Chapitre 15

Chapitre XV

 

Los Angeles, vendredi 25 janvier 2010

     Le carillon de la porte d’entrée retentit.

    - Tu attends quelqu’un ? demanda Stacy à Nadia.

    - Non, pas du tout.

    Le majordome pénétra dans le salon, suivi par deux jeunes femmes habillées de tailleur-jupe. L’une était assez grande et brune, et l’autre de taille moyenne avec une superbe chevelure châtain bouclée.

    Nadia se leva pour les accueillir.

    - Salut les filles ! Tu ne nous reconnais pas ? Demanda la plus petite à Nadia.

    Nadia devina qui elles étaient. Cette voix appartenait à Adeline pour l’avoir tant entendue au téléphone ces derniers jours.

    - Adeline, affirma-t-elle.

    - Tu te souviens de moi ?

    - Non, c’est ta voix qui est semblable à travers le téléphone.

    - Ah..., fit-elle déçue.

    - Nous avons décidé, Adeline et moi, de te faire une surprise. Nous avons pris une semaine de vacances.

    - Merci les filles… Asseyez-vous.

    Nadia scruta avec attention le visage de ses deux amies sans pourtant se souvenir d’elles. Après avoir trouvé la salle d’expérimentation sophistiquée, aucun autre souvenir n’était apparu. Elle se désolait chaque jour dans ce monde inconnu. Stacy était plus une très bonne amie qu’une infirmière. Petit à petit, elle se reconstruisait une nouvelle vie… mais sans Dean. Ce dernier rentrait tard et partait tôt. Nadia le voyait que très rarement et il semblait prendre ses distances. Il prétextait avoir beaucoup de tournage en un temps record. Nadia avait plutôt le pressentiment que Dean se détachait de plus en plus d’elle.

    - Maintenant que vous êtes en chair et en os devant moi, que pouvez-vous me dire à notre sujet ?

    - Peut-on lui relater quelques traits de notre passé ? interrogea Devianee à l’adresse de Stacy.

    - Oui, mais ne rentrez pas dans les détails. C’est à Nadia de se souvenir de certaines choses.

    - Tout d’abord, commença Adeline, nous nous sommes rencontrées à l’université en France. Comme nous étions les seules filles en technique, nous nous sommes liées d’amitié instantanément.

    - Et nous sommes restées jusqu’à présent des meilleures amies, continua Devianee.

    Nadia se leva et fit les cent pas devant ses amies, les bras croisés sur sa poitrine. Les filles s’étaient tues pour lui laisser le temps de réflexion. Les yeux rivés au sol, elle resta un long moment songeuse.

    - L’université, dont vous me parlez, était-ce Ingénieur 2000 ? dit-elle d’un air de triomphe.

    - Non, pas du tout, objecta Devianee.

    Le feu qui s’était allumé dans les yeux de Nadia s’éteignit aussitôt.

    - Vous avez raison. Nous nous sommes inscrites à l’Université Paris-Descartes dite Paris V, n’est-ce pas ?

    Elle attendait la réponse comme une délivrance. Elle ne voulait pas rester dans le flou toute sa vie. Elle voulait à tout prix retrouver sa raison d’être et surtout reconquérir l’amour de son mari. Il y avait quelque chose qui n’allait plus. Elle en était sûre et certaine.

    - C’est formidable ! s’émerveilla Devianee. Te rappelles-tu autre chose ?

    - Non, mais je commence à avoir la migraine.

    - Il faut te ménager, intervint Adeline. Tes souvenirs vont revenir peu à peu. Nous allons rester avec toi toute une semaine si cela ne te dérange pas.

    - Bien sûr que non.

    Un sentiment de bien-être s’immisça en elle. Elle se sentait renaître un peu avec ce nouveau souvenir. Dommage qu’elle ne puisse pas partager ses émotions avec Dean. Au moins, elle ne se sentira pas seule avec ses amies.

    - Ah, j’oubliais, dit Adeline. J’ai trouvé ceci devant la porte.

    Son amie lui tendit une enveloppe rose. Très agréable au toucher, l’enveloppe donnait envie de l’ouvrir. Ce qu’elle fit immédiatement.

    Des lettres coupées dans un journal formaient une phrase : Votre mari vous trompe.

    Le sang afflua à son visage. Elle eut soudain très chaud.

    - Nadia, ça va ? s’inquiéta Stacy.

