Chapitre 19

Chapitre XIX

 

Algérie, Mercredi 13 février 2010

      La tête de Nadia sur ses genoux, Samira caressa les cheveux de la princesse. Cette dernière s’était effondrée dans ses bras à son retour des studios et lui avait tout raconté. Décidée à protéger son amie, Samira ne voyait qu’une solution : il fallait à tout prix l’éloigner de son mari volage.

      - Nadia, il faut manger un peu. Vos parents vont vous attendre.

      - Je sais, mais je n’ai pas du tout faim.

      - Je comprends… Mais courage. Levez-vous. Moi, j’ai une faim de loup.

      Samira vit un sourire s’ébaucher sur le visage triste de Nadia.

      - Il faut sécher vos larmes. Maquillez-vous un peu pendant que je cherche de nouvelles chaussures, celles-ci me font mal. En plus, si je vous accompagne pour manger, il faut que je mette ma plus belle tenue. D’accord ?

      - Merci, Samira.

      Samira déposa un baiser sur le front de Nadia avant de s’éclipser.

      Le miroir de son immense chambre lui renvoyait l’image d’une jeune femme aux traits fatigués. Elle n’avait pas beaucoup dormi la veille songeant avec tristesse aux problèmes que la princesse rencontrait avec son mari. Elle avait toujours pensé que du bien de Dean McCauley. Il montrait toujours son bon côté. Mais l’histoire que lui avait racontée Nadia dépassait les limites du respect.

      Elle chercha une nouvelle robe pour le déjeuner dans la penderie. Après une bonne douche rapide, elle s’habilla. Pour mettre son voile, elle revint vers le grand miroir. Elle déplia son voile de satin avec délicatesse. C’était un cadeau que Nadia lui avait offert pour l’occasion de la grande fête de l’Aïd.

      Elle fit virevolter son voile derrière sa tête et s’arrêta, les yeux agrandis.

      - Que… Que fais-tu ici ? Comment es-tu arrivée jusque-là ? demanda-t-elle en s’adressant au miroir qui lui dévoilait un autre visage identique au sien mais déformé par la haine.

      - Je passe inaperçue. N’oublie pas que je suis une partie de toi…

      Samira n’osait pas se retourner.

      - Mais comment t’es-tu échappée ?

      Le visage familier éclata d’un rire hystérique.

      - Ce n’est pas une prison, tu sais. Un moment d’inattention et je suis sortie par la grande porte en me faisant passer pour toi.

      - Tu es malade…

      - Oui, peut-être. Mais je vais prendre le dessus sur toi maintenant. Je vais te remplacer une bonne fois pour toutes. Et Dean sera enfin à moi !

      - Mais… je ne comprends pas. Pourquoi Dean.

      - Je l’ai toujours aimé, même toi, tu ne le savais pas.

      Samira tomba de haut. Elle était maléfique.

      Elle se dégagea du miroir pour faire face à son double.

      - Est-ce toi qui as tout manigancé ? Etait-ce toi l’auteur des lettres ?

      - Tu as tout deviné. Stacy n’était pour rien. J’ai décoré sa chambre de photos de mon prince charmant. Il fallait que j’éloigne Stacy de Nadia afin qu’on devienne de très bonnes amies. Et tu vois, cela a marché.

      - Tu es folle. Penses-tu que je te laisserai faire ?

      - Tu ne seras plus de ce monde…

      - Co… Comment ?

      Samira, prise de peur, courut jusqu’à la porte. Elle n’atteignit pas la sortie car elle s’écroula sur le sol, les yeux se voilant de noir. Sa dernière pensée fut pour Nadia.

      Farah se releva. Elle revint vers le miroir et finit par remettre le voile sur sa tête. Dans peu de temps, elle allait mettre hors circuit la belle Nadia et Dean viendrait à son tour dans ses bras.

      Avant de sortir de la chambre, elle éclata d’un rire démoniaque. Elle n’avait jamais été aussi proche du but. Samira avait toujours été une enfant sage et timide, tout le contraire d’elle. Leur différence de caractère s’était accentuée en grandissant d’année en année.

      Elle planta ses mains sur ses tempes. Ces dernières lui faisaient affreusement mal. Elle n’avait pas pris ses médicaments.

      Les morceaux de carottes accompagnant la fine semoule du couscous atterrirent sur la nappe blanche. Les mains de Nadia tremblaient sans qu’elle ne puisse y remédier. Elle essaya de ramasser sa maladresse mais ne fit que tacher de plus en plus la nappe coûteuse. Elle s’en voulut énormément lorsque sa mère intervint.

