Chapitre 13

Chapitre XIII

 

Los Angeles, lundi 1 janvier 2010

    Planté devant la fenêtre de la bibliothèque, Dean contemplait le croissant de lune. Les mains dans les poches de son pantalon à pinces, il n’avait pas bougé depuis dix bonnes minutes. Il n’était pas à l’aise et l’attente paraissait interminable. Il se retourna lorsque la porte de la pièce s’ouvrit puis se referma.

    L’ombre qui était rentrée tâtonna le mur à la recherche de l’interrupteur. Il avait préféré rester dans la pénombre. Il ferma les yeux à demi lorsque le lustre projeta l’éclairage sur toute la pièce.

    Nadia, dans sa robe de soirée noire et rouge incrustée de quelques petits diamants véritables était époustouflante. A l’occasion de cette nouvelle année, elle avait mis la parure or et diamant en forme de serpent qu’il lui avait achetée pour son anniversaire.

    - Tu voulais qu’on parle, dit Nadia en rompant le silence qui semblait s’éterniser.

    - Effectivement. J’ai mûrement réfléchi ces derniers jours et je pense qu’à présent nous pouvons en finir avec cette mascarade.

    Dean grimpa sur l’échelle positionnée sur l’un des panneaux de la bibliothèque. Il attrapa un dossier sur le dernier étage. Sautant sur le sol avec souplesse, il le lui tendit.

    Nadia marqua son étonnement par un froncement de sourcils.

    - Qu’est-ce ?

    - Ouvre.

    Nadia enleva les élastiques de la chemise noire. Celles-ci claquèrent comme une sentence. C’était une demande de divorce.

    - Si tout va bien, nous serons divorcés dans six mois, déclara-t-il comme s’il s’agissait d’un acte anodin.

    La gorge nouée de Nadia ne lui permit pas de répondre. Il voulait tout bonnement la renvoyer chez elle. Il souhaitait se libérer de cette contrainte qui l’empêchait de vivre sa vie et certainement être libre de voir sa maîtresse.

    Quelle idiote elle avait été en pensant que Dean allait lui déclarer sa flamme ce soir. Ses sentiments amoureux, si nouveaux envers Dean, lui avaient fait miroiter un rêve infranchissable. Elle était bel et bien éprise de lui. C’était un autre sentiment plus intense qu’avec Ali. Il prenait de l’ampleur chaque jour. Le matin, elle s’était promis de faire tout son possible pour que Dean l’aime en retour. Si Dean avait de l’attirance physique pour elle, pourquoi pas l’amener à se rendre compte qu’il était aussi amoureux d’elle ? Haute de ses résolutions, elle avait espéré jusqu’à cet instant.

    Tous ses plans tombaient à l’eau. Il n’était pas amoureux d’elle sinon il l’aurait gardée à ses côtés.

    - Notre histoire se finit ici, dit-il pour rompre le silence pesant. Je sais que ta liberté est ce que tu as de plus cher.

    Dean s’approcha plus près. Elle sentit son souffle sur sa joue, les lèvres de Dean capturèrent les siennes pour un baiser modeste puis gourmand. Les bras ballants, le dossier pesant dans une main, Nadia ne réagit pas tant elle était renversée par cette annonce.

    Son mari n’était qu’un Don Juan, profitant de chaque instant de faiblesse de ses proies pour leur sauter dessus.

    Il était beau, beau comme le diable.

    Ce constat la fit réagir. Elle le repoussa avec fermeté et recula en gardant le dossier tout contre elle comme un bouclier.

    Sa jambe cogna le tabouret qui lui fit perdre l’équilibre. Elle bascula. Elle lâcha le dossier pour se retenir ou bien se réceptionner au sol pour amortir sa chute mais il était trop tard. Sa tête cogna le coin de la table basse en verre qui se brisa. Une douleur lancinante envahit sa tête avant que tout ne s’assombrisse autour d’elle.

    Dean se sentit défaillir. Lui, qui avait plutôt de bons réflexes n’avait pu la retenir. Allongée sur le sol, Nadia était inconsciente. Il s’accroupit devant elle et lui souleva la tête. Une excroissance sur le cuir chevelu n’augurait rien de bon.

    - Nadia, ma chérie, tu m’entends ?

    La porte s’ouvrit à la volée. Stacy se précipita vers eux.

