Chapitre 14

Chapitre XIV

 

Los Angeles, dimanche 7 janvier 2010

     Bouche bée tout au long de la visite, Nadia n’en croyait pas ses yeux en contemplant le somptueux décor de la villa de Dean. Elle ne se souvenait aucunement de la beauté et de la richesse de ce lieu. Elle s’exclamait comme une enfant qui découvrait un cadeau tombé du ciel. Elle s’était attendue à vivre dans un appartement de quelques pièces alors qu’ici, s’étendaient une vingtaine de pièces dédiées pour différentes occasions. On y répertoriait une salle de cinéma, une discothèque, une salle de musculation… Mais Dean ne lui avait pas tout fait voir car elle avait commencé à montrer des signes de fatigue après une quinzaine de minutes de marche.

     Dean avait ri de son émoi face à tout ce qui l’entourait.

     Seule dans la chambre, elle se remémorait ce qu’elle avait vu. Il fallait qu’elle travaille sa mémoire quoi qu’en disent les médecins. Elle voulait se souvenir de tout et surtout de Dean qui prenait peu à peu place dans son cœur. Son cœur ne saurait lui mentir. Elle aimait certainement Dean, c’était même sûr, sinon quel aurait été l’intérêt de se marier avec lui ?

     Elle se recroquevilla sur le grand lit.

     Bien que Dean soit très charmant, elle n’avait aucune envie de dormir auprès d’un homme qui lui était encore inconnu. Mais comment allait-il réagir quand elle le lui dira ?

     Nadia réprima un frisson. Elle ne souhaitait lui faire aucun mal surtout qu’il s’était très bien comporté jusque-là.

     Un coup frappé à la porte la fit se retourner.

     Dean s’arrêta à l’embrasure.

     - Le repas est prêt. J’espère que tu as faim.

     - Oui. Dean, je voulais vous dire…

     - Te dire.

     - Pardon ?

     - Tutoie-moi c’est plus simple, non ?

     Il était certainement plus facile pour lui de la tutoyer qu’elle. Il n’était encore qu’un étranger.

     - Je voulais te dire, corrigea-t-elle malgré elle, si cela ne te dérangeait pas que je dorme seule…

     Loin d’être dérouté, le sourire de Dean s’élargit. Il avait de superbes dents blanches.

     - Pas de soucis. Je comprends.

     - Vous… oh, je n’arriverais jamais à vous dire tu.

     - Ce n’est pas grave non plus. C’était simplement pour te mettre à l’aise.

     - Vous ne m’en voulez pas ?

     - Bien sûr que non… Et si nous allions manger avant que cela ne refroidisse ? Mon majordome est très pointilleux.

     Dean lui tendit la main et l’aida à se relever. Elle se retrouva plaquée contre son torse musclé. Il sentait si bon. Le souffle chaud de Dean se répercuta sur son cou. Ce contact la troubla plaisamment. Comment réagir s’il cherchait à l’embrasser ? Cela serait loin d’être désagréable et c’était le contraire qui la bloquait. La tête en arrière, le souffle court, Nadia n’osa plus bouger.

     - Allons-y ! ordonna Dean.

     Telle une automate, elle le suivit dans la salle à manger. Deux assiettes étaient déjà mises.

     - Samira ne mange pas avec nous ?

     - Non, pas ce soir. Elle est partie à une réunion entre filles du pays. Cela lui manque certainement.

     Dean lui tira la chaise pour qu’elle puisse s’asseoir.

     - Merci. Dean… quel caractère avais-je avant mon accident ?

     - Tu étais une femme très impulsive, imbue de toi-même… Tu n’étais pas comme cela avant notre mariage.

     - Oh ? Je suis heureuse alors d’avoir perdu la mémoire, murmura-t-elle.

     - En es-tu sûre ?

     - Oui, ce n’est pas un portrait flatteur que vous m’avez décrit. Pourquoi ai-je changé subitement ?

     - Nadia, je me moque de toi. Tu n’es pas cette personne. Tu es quelqu’un de gentil et d’intelligent. Tu as le cœur sur la main. Tu t’occupes de beaucoup d’associations.

     - Vous ne mentez pas ?

     - Je le jure !

     Le majordome fit son entrée en poussant un chariot de mets. La bonne odeur du plat parfuma la pièce. Nadia s’humecta les lèvres d’appétit.

     Les mains derrière sa nuque, allongé sur le lit dans la chambre voisine, Dean songea encore à Nadia. Elle était tout le temps dans ses pensées.

