Chapitre 4

Chapitre IV

 

Village Iadnanene (Algérie), vendredi 14 août 2009

     Dean pénétra dans le salon, suivant Abdel-Hamid et Reyes. Un homme et une femme étaient assis sur le canapé. Il reconnut immédiatement Nadia. Elle portait la robe jaune de tradition kabyle qu’il lui avait offerte lorsqu’elle avait seize ans. Il semblait la retrouver telle qu’il l’avait laissée. Elle n’avait pas du tout changé.

    Dean voulut rire et pleurer. Pendant un moment, il n’avait cessé de se demander si la personne qu’il avait rencontrée à Paris était la princesse.

    La déception pouvait se lire sur son visage car il aurait souhaité que les deux femmes ne fassent qu’une seule et même personne. La Nadia de Paris paraissait avoir laissé en lui une empreinte qui ne disparaîtrait pas tout de suite.

    Face à lui, Nadia avait les yeux grands ouverts. Elle était surprise. Elle ne s’attendait pas à le voir. Seul le roi devait être au courant. Que pensait Nadia ?

    Dans très peu de temps, il saura pourquoi Nadia avait gardé le silence.

    - Bonsoir, commença par dire Abdel-Hamid. Qu’est-ce…

    Nadia se leva rapidement et interrompit son frère.

    - Hello… je vous présente Kaïs. Il est venu nous rendre visite.

    - Mais que fais-tu…

    Nadia s’était approchée de son frère. Elle lui prit le bras.

    - Vous arrivez à temps. Kaïs commençait à s’ennuyer. Et moi, je tombe de sommeil… Bonsoir Dean, le salua-t-elle sèchement en passant devant lui.

    Dean ne s’attendait pas à des retrouvailles de ce genre. Les yeux froids de Nadia le laissaient pantois. Cela s’annonçait plus dur qu’il ne le pensait.

    - Bonsoir Nadia, répondit-il.

    Avant de refermer la porte du salon, Nadia salua le prince de la main.

    Dean ne l’avait pas reconnue. Pourquoi accompagnait-il ses frères ? Pourquoi ne l’avait-on pas tenue informée de sa visite ? Pourquoi revenait-il après tant d’années ? Elle était furieuse contre lui. Quelle excuse allait-il lui fournir pour ce long silence ?

    Nadia longea le couloir d’un pas rapide. Ses poings étaient fermés. Quel tour lui jouait-on ? Pourquoi son père ne lui avait rien dit ?

    Elle souleva légèrement sa robe et monta les marches de l’escalier qui se trouvait en plein milieu du couloir côté gauche. C’était l’un des escaliers qui l’emmenaient au premier étage où se trouvaient ses appartements. Elle ouvrit la porte et la claqua sous la colère.

    Nadia prit place devant sa coiffeuse et entreprit de se démaquiller. Elle avait fait tout cela pour rien puisque le prince ne s’intéressait pas à elle. Kaïs était vraiment charmant… pas comme Dean.

    Dean…

    Elle avait pratiquement fini par l’oublier même si elle le voyait sur des affiches de cinéma ou à la télévision. Le revoir avait fait ressurgir des souvenirs qu’elle avait enfouis dans sa mémoire.

    Nadia ouvrit la porte-fenêtre et sortit au dehors pour prendre l’air. Elle s’accouda au balcon et ses yeux rivèrent au loin. Tous les villages environnants étaient inondés de lumière et les étoiles clairsemaient le ciel. Nadia aimait s’y attarder le soir afin de profiter de cette vue magnifique.

    Un chien aboya aussitôt, suivi par d’autres.

    Nadia songea à Ali. Elle n’avait pas beaucoup pensé à lui aujourd’hui. Dean et Kaïs en étaient la raison.

    Elle imagina, comme à chaque fois, qu’Ali déjouerait la vigilance des gardes pour arriver jusque sous sa fenêtre. Il s’agenouillerait, un bouquet de roses rouges à la main, ses fleurs préférées, et lui demanderait de l’épouser. Mais tout cela n’était qu’un rêve. Jamais Ali n’en aurait le courage, alors que Dean…

    Nadia frappa rageusement le sol du pied. Toutes ses pensées revenaient constamment vers Dean.

    Et pourquoi Dean arriverait-il là où Ali ne pourrait pas ? Parce qu’il était acteur de cinéma et qu’il jouait les rôles de super héros ? Il fallait bien se l’avouer que ce n’était pas pour cela. Dean avait toujours été un rebelle. Il n’avait jamais peur de rien.

    Lorsque Nadia rentra dans sa chambre, une personne arriva sur le balcon voisin de droite.