    Nadia réussit à sourire.

    - Je suis un peu fatiguée. Je vais monter me reposer. Désolée de vous laisser seules…

    Devianee et Adeline s’étaient levées.

    - Nous comprenons. On se verra plus tard. Cela nous permettra de nous installer dans les chambres. Nous connaissons la maison.

    Telle un automate, Nadia marcha jusqu’à sa chambre l’esprit très embrouillé. Serait-il possible que Dean ait une liaison ? Etait-ce pour cela qu’il rentrait très tard ?

    Elle froissa la feuille dans ses mains.

    Les mains derrière le dos, la femme mystérieuse n’avait pas pu voir la réaction de Nadia. Quel avait été son ressentiment en lisant la lettre ? C’était la première lettre qu’elle lui adressait depuis son amnésie. Amnésie très bien cachée à l’entourage de la princesse et au média.

    Quant à Dean, il était le plus souvent hors de la maison et évitait sa femme certainement pour se retrouver dans les bras d’une autre.

    Elle toucha le visage angélique de Dean qui était immortalisé sur papier glacé. Toute la pièce était tapissée du portrait de son amour.

    Le bras levé au ciel, elle tournoya sur elle-même. Les visages de Dean illuminaient la pièce comme des étoiles.

    Tendrement enlacés, Dean et Léa se regardèrent passionnément. Leur bouche s’approchèrent irrémédiablement l’une vers l’autre. Avant que les lèvres ne se touchent, Dean s’arracha de cette posture.

    - Excuse-moi, Léa, je ne sais pas ce qui m’a pris.

    - Moi non plus.

    - Nous sommes amis depuis de nombreuses années et nous ne pouvons pas… nous permettre de gâcher cette amitié.

    - Tu as raison… mais je t’aime !

    - Je t’aime également… et si cela ne fonctionnait pas ?

    - Au moins, nous aurons essayé…

    - Et si nous nous détestions par la suite ?

    - Eh bien tant pis… je t’aime ! cria-t-elle en se jetant à son cou.

    Dean la retint tout contre lui et l’embrassa. Il ferma les yeux et le visage de Nadia se matérialisa.

    - Coupé, c’est parfait… Passons à la scène suivante ! s’écria le réalisateur.

    -Une seconde de répit, demanda Dean. J’ai un coup de fil à passer.

    - Pause de dix minutes, accorda le réalisateur.

    Dean s’isola dans une salle afin de ne pas être dérangé. Il sélectionna le numéro de Nadia. Il voulait entendre sa voix. Il préférait être loin d’elle, loin de cette tentatrice innocente mais il ne pouvait à aucun moment l’oublier. Elle était toujours dans ses pensées. Il savait qu’il lui faisait du mal par ses absences continuelles. Mais c’était mieux ainsi…

    Plusieurs fois, il tomba sur la messagerie de Nadia. Il s’alarma et composa le numéro de la villa.

    - Villa de Monsieur McCauley, bonjour, annonça le majordome.

    - C’est Dean. Pourriez-vous me passer ma femme ?

    - Elle se repose dans sa chambre. Elle est très fatiguée… Je dois avertir Monsieur que Madame a reçu cette étrange enveloppe rose.

    Le cœur de Dean se déchira à ces mots. Ce fut d’une voix hésitante qu’il demanda :

    - L’a-t-elle ouverte ?

    - Oui. Et elle s’est enfermée dans sa chambre. Elle n’a rien dit à ses amies.

    - Quelles amies ?

    - Mesdemoiselles Adeline et Devianee sont arrivées il y a environ une heure. C’est Mademoiselle Adeline qui a trouvé l’enveloppe.

    - Je vois… J’essaie de me libérer le plus vite possible. Au revoir.

    Dean raccrocha. Son visage livide alerta le réalisateur qui le renvoya chez lui.

    - Prends du repos. Nous avons très bien avancé ces derniers jours. Tu peux être content de toi. Je continuerai avec les autres. Fais un gros bisou à Nadia de ma part, ordonna-t-il.

    Dean courut plus qu’il ne marcha. Chaque seconde comptait. Il agrippa la portière de sa décapotable et sauta par-dessus pour atterrir sur le siège conducteur. Les roues crispèrent sur le sol sec.