     Il n’arrivait pas à dormir.

     La frayeur que Dean avait lue dans les yeux de sa femme l’avait fait arracher à son étreinte quand il était venu la chercher dans sa chambre. Avait-elle peur de lui ?

     Un cri strident le tira du lit. Il se précipita sans se poser de question dans la chambre voisine. Il alluma la lumière au passage. Elle était repliée sur elle-même, les mains sur la tête.

     - Ma chérie… tu as fais un cauchemar… Tu veux raconter ?

     - Non.

     Dean posa sa main sur la tête de Nadia en un signe d’apaisement.

     - Tu peux tout me dire, tu sais.

     - Ce n’est qu’un cauchemar, rien de plus, dit-elle.

     Il ne voulait pas la laisser mais sa présence ne lui semblait pas indispensable.

     - Bon, je vais me recoucher alors.

     La mort dans l’âme, il s’apprêtait à refermer la porte de la chambre lorsque Nadia l’interpella.

     - Ne me laisse pas toute seule.

     Sans se faire prier deux fois, Dean se glissa sous la couverture et la prit dans ses bras pour la cajoler comme une enfant. Nadia se réfugia contre son corps, le visage blotti au creux de son épaule. Une chaleur l’envahit aussitôt quand elle se serra davantage contre lui.

     Tous deux s’endormirent avec un large sourire.

Los Angeles, lundi 8 janvier 2010

     Dean s’affala sur le canapé du salon en bâillant. Il était épuisé.

     Une demi-heure après s’être endormi dans les bras de Morphée, il avait été arraché de son sommeil par des murmures incompréhensibles de Nadia. Son front était brulant de fièvre. Il avait passé toute la nuit à lui éponger le front et à lui appliquer des compresses d’eau froide.

     Ayant un pressentiment une heure plus tard, il bondit hors du canapé et courut. Quand il arriva en bas des marches de l’escalier, Nadia titubait en descendant. Le temps d’arriver à ses côtés, celle-ci s’effondra dans ses bras. Ouf ! Il avait évité le pire. Qui sait, si elle était tombée, peut-être aurait-elle retrouvé la mémoire. A cette idée, il se maudit d’avoir pensé une telle chose. Et si elle s’était rompu le cou ?

     Il la déposa sur son lit et effleura de ses lèvres celles très pulpeuses de Nadia.

     - Je… Je suis désolée, Dean.

     - Ne le sois pas, ma chérie. Repose-toi, c’est ce qu’a dit le Docteur Stanton.

     - Mais…

     - Il n’y a pas de mais qui tienne. As-tu faim ?

     - Oui.

     - Reste ici, je vais chercher le petit déjeuner.

     Il revint avec un plateau garni de café et de tartines beurrées. C’est ce qu’elle aimait prendre généralement.

     - Vous ne mangez pas avec moi ?

     - J’ai déjà petit-déjeuné très tôt ce matin. Je vais juste prendre du café pour me réveiller.

     - Je me sens toute retournée.

     - Mange. Tu as besoin de reprendre des forces.

     - Merci. Vous êtes si gentil.

     - J’ai fait appel hier à une infirmière que tu connais et qui est une de tes amies. Elle s’occupera de toi quelques jours jusqu’à ce que tu te sentes mieux. Je dois partir en tournage dès que possible. On m’attend depuis un moment mais ils comprennent la situation.

     - Mais dans quoi vous travaillez ?

     - Je suis acteur de cinéma et de série télévisée.

     - Ah ?

     - Et tu pensais que je travaillais dans quoi ?

     - Je ne sais pas à vrai dire.

     Dean débarrassa le plateau qu’il posa sur le sol. Le corps de Nadia à peine dissimulé sous la chemise de nuit attisa son désir.

     Nadia paraissait l’avoir perçu. Elle toucha son bras pour qu’il tourne la tête vers elle. Le visage féminin était très près du sien, de l’ordre de quelques millimètres. Nadia l’embrassa. Tout d’abord étonné, il répondit ensuite à son baiser. Les mains de sa femme parcoururent son torse. Un gémissement presque sourd lui échappa. Que les caresses de Nadia étaient enivrantes ! Leur baiser se fit de plus en plus intense.

     Prenant compte de la réalité, Dean interrompit instantanément les merveilleux moments qu’il regretta tout de suite. Ce court instant de passion ne devait plus se reproduire. Les yeux agrandis de stupeur, Nadia le fixait béatement.