    Dean appuya ses coudes sur la balustrade, joignit ses mains et posa son menton sur celles-ci en signe de méditation. Il admira les milliers d’étoiles et inspira doucement, mais à grandes bouffées, l’air pur.

    Jamais il n’aurait pensé revenir en Algérie après de si longues années. Mais deux semaines auparavant, il avait reçu un appel du roi. Dans quelle surprise il avait été quand il avait reconnu cette voix familière. Le roi l’avait invité pour la fête d’anniversaire qu’il donnait à l’occasion des vingt-cinq ans de sa fille Nadia. Dean avait refusé dans un premier temps. Mais le roi, à force d’arguments persuasifs, était arrivé à ses fins.

    Qu’avait-il bien pu se passer pour que Nadia et lui ne se parlent plus ? Lui, il avait toujours été égal à lui-même, mais qu’en était-il de Nadia ?

    Leur première rencontre après tant d’années d’absence avait été glaciale. Pendant un court instant, il avait cru se retrouver face à la Nadia qu’il avait rencontrée à Paris. Des éclairs semblaient sortir de ses yeux tant sa fureur paraissait grande.

    Son regard se porta sur le balcon de gauche. Aucune lumière ne filtrait de la chambre de Nadia. Celle-ci devait certainement dormir. Demain, il aura l’occasion de s’entretenir ave elle. Et si cela ne se passait pas bien, il prendrait le premier avion et repartirait en Amérique et effacerait à jamais la princesse de sa vie.

    Pourtant, c’était dans cette chambre qu’il avait vu Nadia pour la première fois. Elle n’avait que quelques jours. Il avait quatre ans et il s’en rappelait bizarrement.

    Il se souvenait s’être approché du berceau blanc où des tissus de satin de même couleur retombaient de chaque côté. Cela donnait une dimension féerique car l’étoffe scintillait de mille feux. En effet, la lumière baignait dans toute la chambre conférant ainsi à la pièce un émerveillement où se confondaient magie et rêve.

    Sa maman l’avait porté jusqu’au berceau. Il l’avait contemplée et s’était penché pour la toucher. Nadia dormait à poings fermés. Cependant, sentant certainement une présence autour d’elle, elle avait ouvert les yeux. Son visage s’était illuminé et elle avait tendu ses petits bras. Dean avait également approché sa main. Nadia avait attrapé son index avec tellement de force pour son âge qu’il en avait été surpris. Depuis ce jour, il avait décidé de la protéger.

    Ils avaient donc grandi ensemble sous les yeux attendris de sa mère. Quelques années plus tard, cette dernière avait perdu la vie dans un accident de bus. Il n’avait jamais connu son père car celui-ci était parti sans donner d’explication.

    La mystérieuse femme longeait les murs sombres du palais. Le village était très calme. Tout le monde semblait s’être endormi.

    Elle aperçut la princesse sur le balcon avant que Dean ne fasse irruption à son tour quelques minutes plus tard. Enfin, elle avait trouvé la chambre où il dormait. Elle pourrait le surveiller à loisir sans se faire remarquer de quiconque. De plus, elle était vêtue de noir et avait mis un voile afin qu’on ne la reconnaisse pas.

    Lorsque Dean rentra dans la suite, il vit une enveloppe rose sur le sol devant la porte d’entrée. Celle-ci n’y était pas tout à l’heure. Il la ramassa. C’était encore une de ces lettres qu’il avait déjà reçues chez lui. Comment diable cette enveloppe était-elle arrivée jusqu’ici ?

    Il ouvrit la porte et aperçut dans le couloir Samira qui se dirigeait vers lui.

    - Bonsoir Monsieur McCauley. Nous sommes heureux de vous revoir parmi nous, lui dit-elle. Puis-je vous être utile ?

    - Avez-vous vu quelqu’un dans ce couloir ?

    - Heu… Oui. Une femme voilée. Je ne sais pas qui c’est par contre. Pourquoi ?

    - Pour rien, merci.

    - Si vous avez besoin de quelque chose, n’hésitez pas à m’en faire part. Je vais rejoindre Nadia. Bonne nuit.

    - Merci, Samira.

    Dean referma derrière lui. Qui pouvait bien être cette femme qui le menaçait depuis deux semaines environ ? Elle disait l’aimer plus que tout au monde et ne voulait pas de sa présence en Algérie. Mais pourquoi ?

Village Iadnanene (Algérie), samedi 15 août 2009

    Le lendemain matin, Nadia pénétra dans la salle à manger. Seule sa mère était assise à table.

    - Bonjour maman ! s’exclama Nadia en l’embrassant.