    - Que s’est-il passé ? J’ai entendu un bruit.

    Stacy prit la place de Dean qui se leva pour la laisser intervenir.

    - Elle est tombée.

    Stacy lui jeta un regard noir qu’il ne remarqua pas, préoccupé par la santé de sa chère Nadia.

    - Nadia, tu m’entends ?

    Elle l’ausculta rapidement.

    - Appelez une ambulance rapidement. Nous allons éviter de la bouger. Elle est vraiment inconsciente.

    Dean saisit le récepteur téléphonique et appela l’hôpital.

    - L’ambulance arrive.

    Alors qu’il s’avança vers Nadia pour la prendre dans ses bras, Stacy s’y opposa.

    - Allez plutôt ouvrir les portes de la villa pour donner accès à l’ambulance au plus vite.

    Comme un zombie, tête basse, il se traîna vers la sortie et actionna l’ouverture des portes. Les sirènes de l’ambulance résonnèrent en lui comme une douleur lancinante.

    Mais qu’avait-il fait encore ?

    Deux ambulanciers transportant un brancard surgirent en un temps record. Dean quitta son état léthargique pour leur indiquer le chemin au pas de course. Sans se poser de questions, ils prirent Nadia précautionneusement et la posèrent sur la civière. Moins rapide qu’à l’aller, les ambulanciers s’acheminèrent vers leur véhicule.

    Dean ramassa la demande de divorce et la rangea là où il l’avait prise. Quand il rejoignit les ambulanciers au pas de la porte, la chaleur d’une main sur son épaule le fit se retourner. Steve et tous les autres se tenaient derrière lui. Il ne les avait pas entendus.

    - Steve, je n’ai rien pu faire. Elle est tombée. C’est ma faute.

    Les doigts de Steve pressèrent légèrement l’épaule de son ami.

    - Monte avec elle. Tu nous expliqueras cela demain.

    Assis sur une des banquettes, Dean vit les visages inquiets du groupe. Celui de Stacy marquait quant à elle son hostilité jusqu’à la fermeture des portes de l’ambulance.

    Dean faisait les cent pas lorsque le docteur, qui auscultait Nadia, le rejoignit. Petit et gros, à moitié chauve, la cinquantaine passée, le Docteur Stanton impressionnait par son flegme arrogant.

    - Monsieur McCauley…

    - A-t-elle repris connaissance ?

    - Non, pas encore. Mais, elle a subi un grave traumatisme crânien et je ne serais pas en mesure de vous préciser quand elle refera surface. Je suis désolé.

    Cette déclaration froide et dénuée de sentiments lui fit l’effet d’un étau glacé. Lui aurait-on annoncé la fin du monde qu’il aurait eu la même réaction.

    - Je peux la voir ?

    - Oui. N’hésitez pas à lui parler. Je dois vous laisser. Je reviendrai plus tard.

    Les mains dans la poche de sa blouse, le docteur s’en alla.

    Dans la chambre, Dean plaça une chaise peu confortable près du lit. Nadia paraissait dormir paisiblement. Mais un bandage autour de la tête rappelait son état. Il prit la parole après un long moment de silence.

    - Tu sais Nadia, je me sens bête de te parler ainsi même si le simple fait de te parler peut te ramener parmi nous… je regrette, tout est ma faute. Dès que tu seras sur pied, Inch’Allah, je t’avouerais sans plus attendre mon amour pour toi.

    Il s’interrompit un instant et se prit la tête entre les mains.

    - Tu m’as ensorcelé lorsque je t’ai vue à l’aéroport après tant d’années… Je n’ai jamais ressenti cet amour envers une autre femme. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi. Ma mère, Dieu ait son âme, me disait souvent quand elle nous voyait que nous étions faits l’un pour l’autre. Je ne la croyais pas. C’est vrai qu’on s’entendait superbement bien. Nous étions les meilleurs amis du monde mais il manquait ce petit quelque chose que j’ai trouvé en toi depuis peu. Peut-être que j’étais déjà amoureux de toi sans que je le sache.

    Il prit une profonde inspiration avant de poursuivre.

    - Tes parents m’ont prié de prendre soin de toi comme à la prunelle de mes yeux… C’est ce que j’ai fait jusqu’à maintenant.

    Devait-il prévenir les parents de Nadia ? Non, il ne fallait pas les inquiéter.