    Qu’avait pensé Nadia en lisant la lettre ? Qu’y avait-il d’écrit ? Pourquoi Nadia ne l’avait-elle pas contacté ? Depuis plusieurs semaines, aucune enveloppe n’était venue ternir leur vie. Tout paraissait s’être arrêté comme par magie.

    Il appuya sur l’accélérateur. L’aiguille indiquant la vitesse monta très rapidement. La voiture palpitait sous les doigts du conducteur chevronné qu’était Dean.

    Son téléphone portable sonna. Il décrocha en appuyant sur le bouton situé sur son volant.

    - Salut Dean ! Je voulais te faire la surprise en me rendant sur le plateau mais on m’a dit que tu étais parti à la maison.

    - Salut Steve. Je suis hyper pressé. Je suis sur la route. Nadia a ouvert une des fameuses lettres roses…

    - Quoi !

    - C’est Adeline qui lui a remis la lettre. Mais comme tu le sais, les filles ne sont pas au courant.

    - Bon sang ! Je me dépêche.

    - Tu ne dis rien aux filles. De mon côté, j’essaie d’arranger cela avec Nadia.

    - D’accord. A tout à l’heure.

    Dean raccrocha et se concentra de nouveau sur la route. La confrontation allait être inévitable. Qu’allait-il dire à sa femme ? Fallait-il lui avouer toute la vérité ? Il avait peur de son comportement en abordant un tel sujet. Le docteur avait ordonné de ne pas la brusquer. Chaque chose en son temps. Il devait d’abord s’occuper de la lettre.

    Le calmant ne lui faisait aucun effet. La tête de Nadia bouillonnait. Des questions, toujours des questions dont elle ne trouvait aucune réponse. Son crâne paraissait sur le point d’exploser. Même si elle retrouvait quelques bribes de mémoire, elle ne connaissait pas les intentions de Dean à son égard. Très distant physiquement, il l’appelait très souvent pour prendre de ses nouvelles.

    Quand elle dormait, elle sentait par moment une présence dans la chambre, une main se poser sur son visage ou sur ses cheveux. Mais une fois les yeux ouverts, elle s’apercevait qu’elle était seule. Etait-ce sa conscience qui lui jouait de mauvais tours ? Elle aurait tant souhaité que Dean soit à ses côtés.

    Sa présence masculine imposait plus que toute autre personne dans la villa. Elle était si gauche près de lui et bégayait de temps à autre.

    Depuis quand Dean avait une maîtresse ?

    Dans son lit, elle se retourna, pour la énième fois, sur le côté. Elle ne gardait jamais la même position plus de dix minutes. Elle aurait tant voulu dormir pour ne plus penser à cette lettre, à présent en boule, et qu’elle gardait toujours dans sa main. Une explication devait être fournie par le principal intéressé mais comment lui annoncer cela ?

    La porte s’ouvrit à grande volée. Par-dessus son épaule, elle vit l’intimidant Dean. Il était encore plus beau que dans ses souvenirs. Les yeux bleu clair de son mari flamboyaient d’un feu ardent.

    Il referma calmement la porte et vint s’asseoir sur le lit. Il lui prit les mains.

    - Nadia, ma chérie, comment te sens-tu ?

    Nadia déglutit avec peine. Rien ne put sortir de sa bouche. Toutes les phrases qu’elle avait dans la tête restèrent coincées devant son mari. Elle était en colère contre lui, pour ses absences.

    - On m’a dit que t’avais reçu une lettre. Où est-elle ?

    Nadia desserra le poing. La boulette se posa sur le creux de la main de Dean. Le bruit du papier froissé lui fit monter les larmes aux yeux. Quel prétexte Dean allait-il lui donner ? Chercherait-il à nier ou bien lui avouerait-il son infidélité ?

    - Mais c’est totalement faux ! Quel ignoble personnage ! s’écria-t-il.

    Dean déchira la feuille en plusieurs morceaux qu’il jeta à la poubelle. Il s’agenouilla en face d’elle et lui toucha la joue striée de larmes.

    - Nadia, je te jure que c’est un mensonge. Celui qui m’envoie ce genre de courrier est un malade mental. Depuis notre mariage, il essaye de nous diviser.

    Que pouvait-elle répondre ? Elle ne savait pas qui des deux mentait. Le doute était en elle et il ne serait pas facile de s’en défaire.

    - Nadia, dis quelque chose… Je t’aime…

    - Si tu m’aimes, pourquoi me laisses-tu souvent seule ? put-elle enfin répliquer rageusement. Pourquoi n’es-tu jamais à la maison ?

