Chapitre 12

Chapitre XII

 

Los Angeles, jeudi 4 septembre 2009

     Lorsque les portes de la villa s’ouvrirent, Dean s’y engouffra avec sa voiture. Il était bientôt minuit et un silence de plomb régnait sur le boulevard. Il ne s’aperçut pas qu’une forme vivante avait pénétré à sa suite telle une ombre jusqu’au garage.

     Quand il émergea de son véhicule, la silhouette cachée se jeta sur lui. Surpris, il n’esquissa aucun geste d’autodéfense sur le moment. Mécontent de son manque de vigilance, il débloqua les bras de l’intrus pendus à son cou. Il fit volte-face, le poing en arrière prêt à l’assommer. Mais son mouvement se bloqua devant la plantureuse Shanon, sa dernière conquête.

     - C’est ainsi que tu me reçois, s’offusqua-t-elle.

     Dean laissa retomber son bras.

     - Mais que fais-tu ici ? J’aurais pu te faire mal !

     Le sourire de Shanon disparut.

     - Je pense que c’est déjà fait.

     Dean comprit qu’il avait commis une erreur. Depuis son retour à Los Angeles, il n’avait pas pris le temps d’avertir Shanon de leur rupture. Il remettait cette discussion à plus tard et ne rappelait pas sa petite amie par manque de temps.

     - J’ai appris par voie de presse que tu t’étais marié. Est-ce vrai ? s’enquit-elle.

     - Je suis désolé, Shanon, c’est tout à fait la vérité.

     - Pourquoi as-tu fait cela ? Aurais-tu oublié ce que nous avons vécu ?

     Shanon prit les mains de Dean qu’elle plaqua sur ses deux seins. Dean sentit le cœur de Shanon palpiter à vive allure. Cette dernière était très différente de Nadia. Elle était blonde avec une coupe de cheveux arrivant jusqu’aux épaules et de superbes yeux bleus. Dean tressaillit de tout son corps au contact chaleureux de la femme en face de lui. Cette dernière remarqua son émotion.

     - Ton corps ne saurait mentir, ajouta-t-elle en se plaquant contre lui. Viens avec moi, ce soir, à la maison, susurra-t-elle.

     - Ma femme n’est pas là, s’entendit-il dire.

     Elle lui prit les mains

     - Parfait, s’extasia Shanon. Allons dans ta chambre.

     Shanon connaissait entièrement les lieux pour y avoir séjourné quelque temps. A peine Dean referma la porte de sa chambre qu’elle entreprit de lui enlever son T-shirt. Elle déposa sur ses pectoraux de légers baisers afin d’exacerber son désir.

     Samira vit Dean, accompagné d’une jeune femme, disparaître dans sa chambre. Malgré l’heure tardive, elle l’avait attendu pour s’entretenir avec lui de certains points domestiques. Samira rougit de colère. Comment un homme tel que lui pouvait tromper sa femme ! Et si la princesse Nadia venait à l’apprendre ?

     Samira ne voulait pas et ne serait pas celle qui pourrait lui annoncer cette mauvaise nouvelle. Nadia ne s’en remettrait sûrement pas.

     Elle s’éclipsa sur la pointe des pieds pour retrouver le confort de sa propre chambre.

Los Angeles, mercredi 10 septembre 2009

     - Allez Faustine, passe la balle !

     Un petit garçon d’une dizaine d’années interpella sa sœur de deux ans son ainée. Les deux enfants avaient la même couleur de cheveux : blond couleur de blé mûr. Le garçon était beaucoup plus mince que sa sœur qui n’était déjà pas très grosse. Alors que Faustine portait ses cheveux en coupe carrée, son frère les avait plus courts avec une frange qui lui cachait systématiquement un œil.

     Faustine passa la balle d’un coup de pied à une fille plus jeune qu’elle.

     - Attrape Anaïs, avant qu’Alexandre ne le prenne ! cria-t-elle.

     Anaïs, qui devait avoir sept ou huit ans, courut pour que son cousin ne lui pique pas la balle. Contrairement à ses cousins, elle était brune, plutôt typé méditerranéen. Son teint mat tranchait avec la peau très blanche de ces derniers. Elle devait certainement avoir du sang espagnol ou bien maure. Son visage respirait la gaieté mais aussi la préoccupation. Ses cheveux mi-raides mi-bouclés se balançaient dans son dos. Ses habits comportaient des couleurs plus vives que ses compagnons de jeu.

     Elle arrêta la balle de son pied et se tourna vers son petit frère de deux ans son cadet.

     - Tu veux la balle, Timothée ?

     - Oui ! s’écria-t-il en avançant vers sa sœur tout en chantonnant.

