Chapitre 3

Chapitre III

 

Wisconsin (Etats-Unis), le vendredi 4 Avril 2008

     - Benjamin...

    Celui-ci pivota sur ses talons.

    Christelle le trouvait super mignon avec son tablier et sa cuillère en bois dans l’une de ses mains.

    - Quand tu m'appelles ainsi, c'est que tu as une idée derrière la tête et je crains le pire.

    Christelle prit son air le plus innocent.

    - C’est pas vrai ce que tu dis. Je t'en parlerai à table.

    Un quart d’heure plus tard, devant une omelette aux champignons et des spaghettis, Christelle lui exposa son projet. Au début, il crut qu'elle se moquait de lui, mais voyant que ce n'était pas le cas, il devint sceptique, puis éclata de rire.

    - Tu crois que cela va marcher ?

    - Je ne sais pas, mais on peut essayer. Qui ne risque rien, n'a rien ! Tu es d'accord ou pas ? Tu es ma dernière chance.

    Ben réfléchit quelques secondes avant de lui donner sa réponse. Christelle avait vraiment eu une idée saugrenue. C’était bien son genre d’avoir ces pensées pour se sortir d’affaire.

    - Je suis d'accord.

    - Merci Ben. Il faut que Tom accepte à présent. Ce n’est pas encore gagné.

    - Tu as tout compris, Tom ?

    Tom récapitula ce qu’elle lui avait annoncé. Plus il avançait dans le récit, plus sa colère augmentait.

    Elle avait prévu sa réaction. Tom était un homme droit. Il n’aimait absolument pas duper les personnes sur un sujet important.

    - C’est pour la bonne cause, insista-t-elle. Toi-même tu le sais. A part lui, on n’a pas d’autres écuries.

    Il y eut un silence. C’était bon espoir d’avoir une réponse positive.

    Un soupir se fit entendre à l’autre bout du fil.

    - Tu te rends compte que c’est tiré par les cheveux ?

    - Peut-être, mais c'est le seul moyen, parce que...

    Elle ne put finir sa phrase tant elle était bouleversée.

    - C'est bon, je ferai tout mon possible, mais si ça ne marche pas, je ferais comme si je n'étais pas au courant, dit-il pour la consoler.

    - Mer... merci Tom.

    Elle raccrocha la première.

    - Alors qu'a dit Tom ? interrogea son frère en entrant dans le salon après avoir débarrassé la table.

    - Qu'il nous aiderait… Reste à savoir si...

Minnesota (Etats-Unis), le vendredi 4 Avril 2008

    Anthony s'étendit sur un fauteuil de plage après quelques longueurs de piscine. Christelle n'arrêtait pas de l'obséder depuis leur rencontre à la terrasse du café. Alors qu’il observait les jeunes prendre place à leurs tables, son regard s’était arrêté sur cette superbe femme. Ses yeux ne voulaient plus se détourner d’elle. Elle avait sorti de son sac un roman dont il aimait beaucoup l'auteur. Il avait questionné un des serveurs pour savoir si cette femme venait souvent dans ce café. Le serveur avait eu un grand sourire.

    - C’est une habituée. Elle vient deux à trois fois par semaine.

    Le sourire du jeune homme s’était élargi à la vue de l’énorme pourboire.

    - Merci du renseignement.

    - Merci à vous, monsieur.

    Il était parti à sa rencontre. Quelques minutes avaient suffi pour qu'il s'attache à elle bien qu’elle ait menti au sujet de Magui. Ce matin, quand il l'avait revue, il était resté interdit. Il aurait souhaité l'engager mais il ne le pouvait pas. Cela remontait à l'époque où...

    Aliana arriva avec le téléphone sur un plateau.

    - Un certain Monsieur Petterson, Anthony.

    - Merci, Aliana. Allô, Tom ? ... Ah je vois ... Demain, c'est possible ... Au revoir !

    Il posa le récepteur sur la table. Christelle paraissait ne jamais vouloir sortir de sa mémoire et de sa vie.

Wisconsin (Etats-Unis), le vendredi 4 Avril 2008

    Christelle attendait patiemment l’appel de Tom qui n'arrivait pas. Elle ne se rendit pas compte qu'elle tapait des doigts sur la table en marbre jusqu'à ce que Ben le lui fasse remarquer. Elle stoppa net et s'excusa. Elle se leva et marcha de long en large jusqu'au moment où elle entendit Ben soupirer.

    - D'accord ! D'accord ! Je vais prendre un livre et m'asseoir.

    - Merci.

    Elle prit un livre quelconque sur l'étagère, se mit sur un siège et lut. Au bout d'une dizaine de minutes, elle referma le livre. Elle disparut dans la cuisine, prit un verre d'eau et s'assit sur le canapé. Elle se redressa, repartit dans la cuisine se faire un sandwich, se mit sur une chaise à califourchon et regarda son frère travailler. Ce dernier leva la tête, mit ses mains sous son menton et la fixa.

    - Que t'ai-je fait pour que tu m'embêtes ? questionna-t-il avec humeur.

    - Je t'embête, moi ?! Qu’ai-je fait ?

    - Tous tes gestes. C’est stressant à la fin.

