Chapitre 10

Chapitre X

 

Los Angeles, lundi 24 août 2009

       Dean sortit des douanes pour se trouver en présence d’une foule qui attendait les passagers. Une femme, devant lui, se mit à courir en entraînant sa valise à roulettes. Elle lâcha cette dernière pour se blottir contre un jeune homme et l’embrasser fougueusement. Dean remarqua une pancarte tenue par un chauffeur habillé en costard-cravate. Il attendait un homme qui lui était inconnu.

     Personne ne portait une attention particulière à Nadia et lui. Il avait bien fait de mettre sa casquette et ses lunettes de soleil. Il tenait sa valise d’une main et de l’autre, la main de Nadia. Samira les accompagnait juste derrière eux. Le roi avait ordonné à celle-ci de prendre soin de la princesse.

     Dean s’orienta vers la sortie la plus proche. L’ensoleillement idéal offrait une température assez sèche et chaude. Il tourna la tête, à droite, puis à gauche. Il lâcha sa valise et la main de Nadia pour tâtonner les poches de son jean à la recherche de son téléphone portable. L’ayant trouvé, il s’en empara. Le téléphone étant éteint, il l’alluma et composa son code pin.

     Soudain il se sentit propulsé vers l’emplacement réservé au défilement des véhicules où des visiteurs, le moteur allumé, attendaient leurs proches. Deux bras lui encerclaient le torse. Son agresseur paraissait se servir de lui comme bélier. Il voulait s’arrêter mais il n’avait aucun moyen de freiner.

     Il voyait s’approcher les voitures. Pourquoi n’était-il pas aux aguets comme à son habitude ? La personne qui lui écrivait avait certainement attendu ce moment d’inattention pour agir. Dean ne pensait pas qu’elle le ferait en présence de tant de témoins.

     Nadia ne fit aucun mouvement lorsqu’elle vit Dean se faire bousculer. Elle était paralysée par le spectacle. C’était absurde ! Elle n’arrivait pas à voir le visage de la personne aux côtés de Dean. Sa tête était cachée par un bandana noir noué autour de ses cheveux blonds. Il avait une carrure imposante. Un jean moulait ses jambes et ses cuisses, et son t-shirt lui collait à la peau.

     Pourquoi restait-elle plantée là sans rien faire, elle qui avait toujours eu un bon réflexe dans ce genre de cas ? Généralement, ne réagissait-elle pas avant de penser ? N’était-ce pas ce qu’elle avait fait en prenant Dean sur sa moto à Paris ? Sans aucune hésitation, elle avait attrapé son casque et le lui avait lancé. Pourtant, maintenant, ses jambes refusaient de lui obéir afin de sauver la vie de Dean. Elle avait peur…

     Et les gens autour d’eux observaient cette scène sans lever le petit doigt. Les visages impassibles se détournèrent finalement pour héler des taxis, répondre au téléphone ou tout simplement ne pas être témoins d’un accident.

     Nadia réussit enfin à bouger pour s’élancer vers eux mais s’arrêta aussitôt lorsque les deux hommes franchirent de peu la bordure du trottoir.

     Nadia faillit pousser un cri lorsque l’homme se redressa de tout son long.

     Dean agrippa les poignets de son assaillant. Il essayait vainement de les tirer pour se libérer. Mais la main droite de l’homme tenait fermement son poignet gauche.

     Il remarqua une bague en argent de couleur étincelante sur son annulaire droit. Deux initiales ressortaient en relief sur la chevalière : S.A.

     Steve Anderson !

     Dean jura entre ses dents.

     - Je vais te tuer, Steve !

     L’homme s’arrêta à cette exclamation. Steve l’avait emmené là où il voulait c’est-à-dire jusqu’au bord du trottoir pour l’effrayer.

     L’homme desserra son étreinte et se déplia de tout son long quand Dean fit volte-face.

     Steve mesurait une bonne tête de plus que lui et avait une carrure des plus impressionnantes : grand, bien bâti sans pour autant être musclé : une armoire à glace. De quoi effrayer plus d’un.

     L’homme au bandana partit d’un grand éclat de rire dont la sonorité alla en s’accroissant. Les gens le dévisagèrent, intrigués.

