Chapitre 7

Chapitre VII

 

Wisconsin (Etats-Unis), le samedi 12 Avril 2008

     En ouvrant la porte d’entrée, Christelle fut ravie mais surprise de revoir l’homme qui se tenait debout devant elle. Plus d’une semaine s’était écoulée sans nouvelle de lui.

    - Bonjour Christelle !

    - Bonjour Bobby ! Entre, je t’en prie.

    - Merci.

    - Bobby ! Qu’as-tu à l’œil droit ? l’interrogea-t-elle lorsqu’il enleva ses lunettes de soleil.

    - C’est une très longue histoire.

    - Tu me raconteras tout cela devant une bonne tasse de thé ou de café si tu préfères.

    - Du thé, s’il te plaît !

    Bobby prit place sur le canapé et regarda un feuilleton à la télé.

    Après quelques minutes d’absence, Christelle pénétra dans le salon. Elle déposa, sur la table basse, un plateau avec du thé et des petits biscuits alléchants.

    - Je te laisse le soin de te servir… Alors, raconte-moi ce qui t’est arrivé !

    - Oh, rien de grave ! Je me suis pris une porte.

    - Tiens, c’est ce que me dit Ben à chaque fois. Sérieusement. Tu t’es battu pour une femme ? demanda-t-elle sur le ton de la plaisanterie.

    Le sourire de Bobby disparut et il semblait gêné.

    - C’est bien cela ! Aurais-tu rencontré la femme de ta vie ?

    - Non, pas du tout… Ils sont délicieux ces gâteaux. Tu me diras le nom de ta boulangerie.

    - C’est moi qui les ai préparés. Mais n’essaye pas de changer de conversation.

    - Tu le sauras peut-être un jour ou l’autre de toute manière. Je me suis battu avec Tony.

    Les yeux de Christelle s’écarquillèrent sous le choc. Comment deux meilleurs amis pouvaient en arriver là ?

    - Mais pourquoi ?

    - Il pense que je t’ai courtisée.

    Elle était furieuse contre Anthony et mal à l’aise. A cause d’elle, deux personnes en étaient venues aux mains. Son cœur battait la chamade. Des sueurs commençaient à perler à son front.

    Cet aveu aurait pu la flatter mais elle se sentait si responsable. Sa gentillesse et sa sociabilité étaient mal interprétées.

    - Ne te tracasse pas, tout va s’arranger !

    - Tu en es sûr ?

    - On verra bien. En tout cas, ce n’est pas moi qui ferais le premier pas. Je n’ai rien à me reprocher.

    - Ne dis pas cela !

    - S’il veut mettre un terme à notre amitié de longue date, c’est qu’elle ne valait rien.

    Les yeux de Bobby s’enflammèrent de colère.

    - Mais non…

    - Ecoute, Christelle, je veux bien être gentil, mais là, il a dépassé les bornes !

    - Effectivement, mais tâche d’arranger la situation !

    Il secoua la tête.

    - J’ai tenté de le raisonner. Me traiter de menteur ! Moi, son meilleur ami !

    Le ton de sa voix s’intensifiait sous le coup de la colère. Ses yeux s’étaient assombris.

    - De toute façon, je ne reviendrai pas vers lui. Notre amitié est maintenant entre ses mains.

    Christelle se rendait compte que Bobby était aussi têtu qu’elle. Elle ne pouvait l’en blâmer.

    - Excuse-moi, Christelle, de ma vive réaction.

    - Je comprends. Tu veux que je lui en touche deux mots ?

    - Oh non, du tout. N’en fais rien… Comment se passe l’entraînement de ton frère ? s’enquit-il en sautant du coq à l’âne.

    - Mon frère ? Quel entraînement ?

    - Ce n’est pas ton frère qu’Anthony a recruté ?

    Elle avait fait une sacrée gaffe. Comment avait-elle oublié une chose comme celle-ci ? En plus, elle s’adressait au meilleur ami d’Anthony ! Elle ne pouvait pas revenir en arrière. Qu’allait-elle faire ? Bobby n’était-il pas son ami ? Si elle lui disait la vérité, il se tairait peut-être. De toute façon, elle n’avait plus rien à perdre. Elle se leva et jeta un coup d’œil par la fenêtre. Il faisait un temps merveilleux.