    Il attira la main de Nadia vers ses lèvres.

    - Tu es une femme extraordinaire et je ne mériterais même pas d’être ton ami. Lorsque j’ai appris qu’Ali était marié, je me suis réjoui bien que cela t’ait fait mal. Je ne suis qu’un égoïste.

    Dean lui parla ainsi jusqu’à ce que le sommeil le prenne.

    Le lendemain, il se réveilla en sursaut. Il avait cru sentir bouger la main de Nadia. Mais ce n’était qu’une illusion.

    Dean resta ainsi au chevet de sa femme deux jours et deux nuits. Il ne l’avait quasiment pas quittée hormis pour se changer et prendre une douche à l’hôpital. Il se faisait apporter café et nourriture dans la chambre. Son tournage était momentanément suspendu.

    Il désespérait d’heure en heure mais ne cessait de lui dire des mots doux ou bien d’évoquer des souvenirs qui lui étaient chers.

Los Angeles, Mercredi 3 janvier 2010

    Arrachée à son sommeil, Nadia ouvrit doucement les yeux. Elle se trouvait dans une pièce toute blanche. Une douleur lancinante derrière la tête la fit gémir. Elle voulut passer sa main droite sur sa tête mais elle rencontra un tissu rugueux.

    Elle tourna la tête vers son autre main qui était immobilisée. La tête d’un homme y reposait. Ses cheveux coupés très courts lui picotaient la peau.

    Elle essaya tant bien que mal de retirer progressivement sa main. Cela eut pour effet de réveiller le jeune homme.

    - Nadia ! Enfin, que je suis heureux ! s’exclama-t-il en la prenant dans ses bras.

    Surprise par tant de joie, Nadia fut décontenancée. Que faisait-elle ici et qui était-elle ? Elle s’appelait apparemment Nadia. Mais Nadia comment ? Et qui était cet homme ? Elle ne se rappelait de rien.

    - Excusez-moi, mais qui êtes-vous ? articula-t-elle.

    La pression du jeune homme se relâcha. Il s’écarta pour la fixer avec de superbes beaux yeux.

    - Dis-moi que tu plaisantes.

    - Je voudrais bien…

    - Attends-moi, je reviens. Je vais appeler le docteur.

    L’homme s’élança hors de la chambre. Il était vraiment très séduisant. Elle regarda autour d’elle. Les murs étaient blancs sans aucun tableau. Une perfusion à son bras entravait ses mouvements. Des machines ultra sophistiquées étaient reliées jusqu’à elle pour prendre son pouls et toutes autres informations utiles. Elle était dans un hôpital. Comment pouvait-elle se souvenir d’un environnement et pas de sa propre identité ? Elle essaya de toutes ses forces de se rappeler. Qui était-elle ? Où habitait-elle ? Avait-elle de la famille ? Etait-elle mariée ? Mais aucune réponse ne se déclencha au fin fond de son esprit. Elle avait l’impression d’un grand vide dans sa tête.

    La porte s’ouvrit sur le beau jeune homme suivi d’un petit homme aux lunettes d’or.

    - Bonjour, je suis le Docteur Stanton. Heureux que vous soyez de retour parmi nous. Comment vous sentez-vous ?

    - Je suis déboussolée à vrai dire. Et j’ai un affreux mal de tête.

    - Prenez ces calmants, indiqua-t-il en sortant une boite de sa poche.

    Il lui tendit deux comprimés et l’homme s’empressa de lui servir un verre d’eau.

    - Vous souvenez-vous de quoi que ce soit ? Votre nom, votre prénom ?

    Nadia hocha négativement de la tête.

    - Je vois… Monsieur McCauley, je peux vous voir quelques minutes ?

    L’homme emboîta le pas du docteur. Il prit soin de refermer derrière lui.

    Nadia s’allongea dans son lit et remonta le drap jusqu’au cou. Elle avait peur. Que se passait-il ? Pourquoi lui cachait-on des choses ?

    - Quel est votre diagnostic ?

    Le docteur enleva ses lunettes et les nettoya à l’aide d’une lingette avant de répondre.

    - Je n’ai pas voulu vous alarmer au début car le risque était minime. Elle a une légère commotion cérébrale. Perte de la mémoire permanente ou passagère, je ne saurais le dire.

    - Que dois-je faire ?