    - Bonjour Nadia, as-tu bien dormi ? demanda-t-elle.

    - Très bien, merci, mentit-elle.

    - Je n’ai pas l’impression. Tu as les yeux cernés et une mine affreuse.

    En effet, sa mère avait raison. Cette nuit, elle n’avait pratiquement pas fermé l’œil. Elle repensait à Dean qui se trouvait juste à quelques pas de sa chambre. On l’avait prévenue qu’un invité dormirait dans la chambre voisine sans lui donner son identité.

    Elle n’avait cessé de se demander la raison de sa présence. Quel était le but de sa visite ? Cela l’horripilait de le savoir en Algérie et, de surcroît, chez elle. Elle n’avait pas arrêté de se tourner et retourner dans son lit.

    Il avait suffi qu’il fasse une réapparition et tous ses doutes et questions étaient de retour.

    - C’est à cause de la chaleur, renchérit-elle.

    Nadia prit la carafe et se servit une tasse de café bien chaud sous le regard méfiant de sa mère. Mais cette dernière ne dit rien à ce propos.

    - Comment s’est passée ton entrevue avec le prince ? Il n’a pas dû te courtiser. Ton père était affreusement en colère par le tour que tu as orchestré. Mais savais-tu que le prince se doutait de ton subterfuge ? Il a vu…

    - Ma photo, compléta Nadia.

    - Il te l’a dit ?

    - Oui. Mais même s’il est célibataire, il recherche quelqu’un qu’il aimera. Il est venu car son père lui a demandé de le faire. Son choix était déjà fait. Bon, tu n’en parles pas à papa.

    - Je ne dirai rien du tout comme d’habitude. As-tu vu Dean ?

    Comment sa mère était au courant ? Pourquoi ne l’avait-elle pas prévenue de cette visite ? Elles se disaient quasiment tout pourtant.

    - Oui, hier au soir.

    - Ton père voulait te faire une surprise pour tes vingt-cinq ans.

    Nadia ne trouvait pas les mots pour répondre à sa mère.

    - Au fait, les hommes ne sont pas là pour le petit-déjeuner. Ils font la grâce matinée ?

    - Ils se sont couchés bien tard, rétorqua Nadia.

    - Ou ils n’osent pas descendre certainement. Tu veux bien les avertir ?

    - Je dois partir maman. Mais demande à quelqu’un d’autre.

    - S’il te plaît, Nadia. Cela leur fera plaisir.

    Nadia se leva.

    - Ok, mais ensuite je pars directement voir Sabrina.

    - D’accord et tu passeras le bonjour à toute sa famille. Apporte-leur un panier de notre part.

    Nadia acquiesça de la tête avant de partir.

    Alors qu’elle se trouvait dans le couloir, elle tomba nez à nez sur le prince Kaïs.

    - Bonjour, Nadia. Une bonne fée serait-elle apparue cette nuit pour vous transformer en la plus charmante des princesses ?

    Nadia ne put retenir son rire. Kaïs était un homme extrêmement amusant.

    - Bonjour. En effet, elle avait eu pitié de moi… Avez-vous passé une bonne nuit ?

    - Oui, merci. Et vous ?

    - On peut dire… Le déjeuner vous attend. Mon père ne devrait pas tarder. Je dois partir. On se voit tout à l’heure avant votre départ ?

    - Oui, belle demoiselle.

    Nadia partit sous le regard intense de Kaïs mais ne s’en rendit pas compte.

    Elle monta les marches, passa devant sa chambre et hésita quelques secondes avant de cogner à la porte de Dean.

    Après avoir frappé trois coups, elle attendit. Rien ne se passa. Elle toqua de nouveau, mais un peu plus fort. Dean ne répondait pas. Il était peut-être sorti. Elle tourna la poignée de la porte et l’entrouvrit légèrement, sans bruit.

    La pièce était vide.

    - Dean ? appela-t-elle.

    Le silence répondit à sa question.

    Elle s’apprêtait à refermer lorsqu’elle entendit le bruit d’une porte qui s’ouvrait. C’était Dean qui sortait de la salle de bain. Il était vêtu simplement d’une serviette nouée autour de la taille. Sa tête était cachée par une autre serviette avec laquelle il s’essuyait.

    Nadia ne put qu’admirer le ventre en quadrilatères, les jambes et les bras musclés. Des gouttes d’eau luisaient sur la peau satinée de ses épaules et de son torse.