    Son instinct féminin lui dictait de faire confiance à Bobby et de tout lui révéler.

    - Oui et non, répondit-elle en lui faisant face.

    Les sourcils de Bobby s’étaient plissés.

    - Je ne vois pas ce que tu veux dire.

    - Il a engagé mon frère mais c’est moi qui piloterai la formule 1.

    - Je ne comprends toujours pas.

    - Je vais tout t’expliquer depuis le début. Tu as sûrement dû entendre ou lire dans un journal que mon père était mort dans un accident de voiture à cause d’un ivrogne.

    Pour toute réponse, il hocha la tête.

    - Eh bien... reprit-elle, il m’a demandé avant de mourir de lui promettre de reprendre la succession de sa carrière.

    - Pourquoi n'a-t-il pas demandé à ton frère ?

    - Parce que mon frère ne se passionne pas pour ses engins. Il penche plutôt pour l'électronique. Dans quelques semaines, il passe ses examens.

    - Et toi, tu adores piloter ?

    - Je me passionne pour ces petites voitures puissantes. Mon père m’avait initiée au pilotage. J’ai tout appris de lui. Mais jamais, je n’aurais pensé être un jour pilote professionnel. Mais voilà que Tom, mon manager, avait trouvé une écurie. Antony avait beaucoup apprécié ma conduite et voulait m’engager. C’était sans compter le fait d’être une femme. Cela, tu le sais déjà.

    Bobby, qui écoutait attentivement, prit alors la parole.

    - Comment as-tu fait pour qu'il ne se doute de rien ?

    - Facile, un jeu d'enfant !

    Elle lui raconta tout ce qui s’était passé.

    - J'espère pour toi qu'il ne le découvrira pas.

    - Tu ne le lui diras pas ?

    - Non.

    - Merci, Bobby ! s'écria-t-elle en se jetant à au cou.

    - Je n'ai rien vu, rien entendu, dit Ben qui revenait juste de son footing du matin et qui montait prendre une bonne douche.

    - Hello ! s’exclama la nouvelle arrivante qui suivait Ben.

    Cindy s’arrêta net devant l’entrée du salon. Elle détailla Bobby des pieds à la tête. Christelle se sentit soudain gênée par la présence de son amie et s’écarta de Bobby.

    Christelle observa le visage rougissant de Cindy et en fut très étonnée. Jamais, elle n’avait vu sa meilleure amie rosir devant un homme et rester sans voix. Généralement, elle se faisait remarquer par sa jovialité. En ce moment, elle ne bougeait plus d’un pouce.

    Christelle revoyait l’image de la petite fille boulotte qu’elle était en primaire.

    - Bobby, je te présente…

    Christelle se tut en se retournant vers Bobby. Lui aussi était resté figé et contemplait Cindy d’un regard stupéfait.

    Christelle ne comprenait rien à ce qui se passait.

    Etait-ce la tenue aguichante de son amie qui le rendait ainsi ?

    - Mademoiselle Davis…

    - Monsieur Dunaway.

    Apparemment ces deux-là se connaissaient. Bizarrement, Cindy ne lui avait jamais parlé de Bobby. Est-ce que Cindy lui cacherait des choses ?

    Christelle ne voulait qu’aucune tension ne vienne ternir sa nouvelle amitié. Elle savait pertinemment que Cindy jouait avec les hommes et qu’elle les jetait par la suite comme de vulgaires chaussettes. Elle ne souhaitait qu’en aucun cas, Bobby ne puisse l’assimiler à cette libertine. Autant elles avaient grandi ensemble, autant elles avaient chacune leur personnalité.

    Bobby regarda sa montre.

    - Il faut que je parte, j'ai un rendez-vous.

    - Une seconde, prononça Christelle en jetant un regard noir vers sa meilleure amie.

    Elle sortit de la pièce et revint avec une assiette couverte d’aluminium qu’elle tendit à Bobby. Ce dernier et Cindy avaient l’air embarrassé et ne s’étaient point parlé.