     Ses yeux étaient pleins de malice. Son visage était aussi blanc que ses cousins et ses cheveux châtain coupés court lui donnaient un air de chenapan.

     - Alors Anaïs, tu peux réciter ta dernière poésie ?

     - Quelle poésie ? demanda-t-elle étonnée. Nous sommes en vacances, je te rappelle.

     Le petit Timothée s’avançait toujours, le regard fixé sur la balle. Alexandre s’approchait d’Anaïs à l’insu de celle-ci.

     - Celle du Corbeau et du Renard, tu ne t’en souviens pas ?

     Timothée avait le don d’apprendre plus vite les poésies de sa sœur. Il lisait deux fois le texte et le récitait immédiatement sans faute. Ayant cette supériorité par rapport à sa grande sœur, il s’autorisait à l’engueuler. Et cela avait le don d’énerver Anaïs.

     - Attention Anaïs ! Alexandre est derrière toi ! s’exclama Faustine.

     A cet instant, Alexandre donna un coup de pied sur le ballon qu’Anaïs maintenait. La balle fila tout droit et très vite.

     Nadia attrapa le ballon de ses deux mains et le leur renvoya aussitôt. Ce moment de distraction dans ce parc lui procurait un apaisement. Elle en avait grandement besoin.

     - Merci, Madame, dit timidement le petit garçon.

     Elle répondit par un simple coucou de la main.

     Elle s’adossa sur l’arbre près duquel elle avait déposé son plaid et offrit son visage au soleil. Il faisait beau et chaud, mais cela ne suffisait pas à éclipser ses pensées moroses.

     De retour à Los Angeles après son escapade à New York, elle fut tout heureuse de retrouver Dean. C’était une grande joie comme si elle était partie depuis plusieurs mois. Son mari lui avait drôlement manqué.

     Le lendemain, juste après son réveil, elle s’était servie dans un mug trois quarts de café et un quart de lait. C’est ainsi que débutait traditionnellement sa matinée. Dans le grand salon l’attendait son journal. Elle l’avait déplié tout en dégustant son café au lait. Un bruit au sol l’avait fait baisser les yeux. Elle avait tressailli. Elle avait ramassé l’enveloppe rose si familière. A l’intérieur, toujours cette feuille blanche où quelques lettres coupées d’un journal formaient des phrases. Ce qu’elle avait lu l’avait attristée.

     Elle n’avait pas bougé du canapé, le journal à moitié ouvert, l’enveloppe rose posée sur ses jambes. Dean l’avait trouvée ainsi, les yeux dans le vide.

     - A quoi penses-tu ? lui avait-il demandé avant d’apercevoir l’objet.

     Il prit place à côté d’elle et se mit à lire. Son visage devint livide.

     - Qu’as-tu à répondre de cette accusation ? interrogea Nadia.

     Elle revoyait les caractères danser devant ses yeux : Dean vous a trompée pendant votre absence.

     - Je…, commença-t-il.

     - Ton corps et ton âme t’appartiennent, Dean. Tu ne me dois rien mais, s’il te plaît, sois discret avec tes relations amoureuses, l’avait-elle coupé. Je ne voudrais pas que cela arrive aux oreilles de mon père.

     - Je ne peux pas nier…

     Nadia s’était brusquement levée pour interrompre ce qu’elle ne voulait pas entendre. Le parfum de Dean l’envoûtait bien que sa colère était grande envers cet être qu’elle appréciait énormément. Trop de choses étaient en jeu et surtout sa réputation. Depuis qu’elle s’était mariée, il ne se passait pas un jour où les photographes flashaient ses moindres faits et gestes.

     Pour se rendre incognito à Elysian Park où l’acteur Jim Carrey avait tourné une scène du film Yes man, elle avait emprunté un voile de Samira pour éviter d’être photographiée à l’entrée de la résidence. Dean, quant à lui, se trouvait sur le tournage.

     - Je peux vous tenir compagnie ?

     Nadia observa l’ombre qui s’était formée devant elle. C’était une jeune femme d’une trentaine d’années. Le khôl entourait de grands yeux gris très magnifiques. La chevelure châtain bouclée encadrait un visage mince.

     - Je vous en prie, asseyez-vous, l’invita Nadia.

     - Merci… Je vous aperçois ici depuis ces trois derniers jours et toujours à la même heure, fit l’inconnue. Je viens ici quand je travaille. Je suis infirmière à l’hôpital Barlow Respiratory. J’aime me promener afin d’évacuer un peu le stress et parler avec des personnes. Je m’appelle Stacy.

     Nadia accepta la main que lui tendait Stacy.

     - Et moi, c’est Nadia.

     - Enchantée. Alors que faites-vous dans la vie ? Vous travaillez à côté ? interrogea Stacy.

     Stacy ne savait pas qui elle était. Elle en fut soulagée.