    - C’est… c’est pour te protéger.

    - Me protéger de quoi ?

    Nadia se leva à demi sur son lit.

    - De moi, réussit-il à avouer.

    - Pourquoi ?

    - Tu es trop chère à mes yeux pour que je puisse te reperdre à nouveau.

    - Je ne comprends plus.

    Dean se leva et s’éloigna. Il contempla le jardin à travers la fenêtre. Les feuilles du grand chêne frémirent au passage du vent.

    Nadia ne savait plus où donner de la tête. Elle sentait que Dean cachait un secret. Mais lequel ? Il ne lui disait pas toute la vérité.

    Nadia posa les pieds sur la douce moquette. Elle reposa sa joue contre le dos de son mari et entoura de ses bras, son torse musclé. Elle le sentit se raidir.

    - Voilà de quoi j’ai peur. J’ai peur de te toucher…

    - Mais je n’ai qu’un traumatisme crâ…

    - L’histoire est malheureusement plus compliquée que tu ne le crois.

    - Explique-moi. Ne me laisse pas dans le néant. Je suis prête à tout entendre. Si tu as une maîtresse, je ne te retiendrais pas…

    Dean se retourna et la prit dans ses bras. Il caressa les cheveux de Nadia comme dans son sommeil et lui baisa la tête.

    - Je t’aime vraiment Nadia. Je n’ai aucune maîtresse. Mais je redoute tes sentiments.

    - Je t’aime. Tu ne dois pas en douter. Nous nous sommes mariés parce qu’on s’aimait…

    - Ma chérie, tu ne connais pas notre histoire…

    Le visage de Dean reflétait une grande tristesse.

    - Dis-le-moi.

    Dean lui prit la main et grimpa sur le lit. Il la positionna tout contre lui. Elle se laissa aller contre son torse.

    D’une oreille attentive, elle écouta le récit de leur histoire. Leur amitié depuis leur tendre enfance, leur séparation puis leurs retrouvailles et pour finir, leur mariage arrangé pour sauver son honneur.

    - Tu comprends pourquoi je m’éloignais de toi. La mémoire retrouvée, je ne voudrais pas que tu me haïsses pour t’avoir menti.

    - Et tu m’aimes ?

    - Plus que tout.

    - Moi aussi je t’aime, Dean. Ne pouvons-nous pas vivre une histoire formidable ?

    Dean resserra son étreinte.

    - Je ne sais pas. Je préfère la Nadia de maintenant. Moins froide et qui révèle ses sentiments. Mais…

    Nadia quitta les bras de Dean pour lui faire face. Il était si beau. Il ressemblait à un ange ténébreux. Comment la Nadia d’avant avait pu lui résister ? Etait-elle amoureuse de lui bien avant son amnésie ?

    - Je t’aime, Dean. Vivons une belle histoire d’amour.

    - Mais…

    Elle ne lui laissa pas le temps de finir. Elle prit avec avidité les lèvres de son mari et son corps toucha l’acier de muscle qu’était Dean. Les mots moururent dans la gorge de ce dernier. Il encercla de ses bras le corps de Nadia pour la presser un peu plus contre lui. Il bascula complètement sur le lit et ils se retrouvèrent en position allongée.

    Les mains de Nadia explorèrent la tête, les joues, le cou de Dean. Elle aimait cette sensation, elle aimait ce pouvoir qu’elle avait sur lui. Il ne résistait pas, comme il lui avait dit, à son toucher. Le meilleur moyen de lui faire comprendre ses sentiments était de le mettre sur le fait accompli.

    N’étaient-ils pas mariés ?

    Nadia se mit à califourchon sur Dean. Le visage de son mari était transformé. Il était encore plus beau qu’il n’était possible de l’être.

    - Nadia…

    - Chut. Ne dis rien…

    Nadia enleva son chemisier blanc. Elle était à demi nue. Elle attrapa les mains de Dean qu’elle posa sur la rondeur de ses seins.

    - On ne pourra plus faire machine arrière, tu le sais ?

    - Tout ce que je sais, c’est que je t’aime. Reste avec moi.

    Dean l’attira sur lui pour lui reprendre ses lèvres.

    - Je t’aime, je t’aime, susurra-t-il.

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Commentaires (1)

1. Roxanne 19/05/2011

J'ai bien hâte de lire la suite !

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