     - Je… Je… Excusez-moi, Dean. Je croyais…

     - Bien faire. Cela me redonnera du courage pour la journée car j’ai plusieurs paperasses à remplir. Etre enfermé dans un bureau ne me réjouit pas d’avance.

     Il déposa un bisou sur la joue de Nadia et prit le plateau avant de quitter la chambre.

     La fuite était la meilleure arme de protection car passer la journée aux côtés de Nadia représentait un supplice pour ses nerfs mais aussi un danger pour elle.

Los Angeles, mardi 9 janvier 2010

     Nadia s’éveilla plus en forme que jamais. Elle s’étira puis repoussa vivement la couette. La douche tiède la réveilla complètement.

     Elle s’habilla d’un short court en lin blanc et d’un débardeur noir. Un dernier coup d’œil au miroir et elle descendit dans la salle à manger. Une bonne odeur de toast grillé l’accueillit. Elle s’attendait à voir Dean car il n’était plus dans sa chambre. Mais elle se retrouva face à Samira et une parfaite étrangère.

     - Bonjour, lança-t-elle timidement.

     - Bonjour, répondirent les deux femmes.

     - Nadia, voici Stacy, la présenta Samira. C’est une de vos amies mais aussi une infirmière. C’est elle qui doit s’occuper de vous.

     Nadia prit place en face des deux jeunes femmes.

     - Où est Dean ?

     - Il est parti sur le plateau de tournage. Il reviendra ce soir, dit l’inconnue.

     - Merci.

     Nadia était déçue d’avoir manqué son mari. La veille, il s’était enfermé dans son bureau et s’était joint à elle seulement pour les repas. Malgré la télévision dans la chambre, elle s’était ennuyée. La voix de son mari lui avait terriblement manqué. Mais pourquoi avait-il mis fin à leur tendre baiser ? Elle avait été attirée par lui comme un aimant, trouvant exquises les lèvres de Dean sur les siennes.

     Elle saisit un sucre et le lâcha dans son café au lait que lui avait servi Samira. Cette dernière connaissait ses goûts dans les moindres détails.

     - Alors, tu ne te souviens absolument de rien ? demanda Stacy.

     - Rien du tout. J’essaie… mais aucun souvenir.

     - Cela reviendra, assura Stacy. As-tu envie de sortir dans la journée ? Te sens-tu la force de faire un tour dans le parc où nous sommes rencontrées ?

     - Je veux bien. Peut-être qu’en voyant certaines choses, cela débloquera quelques souvenirs.

     - On va tout faire pour. Pas vrai Samira ?

     - Mademoiselle Stacy a raison.

     Nadia avait de la chance d’avoir deux gentilles amies. Mais en avait-elle d’autres ?

     Le téléphone résonna et le majordome apporta le récepteur à Nadia.

     - Ce sont vos amies.

     Nadia sourit à cette coïncidence et prit nerveusement le combiné.

     - Allô ?

     - Salut, c’est Adeline et Devianee. Dean nous a averties pour ton amnésie mais on voulait simplement prendre de tes nouvelles même si tu ne te souviens pas de nous. Nous sommes tes meilleures amies.

     - Je vais très bien même si en effet, je ne me rappelle pas de vous. J’en suis fort désolée.

     - Ne t’inquiète pas, intervint une autre voix. L’essentiel, c’est que tu sois sortie du coma. Nous avons tous eu très peur.

     - Merci de votre sollicitude.

     - Nous essaierons de te rendre visite très bientôt car nous sommes à New York et surchargées de travail.

     - D’accord. Cela me ferait plaisir de vous rencontrer… ou de vous revoir.

     - Perds pas espoir. Tu es quelqu’un de combatif. Nous te faisons confiance, ajouta Adeline. Nous n’allons pas te retenir plus longtemps. On te fait de gros bisous. Ciao.

     - Au revoir.

     Nadia avait l’air d’avoir de super amies. Mais quand allait-elle retrouver la mémoire ?

Los Angeles, vendredi 11 janvier 2010

     - Oh mon Dieu ! Cria Stacy.

     - Que se passe-t-il ? interrogea Nadia en accourant dans le salon.

     - Je suis affreusement maladroite. J’ai fait tomber encore une fois mon téléphone et il ne marche plus.

     - Je vais te réparer cela. J’ai une pièce aménagée spécialement à… ce genre de catastrophe… Soit je retrouve peu à peu la mémoire, soit je me fais des idées, commenta Nadia stupéfaite. Mais suis-je réellement capable de te réparer cela ?