     - Mais t’es cinglé ! Tu m’as fait peur ! s’insurgea Dean en s’esclaffant à son tour.

     - Je sais, répliqua Steve entre deux rires. Je t’ai prévenu avant de partir que tu devais être sur tes gardes à chaque instant.

     - Et, je l’étais…

     - Non, pas pour moi. Tu t’es pourtant laissé attraper comme un vulgaire sac de pommes de terre.

     La main de Dean parcourut sa tête où il sentit les pointes de ses cheveux courts pour s’arrêter et masser sa nuque.

     - C’est vrai, mais j’étais sur le point de t’appeler…

     - Des justifications, toujours et encore. Je ne peux pas te faire confiance. La prochaine fois tu ne te déplaceras pas sans moi.

     Dean baissa la tête comme un enfant pris en faute.

     - Faut pas exagérer, hasarda-t-il sous cette remontrance.

     - C’est pour cela que tu me paies, bon sang ! Tu sais très bien que je te donnerai ma vie sans hésitation.

     Les yeux marron de Steve s’animèrent comme un volcan prêt à cracher toute sa lave.

     Quelques jours après son arrivée aux Etats-Unis, il avait rencontré Steve lors d’un casting. Loin de le considérer comme un éventuel adversaire, Steve était le seul à lui avoir adressé la parole. Ils s’étaient immédiatement entendus. De plus, Steve cherchait un colocataire. N’ayant pas beaucoup d’argent à l’époque, Dean avait accepté son offre. Steve et Dean se présentaient toujours dans les mêmes castings. Mais souvent, Dean avait le plus de chance d’être pris. L’ascension de Dean dans le monde du cinéma enthousiasma son ami qui, loin d’être aigri, lui proposa d’être son garde du corps lorsque la célébrité lui valut de grands bains de foule. Steve, avec sa masse corporelle, avait fait décamper plus d’un gêneur simplement en prenant une attitude renfrognée.

     - Allons-y, continua-t-il. La voiture est garée à deux pas.

     Dean se tourna vers Nadia. Cette dernière le scrutait avec un air interrogateur. Il entraîna son ami vers les deux jeunes femmes.

     - Comment se sont passé tes vacances ? questionna Steve ?

     - Très bien dans l’ensemble, répondit Dean en esquivant un voyageur qui fonçait sur lui.

     Il aurait mieux fait de lui donner un coup d’épaule pour lui apprendre à regarder droit devant lui.

     - Et comment cette mégère de Nadia t’a reçu ?

     Dean sourit. Steve était plus rancunier que lui. Depuis qu’ils se connaissaient, Steve avait vu un Dean de plus en plus dépité par l’indifférence que lui avait témoignée la princesse Nadia.

     - Elle l’a très bien reçu, monsieur, intervint Nadia dans la conversation.

     Steve dévisagea la princesse puis son regard se porta vers Samira. Celle-ci était vêtue d’un voile violet et blanc qui lui cachait les cheveux et le cou, assorti à une robe ample de la même couleur. Les beaux yeux en amande marron très clair contemplèrent cet énergumène.

     - C’est la princesse ? interrogea Steve.

     Dean acquiesça en signe d’assentiment.

     - Pardon princesse, s’inclina-t-il devant Samira.

     Les lèvres de Nadia s’étirèrent devant l’erreur commise par son ami alors que Samira, quant à elle, rougit.

     Dean attrapa sa valise par la poignée chromée et laissa Steve quelques instants dans l’ignorance. Samira n’oserait certainement pas parler à cet inconnu et Nadia ne rectifia pas non plus.

     - La mégère vous pardonne, finit par dire Nadia d’un ton solennel.

     - Je… je ne voulais pas être irrespectueux, bégaya Steve mal à l’aise. Je ne savais pas…

     - Que nous étions là ? continua Nadia.

     - Je l’avoue… Bon, et s’y on partait. Il y a trop de monde ici, fit remarquer Steve. Vous n’avez pas d’autres bagages ?

     - Nos effets personnels seront déposés chez Dean dans la journée, expliqua Nadia.

     - Parfait. Veuillez me suivre.