      - Ma chérie, ce n’est pas grave. Mange ton couscous. Tu m’as l’air très fatiguée.

      - Je… Je suis effectivement fatiguée.

      - Tu es sûre que tout va bien ?

      Son père lui jeta un regard empreint d’interrogation. Ses parents étaient-ils au courant de leur rupture ? Ou bien pressentaient-ils que quelque chose d’anormal se tramait.

      - Tout va bien, maman.

      - As-tu eu Dean au téléphone ? demanda son père.

      - Non, il doit être sur le plateau de tournage. Il est assez pris ces derniers temps, répliqua-t-elle amèrement.

      Elle revoyait la scène en boucle. Elle aurait souhaité effacer cela de sa mémoire et oublier l’homme qu’elle aimait.

      Nadia était épuisée physiquement et moralement. De plus en plus de souvenirs refaisaient surface. Le traumatisme visuel de la veille avait joué un rôle très déclencheur. Elle n’avait pas besoin de réfléchir pour que les images et le son fassent leur apparition. C’est ainsi qu’elle se souvint que Dean avait demandé le divorce bien avant qu’elle ne perde la mémoire. Dean avait joué tout simplement le rôle de mari afin de la soustraire à un chantage des plus odieux de la femme mystère.

      Ce n’était pas Dean qui l’avait séduite durant sa convalescence, c’était elle ! Ne ressentant aucun amour pour elle, il s’était efforcé à plusieurs reprises de s’éloigner d’elle. Mais l’attirance physique avait eu raison de lui. Un être humain n’était pas obligé d’être amoureux d’un autre pour avoir des relations intimes. Et Dean était un homme à femmes. Beau comme un ange et mystérieux, tous les ingrédients étaient réunis pour que les femmes lui tombent dans les bras.

      Elle n’avait aucune haine envers Dean mais du dégoût pour ce qu’il avait osé faire. Elle aurait préféré qu’il soit honnête avec elle, qu’il lui explique la situation. Elle aurait fait son choix par la suite. Aurait-elle résisté à ce mâle ténébreux ? Se serait-elle risquée à le perdre d’un jour à l’autre sachant qu’aucun amour n’était possible entre eux ? Au moins aurait-elle su d’avance que rien n’était gagné et qu’il lui était interdit de tomber amoureuse de ce Don Juan.

      - Ma chérie, tu devrais monter te reposer. Tu ne touches pas vraiment à ton assiette. Après une bonne sieste, l’appétit reviendra.

      - Merci, mère.

      Nadia quitta la table avec la gentille et douce Samira. Elle avait toujours été là, près d’elle, discrète à tout instant.

      - Vous êtes toute pâle, un bon repos vous fera beaucoup de bien en effet.

      - J’ai l’impression d’être une âme sans vie. Tu dois me prendre pour une folle qui ne peut pas vivre sans son mari. Je le pensais très différent des autres et surtout d’Ali.

      - Vous vous souvenez de lui ?

      - Oui, pas vraiment tout, mais je sais qu’il avait été important pour moi et qu’il m’a trahie. Il était déjà marié et il me faisait miroiter un amour éternel comme toutes les jeunes filles peuvent rêver.

      - Ne vous tracassez plus, tout va s’arranger et finir par une belle histoire d’amour, je vous en fais la promesse.

      Nadia sentit une onde parcourir son dos. La voix mielleuse de Samira avait pris une teinte plus grave presque démente. Son cerveau lui jouait certainement encore des tours.

      Samira l’aida à lui retirer ses vêtements pour lui passer un déshabillé de satin. Elle ramena drap, couverture et coussin vers le bas du lit car il faisait très chaud en ce début d’après-midi.

      - A présent, il faut dormir. Prenez un peu d’eau pour vous hydrater et ce calmant, dit-elle en lui tendant un petit comprimé.

      - Merci Samira, mais tu sais bien que je n’ai plus envie de prendre ce genre de substance.

      - Il le faut pour vous reposer un peu et ne pas inquiéter vos parents, n’est-ce pas ?

      Samira pouvait être très convaincante.

      Nadia prit avec une légère hésitation le comprimé qu’elle avala avec l’aide de l’eau.

      Avant de sombrer, elle vit un affreux rictus sur le visage de sa femme de chambre.