     - Oui, je crois. Tu es ingénieure en électronique. Mais je ne sais pas si cette pièce existe par contre. Dommage que Samira soit sortie. Elle aurait pu nous renseigner. Mais cherchons cette pièce mystérieuse.

     Parcourant la villa en ouvrant les portes, qu’elle ne connaissait pas encore, sans exception, Nadia commençait à désespérer à l’instant où Stacy l’interpella dans la pièce voisine. Sans perdre de secondes, elle la rejoignit et stoppa net devant la porte.

     La pièce était spacieuse et renfermait toutes sortes d’objets ultra modernes entreposés sur des tables encadrant les murs. Il n’y avait strictement rien au milieu, sûrement pour se déplacer en toute sécurité et avec plus de rapidité.

     Cette pièce était-elle aménagée rien que pour elle ?

     Elle osa enfin pénétrer dans la salle, effleurant au passage ordinateur chromé, oscilloscope, voltmètre, imprimante, autant de matériels qui lui étaient très familiers.

     - Bon, je vais m’y mettre. Si je n’arrive pas à le réparer alors je t’en achèterai un autre.

     - Ah non, il est cassé de toute manière.

     Nadia prit un des plus petits tournevis pour ouvrir la protection du téléphone. Elle visualisa l’intérieur mais ne trouva aucun défaut particulier. Elle utilisa les différents matériels pour y déceler une anomalie. Elle alluma son fer à souder et minutieusement souda ce qui lui semblait être anormal du fait qu’elle ne percevait aucune tension passer.

     Elle alluma le téléphone et l’écran s’éclaira.

     - Wouah ! Tu es un génie.

     - Merci, c’est gentil.

     Elle y était arrivée. Sa mémoire revenait-elle ? Elle n’avait pas inventé cette pièce, c’était sûr. Elle aurait tant voulu le dire à Dean mais elle ne l’avait quasiment pas vu de toute la semaine. Il rentrait tard et passait la voir quelques minutes avant de s’enfermer dans sa chambre. Etait-ce ainsi depuis qu’ils étaient mariés ? Il semblait pourtant tenir à elle…

     - Heureux de te revoir parmi nous, Dean ! s’exclama un homme qui venait de s’accouder dans un pub huppé.

     Dean inclina de la tête. Pourquoi était-il revenu ici alors qu’il voulait oublier ce tragique moment. Pete l’avait entraîné afin de ne pas être seul ce soir. Son ami avait besoin de décompresser. Et comme celui-ci buvait trop au goût de Dean, il préférait l’emmener chez lui. Lui ne buvait jamais d’alcool mais cela ne l’avait pas empêché de…

     Il secoua la tête afin de ne pas se remémorer cette soirée. Il aurait préféré être à la place de Nadia. Etre amnésique pour certaines personnes avait du bon au final. Il n’avait pas énormément vu Nadia durant ces derniers jours.

     - Si j’avais une femme comme la tienne mon cher Dean, je t’assure que le travail fini, je serais parti la rejoindre.

     - Je sais. Mais elle dort en ce moment, il est deux heures du mat.

     - Je suis cassé. Tu me ramènes chez moi.

     Dean posa quelques billets sur le comptoir.

     - Viens. Tu devrais moins boire.

     - Trouve-moi une belle femme et j’arrêterai.

     - Des promesses…

     - C’est vrai.

     Pete avait le même âge que lui. Il était un gentil garçon, très charmant, mais qui buvait un peu trop. Il lui fallait certainement une femme qui saurait le maintenir loin de tout cela.

     Ils montèrent dans la Luciano et Dean prit son temps pour déposer son ami et rentrer chez lui.

     A la villa, il vit Nadia endormie sur le canapé. Un DVD tournait dans le lecteur. Elle avait regardé un de ses films. Son beau visage laissait apparaître des traces de larme. Son film, pourtant, ne comportait aucun passage triste. Aurait-elle pleuré à cause de lui ? Il se maudit intérieurement mais un tête-à-tête avec elle ne lui aurait rien valu de bon…

     Il souleva le léger fardeau pour la mettre dans son lit douillet. Les bras de Nadia encerclèrent son cou et elle murmura :

     - Ne me quitte pas.

     Ses yeux étaient fermés. Elle devait rêver.

     - Comme j’aurais aimé entendre ces mots de la bouche de l’ancienne Nadia, dit-il en se dégageant des bras de la jeune tentatrice.

     Après un dernier regard, il gagna sa chambre pour sombrer dans un sommeil peuplé de cauchemars.

 

    

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