    - Merci pour les gâteaux ! Ils sont absolument délicieux.

    - Merci d’être passé !

    Bobby l'embrassa sur les joues.

    - Mademoiselle Davis.

    - Monsieur Dunaway.

    Lorsque Christelle referma la porte d’entrée, elle rejoignit Cindy dans le salon. Celle-ci avait pris place sur le canapé et regardait ses mains.

    - Je ne savais pas que tu connaissais Bobby, commença Cindy à voix basse.

    - Je le connais depuis peu. Je l’ai rencontré à une soirée organisée par Anthony. Et toi, tu ne m’as jamais parlé de Bobby. D’où le connais-tu ? interrogea Christelle qui s’installa sur le fauteuil face à Cindy.

    - Ce n’est pas ce que tu crois…

    - Et que crois-je ?

    Cindy se massait les mains comme si elle s’était enduite d’une crème. C’était un signe de nervosité. Qu’avait-elle encore fait ?

    Christelle quitta son fauteuil. Elle se glissa derrière le bar et servit un doigt de martini à Cindy. Cette dernière la remercia par un sourire crispé.

    Christelle s’assit à côté d’elle.

    - Tu crois que je suis sortie avec Bobby. Je t’assure que je n’ai rien fait, assura Cindy.

    - Mais…

    Cindy la regarda droit dans les yeux.

    - Bobby est juste mon patron… C’est vrai que j’avais des vues sur lui mais je n’ai jamais songé qu’il sortait avec toi. Je pensais qu’Anthony t’attirait beaucoup plus…

    Christelle partit d’un grand éclat de rire. Cindy se méprenait sur sa relation avec Bobby. Cindy ne serait-elle pas amoureuse de son patron ? Il fallait le vérifier.

    - Mais ce n’est qu’un simple jeu, mentit Christelle.

    - C’est-à-dire ?

    - Je m’amuse avec les deux. Je sors avec Anthony et Bobby. Je voudrais savoir lequel est le meilleur.

    Cindy toisa froidement Christelle.

    Tu ne peux pas faire cela !

    - Et qu’est-ce qui m’en empêcherait ?

    - Les deux hommes se connaissent et…

    - Ce n’est pas une raison, réfuta Christelle. Tu l’as bien fait, toi !

    Cindy lui prit les deux mains et son regard changea d’expression. Elle s’était attendrie.

    - Ce sont des êtres humains. Ils ont un cœur et des sentiments…

    - Et alors ? Toi, tu t’amuses bien avec eux. Pourquoi ne le ferais-je pas également ?

    Cindy semblait chercher ses mots.

    - Je le regrette, finit-elle par lâcher. Ce n’était pas bien de ma part.

    - C’est nouveau cela. Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ?

    Cindy lâcha les mains de Christelle et prit le verre de martini qu’elle avait posé sur la table basse. Elle regardait le verre comme pour y chercher un signe.

    Elle but une gorgée pour se donner une contenance.

    - J’ai peut-être muri… Beaucoup de choses ont changé. Mais je n’ai que ce que je mérite.

    - Qu’est-ce que tu racontes ?

    - Oh rien…

    - Dis-moi tout, nous n’avons aucun secret l’une pour l’autre.

    Christelle prit la main libre de Cindy entre les siennes.

    - Je suis tombée amoureuse de Bobby… je crois. Mais je ne ferai rien pour te le prendre car tu es ma meilleure amie.

    Cindy était certainement une mangeuse d’hommes mais quand il s’agissait d’amitié, elle se donnait à cent pour cent. Et rien ni personne ne pourrait détruire cette amitié de longue date.

    - J’ai une chose à t’avouer. Bobby et moi ne sortons pas ensemble. C’est juste un ami. Il est simplement venu me rendre visite.

    Une lueur d’espoir s’alluma dans les yeux de Cindy.

    - Je t’ai raconté n’importe quoi, continua Christelle. Alors comme cela, tu as des sentiments pour lui ?