     Nadia regroupa toutes les feuilles éparpillées sur le plaid représentant des schémas électroniques pour son futur projet. Elle aimait beaucoup travailler au grand air.

     - Pas très loin à vrai dire. Comme je suis souvent en déplacement, je prends du boulot avec moi et je travaille où je veux.

     - C’est merveilleux ! s’exclama Stacy. Vous en avez de la chance.

     Le sourire de Stacy disparut un court instant lorsque son regard se perdit jusqu’aux enfants.

     - Maman, je t’aime mais ton copain je ne peux pas le supporter ! s’écria Alexandre.

     La mère d’Alexandre, assise sur un banc et en pleine discussion avec une autre femme, s’arrêta de papoter pour jeter un regard étonné vers son fils.

     - Vous avez des enfants ? s’enquit Nadia.

     Stacy tourna vers elle des yeux embués. Nadia sortit de son sac un mouchoir en papier et le lui tendit. L’infirmière la remercia et s’essuya le visage.

     - Je n’ai pas d’enfant et aucun petit ami. J’avais un petit frère qui ressemblait au plus grand. Il avait des cheveux similaires et son caractère correspondait parfaitement au sien.

     - Qu’est-il devenu ?

     - Il a été fauché par une voiture environ trois mois de cela.

     - Mais c’est affreux ! .Je suis navrée.

     - Oui. J’ai dû démissionner de mon poste pour revenir chez mes parents et soutenir ma mère...

     Nadia lui prit la main en signe de compassion.

     Stacy se leva.

     - Je dois partir. A bientôt, dit-elle tout simplement avant de s’en aller sans un regard vers Nadia.

     Nadia fut assez peinée de voir une inconnue aussi triste. Même si elle ne la connaissait pas, elle avait cette empathie envers autrui. Nadia s’occupait beaucoup plus des autres que d’elle-même.

     Elle soupira et reporta son attention vers les enfants.

     Et qui allait résoudre ses problèmes personnels ?

 

Los Angeles, jeudi 31 décembre 2009

     Dean se leva de table et brandit son verre.

     - Merci à vous tous d’être ici présents. Nadia et moi sommes heureux de passer ce réveillon en votre compagnie. Tous nos amis chers à notre cœur sont ici.

     Dean parcourut l’assistance du regard. Steve accompagnait Devianee car ils sortaient ensemble depuis moins d’un mois. Adeline, Stacy et Samira leur faisaient face. Enfin, Nadia était à l’autre bout de la table.

     Depuis la fameuse lettre anonyme, Nadia n’était plus aussi communicative et souriante. Ils passaient de bons moments ensemble quand tout le monde était là mais ensuite elle retournait dans son état de boudeuse. Il savait qu’il était en tort depuis qu’il avait emmené Shanon dans sa chambre. Il s’en voulait énormément de cet instant de faiblesse. Il comprenait la réaction de Nadia. Il aurait réagi pareil.

     Mais il l’aimait…

     Cette attirance physique au début de sa rencontre à Paris s’était amplifiée pour devenir un sentiment d’amour. Pas un jour, pas une seconde, il ne cessait de penser à elle. Il lui en coûtait chaque jour de s’éloigner d’elle prétextant des tournages qui n’existaient pas. Il préférait sortir entre amis et essayait d’oublier la femme qu’il chérissait. Il n’en pouvait plus d’être aussi gentleman. Elle voulait un ami.

     Mais là aussi, il l’avait perdue. Ce qui avait bien commencé allait mal se finir. En fin de soirée, tout basculerait pour tous les deux.

     La salière traversa la table et passa finalement des mains de Stacy vers Nadia qui assaisonna sa viande. Le sourire chaleureux de Stacy lui alla droit au cœur. Trois mois s’étaient écoulés depuis leur rencontre. Elles se voyaient souvent dans ce parc qu’elle aimait tant. Une amitié sincère s’était installée et Nadia avait fini par lui dire la vérité. Elle l’avait intégrée à son groupe d’amis et n’avait pas regretté son choix. De temps à autre, Stacy redevenait triste en croisant un enfant ou bien un adolescent.

     Nadia leva son verre également au discours de Dean. Leur amitié s’était dégradée au fil du temps. Quand elle le voyait, elle repensait systématiquement à son infidélité. Elle s’était rendu compte qu’elle l’aimait bien plus qu’un ami. Ali s’était envolé de ses pensées pour être remplacé par son idéal masculin qui n’était autre que son meilleur ami.