     La petite troupe arriva devant une berline. Steve ouvrit la portière arrière et s’inclina devant Samira afin que celle-ci rentre la première. Sous un hochement de tête positif de Nadia, Samira grimpa à l’intérieur. Nadia la suivit juste après.

     Steve ferma la porte avant de fusiller Dean du regard.

     - Je ne savais pas que t’allais faire une bourde, s’excusa Dean.

     - Mais t’aurais pu me prévenir quand même. En tout cas, le chaperon de la princesse est très belle.

     - Faut que je te dise…

     - Tu me raconteras tout à la maison mais là, on ne va pas les faire attendre.

     Dean haussa les épaules et prit place, en soufflant, sur le fauteuil côté passager. Il ouvrit le pare-soleil afin de voir Nadia assise derrière lui.

     Qu’avait-elle pensé de son ami ? Il espérait qu’elle ne lui en voudrait pas de son surnom.

     La femme qui suivait Dean comme son ombre avait observé les deux hommes sans bouger. Elle avait reconnu Steve Anderson, le garde du corps de la star de cinéma. Aucune crainte à avoir de lui. Elle connaissait sur le bout des doigts tous les intimes de Dean McCauley.

     La voiture quitta son aire de stationnement et roula à faible allure derrière les autres voitures qui s’apprêtaient également à quitter l’aéroport.

     Nadia appuya sur l’interrupteur afin d’ouvrir légèrement la vitre près d’elle. Il faisait une chaleur étouffante.

     D’une oreille distraite, elle écoutait la conversation des deux hommes. Steve était un joyeux luron et elle se félicita que Dean ait pu le rencontrer.

     Elle n’était jamais venue à Los Angeles. Elle aurait l’occasion de voir le Mont Lee avec HOLLYWOOD en lettres capitales, le Walk of Fame sur Hollywood Boulevard très célèbre pour son trottoir étoilé, Sunset Boulevard où résidaient beaucoup de célébrités dont Dean.

     Nadia fut ébahie par la multitude de palmiers qui bordaient les routes gigantesques de cette grande ville. Cela donnait un air de vacance à cette comédie. N’étaient-ils pas dans la ville du cinéma où la réalité se confondait avec le rêve ? Leur mensonge pouvait bien constituer le scénario d’un film dans le monde du cinéma. Mais la fin de leur histoire, à elle et Dean, ne serait pas ce qu’attendraient les spectateurs…

     - Steve, il faut que je t’annonce une bonne nouvelle, l’interrompit Dean.

     Le ton posé de Dean alerta son ami.

     - J’ai épousé Nadia, continua-t-il.

     Steve pivota sa tête d’un quart de tour vers Dean, la bouche grande ouverte.

     - Regarde la route, l’avertit Dean lorsque Steve faillit emboutir la voiture devant lui. Il faut que je t’avoue aussi que la princesse Nadia est celle qui ne porte pas de voile. Samira se trouve à ses côtés. Voici pour les présentations tardives.

     Steve porta son attention vers le rétroviseur arrière.

     Nadia, tout sourire, lui dédia un clin d’œil.

     - Je n’y comprends plus rien. Tu ne te moquerais pas de moi, Dean ?

     Dean étant un grand farceur aurait très bien pu mentir afin de lui rendre la monnaie de sa pièce après la frayeur qu’il leur avait faite.

- C’est pourtant la vérité.

     La Berline grise stoppa devant une immense demeure dont on pouvait apercevoir légèrement une partie de la façade derrière les grands arbres. Steve utilisa une petite télécommande. Les grandes portes en fer noir laqué s’ouvrirent sans aucun bruit. La voiture s’engouffra dans la grande gueule béante du monstre qui se referma aussitôt les occupants avalés.

     La voiture suivit le chemin entièrement pavé pour s’arrêter devant l’entrée.

     - Tout le monde peut descendre, autorisa Steve lorsque les portes se déverrouillèrent automatiquement.

     Il sortit le premier pour retirer le bagage de Dean dans le coffre et le lui tendit.

     - Je dois m’absenter. Je vous retrouve ce soir à la maison ? demanda-t-il.

     - Je ne sais pas si les demoiselles sont éreintées par ce si long voyage. Sinon viens demain.

     Nadia esquissa un geste négatif à l’encontre de Dean.