    - Je crois que oui. Il est constamment dans mes pensées et pourtant il ne s’est jamais rien passé. Il n’est pas comme les autres. Il a du charisme, il est gentil et j’aime la façon dont il travaille. Je deviens folle…

    - Folle amoureuse.

    - Mais que va-t-il penser de moi ?

    - A quel sujet ?

    - Bobby ne m’a jamais vue affublée dans une tenue comme celle-ci. Je suis toujours habillée et coiffée de manière stricte quand je me rends au travail. Et aujourd’hui, il m’a vue ainsi…

    Elle ouvrit les bras pour montrer sa tenue sexy. Elle était habillée d’une mini-jupe et d’un débardeur qui soulignait sa poitrine opulente.

    - Je ne sais pas ce qu’il a pensé mais en tout cas je ne crois pas qu’il soit resté indifférent. Tu en sauras certainement un peu plus demain lorsque tu reprendras le boulot.

    - Je n’ose plus y aller, allégua Cindy en mettant ses mains sur ses joues devenues cramoisies.

    Christelle lui tapota la jambe.

    - A ta place, je ne m’en ferais pas. Bobby est un si gentil garçon. Tu me raconteras tout demain. Au fait, tu étais venue pour quelle raison ?

    - Tu m’as dit de venir pour me donner des gâteaux. Tu ne te rappelles pas ?

    - Oui, les gâteaux !

    Christelle avait complètement oublié avec toutes ces émotions en une journée.

    Elle donna à Cindy deux boîtes de gâteaux dont une était destinée aux parents de Cindy.

    Avant de partir, elle encouragea sa meilleure amie à se rendre au travail sans penser à la scène d’aujourd’hui. Elle savait pertinemment que cela serait impossible.

    Une fois Cindy hors de chez elle, Christelle prit le combiné et appela Isabelle pour tout lui raconter.

    - Invite-les à dîner un soir…

    - Toi, je sais où tu veux en venir, lui dit Christelle en se rappelant la soirée qu’elle avait organisée pour Isabelle et Marks.

    - Cela a très bien marché pour moi.

    - Toi, tu étais timide… On verra comment se dérouleront les choses entre eux…

    - On verra, répéta Isabelle.

    Une fois le téléphone raccroché, elle songea à la visite de Bobby. Cela lui rappelait qu'elle n'avait pas vu Anthony depuis plus d’une semaine.

    Le lendemain de la réception, elle avait espéré avoir une conversation avec Anthony sur ce qui s'était passé. Mais il n’était pas venu assister à l’entraînement comme il le lui avait affirmé. Il cherchait à l’éviter. Pourquoi était-il jaloux de Bobby ? Il n’avait rien à craindre de celui-ci. Au contraire, son regard pensif le rendait mystérieux. Sa démarche souple pour un homme si musclé le rendait si irrésistible. Son sourire…

    Christelle soupira.

    Le souvenir d'être enlacée par Anthony et de ses baisers si passionnés, la fit rougir. Que cet homme pouvait l'exaspérer ! Ce bel Italien lui manquait terriblement.

    Une idée lui traversa l'esprit. Elle ouvrit son sac et prit son agenda. Prenant le combiné du téléphone, elle composa le numéro inscrit en rouge.

    - Résidence Luciano…

    - Bonjour, je souhaiterais savoir si Anthony est là ?

    - Il est absent pour le moment, mais puis-je prendre un message ?

    - Pourriez-vous lui dire que Christelle Gordon a appelé ?

    - Christelle ! C’est la mère d'Anthony. Comment allez-vous ?

    Christelle revit le visage de la mère d’Anthony. Elle paraissait avoir vingt ans de moins que son âge. Mais comment faisait-elle pour garder cette jeunesse ? Aucun lifting n’avait été pratiqué sur son visage. Elle lui demanderait certainement un jour le remède miracle.

    - Très bien, merci et vous ?

    - Je suis en pleine forme, je vous en remercie. Désolée, mais Anthony est parti à un rendez-vous d'affaires. Et si vous veniez me rendre visite ?

    - J'en serais ravie, mais...

    - S'il vous plaît ! l’entendit-elle.

    Dans sa voix, il y avait une certaine solitude et Christelle céda.

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