      - A nous deux…

      Dean soupirait sans cesse, accélérant la voiture de location quand la route le permettait. A ses côtés, Nora Davidson se tenait calmement, le visage impassible ne trahissant aucune marque d’anxiété malgré le bringuebalement dans l’habitacle. Il avait beau appeler au palais ou sur le téléphone personnel de Nadia mais personne ne prenait la communication. Cela en devenait stressant et effrayant et les révélations fournies par l’agent Davidson ne permettaient aucunement un apaisement. Les secondes que Nadia passait loin de lui étaient de plus en plus comptées. Sa femme était en danger.

      Il contourna et dépassa prudemment un enfant perché sur son âne. Généralement, quand il le pouvait, il s’arrêtait pour discuter avec la population. Mais pas aujourd’hui. Il était vraiment pressé.

      Dean maîtrisait mal sa respiration. Il manquait d’air. La peur dans le ventre, il n’osait songer à l’irréparable. Il en voulut à la femme près de lui d’être arrivée après le départ de Nadia. Il savait pertinemment qu’elle avait fait de son mieux.

      Quand enfin il aperçut le palais, il sentit un espoir naître.

      « Il n’est pas trop tard », se persuada-t-il intérieurement.

       Nadia était bien protégée dans le palais. Elle ne risquait rien à l’intérieur avec tous les gardes.

      Les portes du palais s’ouvrirent lorsqu’on le reconnut. Il stationna en plein milieu de la cour et se précipita avec Nora vers l’entrée principale. Ils interceptèrent une domestique.

      - Où est Nadia ?

      - Bonjour Monsieur McCauley. Votre femme est avec ses parents dans la salle à manger.

      - Merci, répondit-il en s’éloignant toujours en courant.

      Ils traversèrent le long couloir et entrèrent comme deux furies dans la pièce. Seuls les parents de Nadia étaient présents.

      Le roi posa sa fourchette, les yeux déconcertés par leur brusque apparition.

      - Mais…

      - Beau-papa, je n’ai pas le temps de m’expliquer. Où est Nadia ?

      - Dans sa chambre. Elle se repose…

      Dean tourna immédiatement les talons, accompagné de Nora Davidson.

      Ils ne virent pas le roi se lever et les suivre, intrigué par la venue de l’agent Davidson.

      Alors qu’il allait ouvrir la porte, Nora Davidson l’en empêcha.

      - Nous devons prendre des précautions. Nous ne savons pas si elle est avec elle.

      Nora appuya doucement sur la poignée tout en sortant l’arme cachée sous sa légère veste en toile.

      La porte entrouverte, aucun son n’en sortit. Tout paraissait calme. Elle poussa la porte braquant son arme.

      Les épaules de Dean s’affaissèrent.

      L’engourdissement des bras de Nadia lui imposait de se trouver une meilleure position. Elle voulut passer un bras sous le coussin mais celui-ci était bloqué. Elle renouvela l’opération sans grand succès. Elle ouvrit les yeux en grand. Que lui arrivait-il ? Ses bras étaient liés dans son dos. Elle regarda autour d’elle sans reconnaître sa chambre. Beaucoup moins luxueuse, en bois de merisier, la chambre austère lui donna des frémissements qu’elle n’aurait pas eus si elle avait été libre de ses mouvements. Elle se risqua à se lever mais ses jambes également ligotées au pied du lit firent obstacle.

      Mais que se passait-il ?

      L’angoisse la submergea aussitôt. Elle se souvenait s’être assoupie dans sa chambre.

      Mais où était Samira ?

      Comme si elle avait entendu son appel muet, celle-ci rentra dans la chambre.

      - Samira, enfin, détache-moi s’il te plaît.

      Sans sourciller, Samira s’avança vers la table de chevet.

      - Samira, que fais-tu ?

      La jeune femme se tourna vers elle, les yeux injectés de sang. Le visage généralement si serein de Samira n’était qu’une face complètement fantomatique.

      - Je suis Farah. Samira n’existe plus ! cracha-t-elle avec animosité.

      - Mais que racontes-tu, Samira ?

      - Farah, compris ?

      La voix grave s’était à nouveau fait entendre.

      Samira était-elle devenue folle ou avait-elle une double personnalité ? Il fallait entrer dans son jeu.

      - Farah… Pourquoi suis-je attachée ?

      - Je suis désolée pour cette position incommodante mais il n’y en a plus pour longtemps.

      - Que veux-tu dire ?

      - Il faut que je te tue pour que Dean puisse m’appartenir.

      - Mais c’est fini entre nous. Il m’a trompée.

      Un sourire en coin s’accentua sur le visage méphistophélique.

      - Dean n’a jamais trompé quiconque. Il est la fidélité même.

