elle savait réellement. Il avait feint de vouloir la frapper pour lui soutirer elle ne savait quelles informations.

    Christelle avait essayé de l’acheter avec beaucoup d’argent sans y réussir. Elle avait promis de ne jamais en parler à quiconque. Mais Carl était resté intraitable même s’il ne paraissait pas insensible à son charme. Il avait effleuré de temps à autre ses épaules nues ou un de ses bras.

    - Bonjour toi, murmura Christelle.

    - Bonjour toi. Ce n’est pas le moment ni l’endroit mais je voudrais que tu saches que je t’aime.

    - Moi aussi, depuis que je t’ai rencontré.

    - Tu dis depuis que tu m’as rencontré ?

    - Oui.

    - Tu n’as pas eu des sentiments pour Bobby !

    - C’est un gentil garçon c’est tout. Et puis, il est amoureux de Cindy.

    - Admettons que cela soit vrai, alors, à qui était dédié ce poème, à Khaled ? l’interrogea-t-il en lui tendant un papier froissé qu’il avait sorti de son portefeuille.

    Christelle reconnut la feuille et se mit à rire.

    - En vérité, Khaled n’était pas mon petit ami. Il a voulu t’éloigner de moi, c’est tout. Tu ne sais vraiment pas pour qui j’ai composé ce poème ? Lis les premières lettres de chaque vers, de haut en bas... Tu ne trouves pas que cela forme le nom d’Anthony Luciano ?

    Anthony identifia les lettres.

    - Tous ces malentendus pour rien, dit-il en l’enlaçant.

    - Tu m’aimais même en me croyant éprise d’un autre homme ?

    - Oui. Peut-être parce que mon coeur ne voulait pas croire que tu l’aimais.

    - Mon pauvre chéri…

    Anthony la prit dans ses bras et la serra tout contre lui. Il avait peur de la perdre. Il n’avait jamais aimé quelqu’un comme il aimait Christelle.

    Un bruit de serrure les fit se séparer et Carl apparut.

    - Voici votre petit-déjeuner.

    Il posa hâtivement un plateau près de la porte, puis s’en alla tout aussi vite.

    - C’est vrai qu’il a l’air d’avoir le béguin pour toi, affirma Anthony après avoir noté la manière dont Carl la regardait. Sale petite garce ! Hier, t’as dû passer un bon moment avec ce type ! cria-t-il hors de lui.

    - Mais tu es fou !

    - Oui, je suis fou !

    Et Anthony lui affligea la plus grosse gifle qu’il n’ait jamais affligée à quelqu’un de sa vie. Christelle perdit l’équilibre et tomba par terre. Un filet de sang s’écoula de sa lèvre et ses yeux se mirent soudain à pleurer.

    - Pardonne-moi... s’excusa-t-il en voulant la prendre dans ses bras.

    - Ne me touche pas ! hurla-t-elle.

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