    Pourquoi restait-elle plantée ainsi en train de le détailler ? Cela n’était pas convenable pour une femme… surtout de sang royal. Il était temps qu’elle parte. Il ne l’avait pas vue. Dès qu’elle sortirait, elle frapperait à nouveau pour l’avertir de sa présence afin qu’il puisse au moins revêtir un peignoir. Mais au lieu de s’en aller comme prévu, elle s’attarda encore un peu sur ce corps parfait.

    Dean sécha sa tête énergiquement avant d’envoyer la serviette sur le lit. Il sursauta légèrement à la vue de la jeune femme qui se tenait devant la porte. Il était tout aussi surpris qu’elle.

    Nadia !

    La jeune fille de l’aéroport était bien là devant lui, les yeux agrandis de stupeur. Un doute immense se saisit de lui un instant.

    - Nadia ?

    - Oui, c’est moi. J’ai beaucoup changé comme tu peux le constater.

    - En effet, je ne t’avais pas reconnue. Mais pourquoi ne m’as-tu rien dit ?

    Nadia haussa les épaules comme si elle n’avait pas à se justifier surtout vis-à-vis de lui.

    - Je… je dois y aller, bégaya-t-elle. Je suis venue t’avertir que le petit-déjeuner avait lieu dans la salle à manger. Mes parents t’attendent.

    - Attends ! Ne pars pas ! Il faut qu’on parle ! rétorqua-t-il en tendant la main en un geste pour la retenir.

    - Non, pas tout de suite et surtout pas dans cette tenue, répliqua-t-elle froidement.

    Dean regarda sa serviette qui commençait à se dénouer.

    - En effet, admit-il. A tout à l’heure.

    - Si tu veux…

    Nadia disparut aussi vite qu’elle était apparue.

    Dean se laissa tomber sur le lit abasourdi. Nadia l’avait déstabilisé en si peu de temps. Pourquoi ne lui avait-elle rien dit à l’aéroport ? Il ne la comprenait plus. Où était passée la jeune fille qu’il avait connue ? Pourquoi tant de haine et de froideur dans son regard ? Qu’avait-il fait ou pas pour qu’elle lui témoigne autant d’animosité ?

    Dean se releva. Ce n’était pas le moment de se poser des questions. Il en apprendrait plus dans la journée. En attendant, il devait s’habiller et rejoindre la famille.

    Il prit dans sa valise, un costume gris et une chemise noire. Il devait faire bonne impression devant la famille royale.

    Nadia s’éclipsa aussi vite qu’elle le pouvait et courut comme si elle avait le diable à ses trousses. Elle arriva en trombe dans l’immense cuisine. Saïda, la cuisinière, l’interrogea du regard pour cette entrée fracassante.

    - Je suis pressée, se justifia Nadia.

    Saïda haussa les épaules. Saïda était une femme d’une cinquantaine d’années. Elle était grande et opulente et avait les cheveux teints au henné. Lorsque Nadia était plus jeune, elle se disait que Saïda aurait pu être la femme d’un ogre.

    - Vous, les jeunes, vous êtes tous pareils. Toujours pressés par le temps.

    Nadia sourit.

    - Je suis venue chercher…

    - Le panier sur la table est pour toi, l’interrompit-elle.

    - Merci beaucoup Saïda. Comment vont tes enfants ?

    Les yeux de Saïda s’attendrirent.

    - Ils vont bien par la grâce d’Allah. Je me fais un peu de soucis pour Abdel-Kader.

    - Pourquoi ?

    - Il se laisse entraîner par ses amis dehors alors qu’il devrait étudier…

    - C’est dommage car il a un énorme potentiel. Je lui parlerai cette après-midi.

    Un sourire naquit sur les lèvres de la cuisinière.

    - Merci Nadia.

    - C’est normal. Je dois y aller. A tout à l’heure.

    Nadia se dirigea vers la porte qui donnait sur la cour. Elle croisa les gardes qui la saluèrent et lui ouvrirent l’immense porte d’entrée.

    Le village se trouvait à ses pieds. La vue était magnifique.

    Nadia aperçut la maison de Sabrina. Elle se différenciait des autres par sa couleur originale. Elle était verte et jaune alors que les autres étaient tout simplement blanches. On pouvait même apercevoir cette maison depuis Feraoun.

    Nadia emprunta le chemin caillouteux et poussiéreux pour s’y rendre. En route, elle croisa beaucoup de vieilles femmes et de jeunes enfants de tous âges. Elle adressa son plus beau sourire et un mot gentil à chacun.

    A quelques pas de chez Sabrina, Nadia sentit un bras encercler sa taille et ses pieds quittèrent le sol. Le son de sa voix s’étouffa dans sa gorge car une main s’était plaquée sur sa bouche.

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