    - Il lui faut surtout du repos que cela soit physique ou mental. Elle se sentira souvent fatiguée et sa concentration en sera affectée. Elle pourrait être contrariée, irritable pour des petites choses anodines de tous les jours. Ne lui dites rien et n’aggravez pas les choses. Des symptômes de maladresse et d’étourdissement peuvent apparaître ainsi que des vertiges. Mais sachez que c’est tout à fait normal en raison de la commotion cérébrale. Je vous conseillerais d’avoir une infirmière à domicile et ne pas la laisser seule. Vous me comprenez ?

    Dean acquiesça de la tête en assimilant ces nouvelles consignes.

    - Soyez patient… Nous la garderons en observation pendant trois jours et nous lui ferons un examen complet. Plus vite, elle se retrouvera chez elle parmi des gens qui l’aiment, plus vite elle se rétablira. Du moins, je l’espère.

    - Dois-je lui remémorer son passé ?

    - Je ne préfère pas. Vous risqueriez de la perturber et de la brusquer. Il faut absolument que ses souvenirs reviennent d’eux-mêmes. De temps à autre bien sûr, vous pourrez révéler quelques anecdotes mais pas tout de suite.

    - Merci docteur.

    - Avez-vous d’autres questions ?

    - Non.

    - Dans ce cas, je vais vous laisser car j’ai des rendez-vous. Si vous avez la moindre hésitation, n’hésitez pas à me voir à mon bureau.

    Après le départ du praticien, Dean prit un air très rassuré. Il ne voulait pas montrer son inquiétude à Nadia et l’effrayer. N’était-il pas un des meilleurs comédiens d’Hollywood ?

    Nadia était allongée et fixait le plafond.

    - J’ai beau essayé de me rappeler mon passé mais je n’y arrive pas. Je ne sais même pas qui je suis et qui vous êtes pour moi.

    - Tu t’appelles Nadia McCauley et je suis ton… mari, lâcha-t-il.

    Il avait hésité avec ami. Il ne fallait pas la brusquer avait dit le docteur. Il s’assit sur le lit et prit la main de Nadia dans la sienne.

    - Je ne m’en souviens pas. Je suis désolée. Comment ai-je pu oublier un homme aussi séduisant …

    Le cœur de Dean se gonfla de joie. C’était bien la première fois que Nadia le complimentait sur son physique. Elle était l’une des seules femmes à ne jamais avoir essayé de le séduire.

    - Comment ai-je perdu la mémoire ?

    Le regard de Dean s’assombrit.

    - Tu as trébuché sur un tabouret et tu t’es cogné la tête la première sur une table.

    - Vais-je retrouver mes souvenirs ?

    - Oui, je te rassure, mentit-il à moitié. Mais il faudra surtout te reposer aussi bien physiquement que mentalement. Alors, si tu commences à avoir mal à la tête ou te sentir fatiguée, ne va pas plus loin dans tes pensées ou dans ce que tu entreprendras. Le docteur l’a formellement interdit. Le repos est le remède naturel pour recouvrer ta mémoire.

    - Depuis combien de temps sommes-nous mariés ?

    - Environs cinq mois. C’est tout récent.

    - Comment s’est-on rencontré ?

    - On se connaît depuis l’enfance. Nous avons grandi ensemble quasiment.

    - Où est ma famille ?

    - Tes parents ainsi que tes deux frères et ta sœur sont en Algérie. Te rappelles-tu quelque chose ? demanda-t-il en la voyant très pensive.

    - Non, et comment vous vous appelez ? C’est bête mais c’est la première chose que j’aurai dû vous demander.

    - Moi, c’est Dean.

    - Dean, répéta-t-elle d’une douce voix. A-t-on des enfants ?

    - Non… je vais devoir te laisser et rentrer à la maison. Repose-toi et ne pense pas pour l’instant à qui tu es, cela va t’embrouiller l’esprit.

    Il ne voulait pas la laisser mais elle commençait déjà à poser trop de questions.

    - Je t’apporterai des vêtements et tout le nécessaire de toilette maintenant que tu es réveillée.

    - Je peux aussi avoir à manger. J’ai faim.

    - D’accord. Je t’apporte du chinois, si on l’autorise. C’est un plat que tu aimes tant.

    Dean l’embrassa sur le front bandé avant de s’enfuir.

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