     Pour se préserver d’un amour qui ne pouvait s’épanouir et qui ne pourrait être qu’une relation physique pour Dean, elle avait préféré être distante et froide à son encontre. Cela avait refroidi les ardeurs de Dean qui ne couchait plus dans sa chambre mais dans celle voisine de la sienne. Le matin, elle retrouvait le lit parfaitement fait par ses soins afin que leur faux mariage ne soit divulgué par aucun des domestiques. Le bouche à oreille pouvait s’enflammer comme une trainée de poudre.

     Elle sourit en voyant Steve prendre la main de Devianee avec un regard énamouré. Nadia était contente que son amie ait trouvé l’homme qu’elle méritait. Steve avait bataillé dur et fort pour que Deviannee lui témoigne un début d’amitié. Nadia avait conseillé à Steve d’être patient lorsque celui-ci était venu se confier à elle.

     - Je peux vous poser une question sur Devianee ? lui avait-il demandé.

     - Bien sûr. Laissez-moi deviner. Vous êtes épris d’elle et vous ne savez pas comment le lui avouer sans la faire fuir.

     - Comment le savez-vous ?

     - Cela se lit dans vos yeux. Je suis très heureuse qu’un homme tel que vous soit amoureux d’elle. Mais elle a si souffert qu’elle n’ose pas se lier avec un autre homme. Comprenez-la…

     - De quelle souffrance parlez-vous ? l’avait-il interrogée, surpris.

     - J’en ai assez dit. Je ne veux pas trahir une amie. Il n’y a qu’elle pour vous tenir au courant.

     - Mais je pourrais l’aider si vous me dites tout. Savoir quoi faire pour ne pas lui faire mal.

     - Je vous en ai trop dit. Je n’ai pas envie de perdre Devianee. Je sais que si je vous raconte tout aujourd’hui, alors demain, je la perdrais pour de bon. Je suis son amie depuis fort longtemps et je connais sa réaction si je vous révélais tout. Elle a confiance en moi et je ne veux pas détruire cette confiance même si c’est pour son bien.

     - Mais je l’aime ! Chaque fois que je lui pose des questions sur sa profession ou bien sur ses études, elle me répond mais dès que je la questionne sur sa vie plus personnelle, elle donne des réponses très vagues et elle devient mélancolique.

     - Tout ce que je peux vous dire, c’est de lui laisser du temps. Si vous l’aimez, ne soyez pas distant. Elle finira par tout vous dévoiler un jour quand elle aura confiance en vous.

     - J’ai peur de ne pas être aussi patient.

     - Alors vous la perdrez.

     - Je ferai mon possible pour que cela n’arrive pas.

     Steve avait tenu le coup et Devianee était venue naturellement à lui, attirée par sa franchise. Il avait su la faire rire en de nombreuses occasions tout en restant sérieux.

     Après cette longue discussion avec Steve, elle s’était mise à réfléchir sur ses propres sentiments envers Dean.

     La tension s’était accentuée deux jours auparavant. En effet, ils avaient fait chambre commune à nouveau car les nombreux invités dormaient à la villa.

     Nadia s’était retrouvée dans les bras de Dean en pleine nuit. Dean l’avait réveillée encore une fois par des paroles issues de son cauchemar. Une fois les yeux ouverts, elle avait senti sur sa joue la main de Dean. Ses lèvres avaient reçu celles de l’homme qu’elle aimait. Abasourdie, elle n’avait esquissé aucun geste. Pensant certainement à une affirmation muette, la langue de son mari s’était insinuée plus profondément et langoureusement, à la fois caressante et exigeante. Il l’avait attirée sur lui, si bien qu’elle avait perçu son désir Furieuse contre elle-même de s’être laissé ainsi aller à une envie depuis si longtemps attendue, elle l’avait repoussé en appuyant ses mains sur son torse.

     - Qu’est-ce qui te prend, Dean ? avait-elle répliqué froidement.

     La pression se fit moins insistante et Nadia put échapper de ses bras d’acier.

     - Je pensais que tu…, avait commencé par se justifier Dean.

     - Tu n’as pas à penser !

     - Je ne suis qu’un homme, avait-il dit sans hausser le ton.

     Cela avait eu le don de la mettre hors d’elle.

     - Je sais très bien puisque tu m’as trompée !

     Dean était sorti du lit furieux. Il avait enfilé son jean et un T-shirt avant de s’en aller sans un mot. Et elle ne l’avait revu que le lendemain matin avec tout le monde comme si de rien n’était.

     Mais plus rien ne serait pareil dorénavant. Et si elle avait répondu à ses caresses, que se serait-il passé ? Aurait-il gardé ce même respect qu’il avait envers elle ? Mais avait-il des sentiments autres que l’amitié à son égard ?

     Elle chassa ce semblant d’espoir. Ses pensées se dissipèrent pour revenir vers cette soirée qui allait bientôt finir.

     - Dix, neuf, huit, sept…, décomptèrent tous les convives.

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