      Nadia bougea car ses bras la gênaient. Pendant que Farah s’affairait à chercher quelque chose dans le tiroir.

      - Mais j’ai vu cette femme dans les bras de Dean, hier !

      - Il doit avoir une bonne excuse. J’étais comme son ombre depuis plusieurs années sans oser l’approcher. Il avait eu beaucoup de femmes dans sa vie mais il sortait qu’avec une seule à chaque fois. Et depuis que vous êtes réapparue dans sa vie, il n’avait d’yeux que pour vous. J’ai voulu vous éloigner de lui en exposant les photos de vous et d’Ali. Mais je ne me suis pas douté qu’il était marié. Au lieu de vous séparer, je vous ai fait rapprocher. Pire, vous vous êtes mariés. J’ai eu beau mentir dans les lettres sur ses soi-disant infidélités mais vous étiez encore plus amoureuse que jamais.

      - Donc il reste un espoir, murmura-t-elle pour elle-même.

      - Non, vous allez mourir aujourd’hui.

      - Mais Sa… Farah, rectifia-t-elle, vous pouvez très bien le séduire sans forcément en arriver à l’extrême.

      Farah tapa rageusement du poing sur la table de chevet.

      - Vous me prenez pour une idiote ! Tant que vous serez en vie, je ne ferais pas le poids.

      - Mais si vous me tuez, ils vont chercher le meurtrier.

      - Ils ne retrouveront pas le corps. Ils penseront que vous vous êtes enfuie simplement.

      Nadia agitait doucement ses mains s’efforçant à défaire les liens trop serrés. Ses poignets commençaient à chauffer.

      Farah trouva enfin un rouleau de scotch. Elle en déroula un morceau dans un bruit sec et le coupa avec ses dents. Nadia se tortillait pour éviter tout contact de sa bouche avec le bout de scotch. Elle ne fit qu’accroître la colère de sa geôlière qui lui assena un coup sur la tempe.

      Bien que ses yeux devinrent flous, elle entrevit une porte s’ouvrir. Ses yeux s’écarquillèrent. Elle voyait double à présent.

      La vraie Samira sortait d’une pièce en vacillant. Elle mit son doigt devant sa bouche en signe de silence. Une rose des sables dans une main, elle s’avança vers Farah. Son bras se leva, prêt à lui asséner un coup. Mais Farah sentant une étrange présence se retourna et attrapa le bras vengeur.

      - Je croyais t’avoir tuée, grande sueur. Tu as perdu tellement de sang. Je vais m’occuper de toi définitivement.

      - Arrête Farah, je t’en supplie. Tu ne sais pas ce que tu fais. Retournons à l’hôpital.

      - Jamais ! Plus jamais je ne rentrerai là-bas.

      Un petit couteau émergea de la poche de son saroual. Une lumière glaciale émanait de la lame. Samira ne voyait pas cela. Nadia se tortillait et indiquait de ses yeux l’arme à sa femme de chambre. Mais le bras de Farah partit en arrière puis en avant pour finalement enfoncer le couteau sur le flanc de sa sœur. Un, deux puis trois coups assourdissants.

      Les larmes voilèrent les yeux de Nadia puis coulèrent en même temps que le corps de Samira tombait sur le sol. Elle pleurait pour la jeune femme à terre et pour ce qui aurait pu être sa dernière chance de liberté.

      - A ton tour ! dit Farah en braquant ses prunelles machiavéliques dans sa direction.

      Dean poussa rageusement la porte de la chambre de Samira pendant que Nora braquait son arme vers la jeune femme.

      - Les mains en l’air !

      Farah hésita à abaisser le couteau jusqu’à ce qu’elle aperçoive Dean légèrement caché par l’agent du F.B.I. Le couteau fit un bruit métallique en touchant le carrelage.

      - Mon amour, ce n’est pas ce que tu crois ! Ces femmes ne te veulent que du mal. Moi, je saurais te protéger.

      Elle se précipita vers lui mais Nora la bloqua et finit par lui passer les menottes.

      - Vous êtes en état d’arrestation, Mademoiselle.

      Dean vit le corps de Samira gisant au sol.

      - Beau-papa, pouvez-vous vous occuper de Samira et voir si elle est encore en vie pendant que je m’occupe de ma femme.

      - Allez-y.

      Le roi se pencha sur Samira et chercha son pouls. Il n’était pas doué pour ce genre de circonstances.

      Dean commença par enlever le scotch sur la bouche de sa femme puis défit les liens des mains et finit par les pieds. Il prit dans ses bras une Nadia complètement déboussolée.

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