     - Nous avons l’après-midi pour nous reposer. Venez donc manger avec nous, cela nous fera plaisir.

     Steve s’inclina devant les deux jeunes femmes.

     - Alors, à ce soir ! s’exclama-t-il avant de partir.

     La porte d’entrée en bois d’acacias s’ouvrit sur un vieux majordome.

     Nadia revêtit sa chemise de nuit en soie qui lui arrivait jusqu’aux genoux. Elle l’avait trouvée dans une de ses valises reçues en fin d’après-midi. Elle aurait beaucoup de rangement à faire dès le lendemain. Elle prit un paquet-cadeau. Elle ne se rappelait pas l’avoir mis à l’intérieur de sa valise. Une étiquette lui apprit l’expéditeur. C’était sa sœur Hakima qui avait griffonné ces quelques mots : Pour ta lune de miel.

     Elle arracha le papier doré et découvrit un superbe déshabillé en voile transparent rouge. C’était un cadeau qu’elle ne pourrait jamais mettre en présence de Dean.

     Elle entra dans la chambre vide. Dean était au rez-de-chaussée avec Steve. Apparemment, ils avaient beaucoup de choses à se raconter.

     A leur arrivée, Dean leur avait présenté son majordome dénommé Andreas. Il avait indiqué à Samira qu’elle pouvait s’octroyer n’importe qu’elle chambre au premier étage sauf celle d’Andreas qui logeait dans la dernière pièce. Dean avait accompagné Samira et lui avait montré les trois chambres, chacune décorée différemment et disposant d’une salle de bain et de sanitaires.

     Laissant Samira à l’étage choisir à loisir sa chambre, ils montèrent au second.

     - Pour les apparences, nous dormirons ensemble. Andreas est muet comme une tombe mais je préfère jouer le jeu jusqu’au bout. Mais ne t’inquiète pas, le lit est très grand, plus grand que celle du palais. Je pense une fois et demie environ mais tu t’en rendras compte par toi-même.

     Nadia ne répliqua pas, sinon c’était lui avouer qu’elle s’était réveillée dans ses bras.

     - Mais pour plus de confort pour te changer, tu pourras prendre la chambre voisine ou celle qui te plaira. De toute manière, tu es chez toi. Tes vêtements seront également dans la pièce que tu auras choisie car la mienne est pleine.

     Nadia avait hoché de la tête en pénétrant dans la chambre de Dean… leur chambre. Celle-ci était sobre mais très classe. La peinture blanche donnait un effet de profondeur et l’agrandissait d’une trentaine de mètres carrés. Les murs étaient vierges de toute décoration. De même, aucun bibelot n’encombrait les meubles somptueux de couleurs noir et blanc. Dean était un maniaque du rangement.

     Son regard s’était posé sur le lit. Effectivement, celui-ci dépassait en tout point le lit de la suite nuptiale.

     - C’est une pièce unique faite sur commande, lui avait-il expliqué.

     La journée s’était finie avec une soirée passée dans le rire et la détente avec leur invité. Samira s’était jointe à leur table car Nadia ne souhaitait pas qu’elle mange seule. En Algérie, Samira dînait avec les autres filles qu’employait son père. Nadia avait peur qu’elle ne se sente isolée dans cette grande maison.

     Fatiguée, Nadia s’endormit à peine la tête posée sur son oreiller. Elle n’entendit pas Dean se faufiler dans la chambre en plein milieu de la nuit. Mais elle se réveilla lorsque celui-ci se mit à hurler comme la veille.

     - NON !!!!!

     Elle tâtonna vers son chevet à la recherche de l’interrupteur. Quand elle réussit à le déclencher, elle vit Dean assis sur le lit, les mains sur son visage.

     Nadia s’approcha de lui et le prit dans ses bras.

     - Que t’arrive-t-il, Dean ? Quel cauchemar fais-tu ?

     Dean ne répondit pas mais se laissa aller contre elle. Cette promiscuité n’était pas si désagréable au sens de Nadia. Elle voulait le repousser pour ne pas sentir cet émoi monter en elle mais ce n’était pas le moment. Il avait besoin d’elle.

     Quel mystère cachait Dean ?

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