    - Pardonne-moi. Tu sais ce que je vais faire ?

    - Dis toujours.

    - Je vais sortir et te laisser seul.

    Elle se leva, prit sa veste, s’empara de son sac à main et sortit.

    Elle allait devenir folle ! Il fallait qu’elle s’aère l’esprit.

    Le parc James Madison se situait à dix minutes à pied de chez elle. Quand elle pénétrait dans ce parc, elle avait le sentiment d’être dans le parc d’un château. A l’intérieur, un sentiment de plénitude régnait. La ville semblait si loin ainsi que tous ses soucis.

    Son regard se tourna vers un coin du parc. Deux chevaliers en armure et épée apparurent de son imagination, prêts au combat. Non loin d’eux, un archer, arc tendu vers le ciel guettait sa proie. Trois autres chevaliers passèrent non loin des deux autres en scrutant la scène.

    Christelle sourit. Son imagination était débordante. Les deux chevaliers au combat n’étaient autres que deux adolescents qui s’amusaient à se battre, les trois chevaliers à cheval étaient les gardes du parc et l’archer un enfant de dix ans avec son lance-pierre. Tout cela lui paraissait si réel. L’histoire du Moyen-âge la fascinait.

    Elle vit un petit garçon d'approximativement quatre ans courir en pleurant, puis tomber. Instinctivement, elle se précipita vers lui. Elle s'accroupit devant lui et le remit sur ses deux pieds. Christelle s'aperçut tout de suite qu'il saignait au genou.

    - Ca te fait mal ?

    C’était une question idiote, de manière à engager la conversation.

    Il hocha la tête.

    - Comment tu t’appelles ?

    - Pe... Peter, pleurnicha-t-il.

    - Allons, calme-toi, le rassura-t-elle en sortant un mouchoir pour sécher ses larmes. Où est ta maman ?

    A cet instant, la mère en question arriva en courant.

    - Merci Madame de vous en être occupé.

    - Ce fut un plaisir... Au revoir Peter.

    Peter lui fit signe de la main en se retournant.

    Elle les regarda s’éloigner et lorsqu'elle ne les vit plus, elle tourna les talons et prit le chemin de la maison. Elle aurait tant aimé avoir un enfant. La dernière fois qu'elle y avait pensé, c’était lors de sa rencontre avec Steve à l'université.

Wisconsin (Etats-Unis), le 15 Octobre 2004

    Steve l'avait bousculée dans le campus. Quand leurs yeux s'étaient croisés, elle avait eu le coup de foudre. C’était un homme blond, de très grande taille avec de magnifiques yeux bleus. Aucune comparaison entre lui et Anthony car ce dernier l’emporterait. Tous les jours, il l'invitait à déjeuner ou à dîner. Ce fut pour elle, le parfait amour.

    Le jour de son anniversaire, elle l'avait invité à dîner chez elle ou du moins chez ses parents qui étaient en voyage. Ben était de sortie avec ses amis. C'était un dîner aux chandelles. Tout au long de ce repas, ils s'étaient regardés les yeux dans les yeux. Ils avaient vu un bon film policier. Par la suite, Steve l'avait embrassée avec fougue et il avait entrepris de la déshabiller. Elle s'était alors levée promptement et lui aussi avec un regard interrogatif.

    - Je ne peux pas... aller plus loin, avait-elle dit à bout de souffle.

    - Pourquoi ?

    - Par... parce que...

    - Parce que quoi ? Parce que tu es vierge ? avait-il répliqué pince-sans-rire.

    Voyant qu'elle ne répondait pas, il avait éclaté d'un rire cynique. Son visage d’ange s’était transformé en celui de démon. Il l’avait prise par les épaules et l’avait renversée sur le canapé sans ménagement. Il avait commencé à lui enlever ses vêtements malgré les coups qu'elle lui donnait en pleine poitrine.

    Elle avait cru qu’il aurait ce qu’il voulait. C’était sans compter l’intervention de Ben.

    Elle n’avait plus senti le poids de Steve. Elle avait pensé qu’il s’était rendu compte de son erreur mais en fait Ben, de retour à la maison plus tôt que prévu, l’avait arraché à elle. Steve s’était retrouvé à terre et s’était éclipsé en courant de toutes ses jambes. Le soir même, elle avait porté plainte. Elle n’eut jamais de ses nouvelles par la suite sous quelque forme que cela soit.

Wisconsin (Etats-Unis), le vendredi 4 Avril 2008

    Et maintenant à quoi pensait-elle ? A avoir un enfant. Que lui prenait-elle ? Tous ces vieux souvenirs ressurgissaient à cause d’Anthony.

    « Je le déteste, il me déteste comme tous les autres car je sais piloter ces maudites formules 1 ! »

    Involontairement, elle bouscula une personne en sortant du parc. Cette dernière paraissait avoir un corps d’acier tant elle fut projetée en arrière. Si une main ne l’avait pas retenue par son poignet, elle serait tombée à terre.

    - Excusez-moi et merci ! lança-t-elle sans lever la tête.

    - C'est moi qui m'excuse, je ne vous avais pas vue.

    Elle aurait pu reconnaître cette voix entre mille. Elle devait être encore sous le choc. Cela ne pouvait pas être lui ! Elle redressa la tête et vit l'incarnation de son pire cauchemar.

    Anthony Luciano.

    Elle s'apprêtait à le contourner lorsqu'il la retint par le bras.

    - Lâchez-moi, s'il vous plaît !

    - J'ai à vous parler, dit-il d'un ton sec.

    - Pas moi !

    - C'est d'ordre professionnel, répliqua-t-il sérieusement.

    Les passants les dévisagèrent tant il avait élevé la voix.

    - Je vous écoute.

    Il relâcha la pression de sa main sur son bras.

    - Si nous allions au café pour parler tranquillement ?

    Christelle haussa les épaules.

    Il la prit par les épaules, s'approcha très près d'elle et la fixa droit dans les yeux. Ces yeux étaient d’une splendeur irréprochable pour Christelle. Elle se noierait volontiers dans la douceur de son regard. Elle aspirait à ce qu’Anthony l'embrasse en dépit de ce qu'il avait pu lui faire le matin même. Elle ne se reconnaissait plus. Il était tout simplement et divinement beau mais son mental laissait à désirer envers les femmes. Mais pour quelles raisons était-elle attirée irrévocablement vers lui ? Une aura se dégageait de lui. Une puissance invisible.

    Au moment où il approcha son visage du sien, il la poussa légèrement et se mit à marcher devant elle. Elle le suivit. Quelque chose avait changé chez lui. Il avait troqué ses habits du matin, pour un costume noir qui lui seyait à merveille. A quelques mètres de lui, elle contemplait la démarche féline d'Anthony. Sans se retourner, il lui parla.

    - La vue vous plaît-elle ?

    - Quelle vue ? mentit-elle.

    Il rit en guise de réponse.

    Il ralentit le pas et se mit à son niveau. Sur le trajet les menant au café, ils ne parlèrent pas. Elle admirait le paysage. A part certaines boutiques et maisons, il n'y avait rien d'extraordinaire. Seule la promenade avec Anthony avait tout son charme. Elle avait une envie irrésistible de passer son bras sous celui d'Anthony comme s'ils étaient deux jeunes amoureux.

    Pour ne pas succomber à sa tentation, elle mit les deux mains dans ses poches. Lorsqu’ils arrivèrent à la terrasse, il lui tira une chaise et prit place en face d'elle. Ils commandèrent deux cafés. Le serveur eut un sourire en les reconnaissant.

    Christelle se remémora leur rencontre sur cette terrasse. Cela lui semblait si loin et pourtant ce n’était que la veille.

    - Qui est Magui ? la questionna-t-il soudain.

    Christelle eut un rire cristallin.

    - Magui ! Mince, je l’ai oubliée. Elle m’attend chez la voisine !

    Anthony fronça des sourcils.

    - Non, je rigole. Magui est une de mes inventions. J’avais quinze ans quand elle est apparue. Isabelle, mon amie, avait perdu son grand-père qu’elle chérissait tendrement. Pour lui remonter le moral, Magui était là. Cela la faisait tellement rire.

    - Je comprends.

    - Puis, Magui était tombée dans les oubliettes pendant des années…

    - Jusqu’à hier, termina-t-il.

    - En effet.

    Le serveur apporta les boissons.

    - Pourquoi ?

    - Je ne savais pas à qui j’avais à faire. Je pensais que cela pouvait être un autre pot de colle et je souhaitais m’en débarrasser le plus vite possible.

    - Je vois.

    - De quoi vouliez-vous me parler ? finit-elle par demander à brûle-pourpoint.

    - Tom m'a recontacté.

    Elle allait savoir ce qu'ils s'étaient dit.

    - Et alors ?

    - Il m'a proposé une autre personne.

    - Avez-vous accepté ?

    - Oui… Je voudrais vous donner la raison de mon refus.

    Christelle perçut une légère tension en lui. Sa mâchoire s’était crispée.

    - Ce n'est plus la peine. Cela n'a plus d'importance, feint-elle pour faciliter les choses.

    Il semblait soulagé qu’elle n’insistât pas. Quel secret cachait-il ?

    - Désolée pour ce matin ! s'excusa-t-elle.

    - Ne vous inquiétez pas ! Puis-je vous demander une faveur ?

    Avec le sourire qu'il arborait, elle aurait tout accepté.

    - Accepteriez-vous de venir assister demain au tour de piste du nouveau poulain ?

    - Pourquoi pas ? Savez-vous son nom ?

    - A vrai dire, pas du tout. Puis-je vous inviter à dîner ce soir ? s’enquit-il pour changer de sujet.

    - Je suis prise.

    Son sourire disparut et il se raidit.

    - Mais si cela vous tente, je vous invite à dîner chez moi.

    Le sourire d'Anthony revint.

    - C'est une soirée habillée ?

    - Non, j’ai invité des amis tout simplement pour fêter un heureux événement car mon amie est enceinte.

    Elle n'aurait pas dû l'inviter. Cet homme était trop dangereux pour elle. Heureusement qu'elle ne serait pas seule ce soir.

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