Chapitre 5

Chapitre V

 

Village Iadnanene (Algérie), samedi 15 août 2009

     Dean était à table avec toute la famille royale hormis Nadia.

    - Je suis désolé, Kaïs, pour le comportement que ma fille, Nadia, a eu envers vous, s’excusa le roi.

    Kaïs rit en se souvenant de sa soirée. Il se sentait à l’aise avec tout le monde.

    - Elle est très charmante et très amusante, en vérité. Vous n’avez pas à vous excuser. Et je vais même accepter votre invitation pour son anniversaire, si cela tient toujours. Et je rentrerai ensuite chez moi.

    - Je serai honoré de vous y voir.

    Dean suivait la conversation. Le roi souhaitait-il que Kaïs fasse partie de la famille en épousant Nadia ? Est-ce pour cela que Nadia s’était accoutrée ainsi la veille ? Pourtant, le prince était beau et semblait gentil. Est-ce qu’il avait vu Nadia sous son meilleur jour et avait décidé de reporter son voyage ? Cela contrariait Dean au plus au point.

    Quel genre de personne était réellement Kaïs ? Il leur avait montré son meilleur jour la veille et Dean l’avait trouvé sympathique. Mais il suffisait que quelqu’un s’intéresse à Nadia et son rôle de grand frère reprenait le dessus comme à l’époque. Il devait garder un œil sur celui-ci afin de mieux le cerner.

    Nadia se débattit afin de faire lâcher prise à la personne dont les bras la maintenaient prisonnière. Elle balança son pied droit d’avant en arrière afin de donner un coup de talon sur la jambe de l’inconnu. Celui-ci relâcha son étreinte en jurant et Nadia retrouva la terre ferme. Alors qu’elle se retournait afin de lui administrer un coup de poing, son geste demeura en suspens.

    L’homme, qui avait un genou à terre, se frottait le tibia.

    La colère de Nadia fit place à l’inquiétude.

    - Mon Dieu… ça va ?

    L’homme releva son visage vers elle. Ses yeux étaient rieurs.

    - Oui, ne t’inquiète pas.

    Il se releva, la prit dans ses bras et l’embrassa fougueusement. Mais Nadia le repoussa quasiment aussitôt.

    - Pas ici, quelqu’un pourrait nous voir. Et quelle idée de jouer au kidnappeur !

    L’homme, qui n’était autre qu’Ali, haussa les épaules.

    - Et que fais-tu ici ? demanda Nadia avec douceur.

    - Je viens faire la plomberie chez Sabrina. Et toi ?

    - Je viens la voir.

    Un jeune voisin de la famille passa devant eux et les salua chaleureusement.

    Nadia était mal à l’aise. Elle ne souhaitait pas être vue en compagnie d’Ali. Tout pouvait se savoir en quelques heures.

    Elle avait envie de se blottir contre lui et de l’entendre chuchoter des mots doux comme il en avait l’habitude. Mais cela était impossible en ce moment.

    - On se verra demain à Bejaïa. Je t’appellerai, chuchota Nadia avant de se retourner et de marcher en direction de la porte de son amie.

    Dean, les mains dans les poches, flânait dans le palais en ce début d’après-midi. Tout était comme dans ses souvenirs. Mais il se sentait étranger. Beaucoup d’années s’étaient écoulées depuis son départ. Il leva la tête vers le ciel et inspira profondément comme lorsqu’il rentrait sur un plateau de cinéma. Ses muscles se détendaient systématiquement à ce genre d’exercice.

    A quelques pas, une grande entrée en fer forgé blanc donnait accès au jardin royal où jadis il se promenait avec Nadia.

    Il ne l’avait pas revue depuis le matin. L’évitait-elle ?

    Dean pénétra dans l’immense jardin fleuri et se dirigea vers un banc au fond à droite. Il parcourut doucement du bout des doigts le dossier lisse. Autrefois, Nadia et lui s’asseyaient à cet endroit pour discuter. Il prit place avec nonchalance, les jambes tendues, les bras par-dessus le dossier afin de profiter du soleil. Il était déjà bronzé et voulait simplement savourer chaque instant passé en Algérie.

    Il aperçut, à l’opposé, une silhouette qui se détachait d’un arbre. C’était une femme brune habillée d’un jean slim blanc et d’un long débardeur noir. Nadia ! Elle était magnifique. Il n’en revenait toujours pas de ce changement radical.

    Il quitta sa position assise et s’avança rapidement vers elle. Il l’intercepta juste avant qu’elle ne franchisse l’entrée du jardin. Nadia sursauta quand la main de Dean se posa sur son épaule.

    - Puis-je te parler un moment ? s’enquit Dean.

    - Tout de suite ? répondit-elle froidement.

    - Oui.

    Nadia regarda sa montre.

    - J’ai dix minutes devant moi. Allons vers le banc… comme au bon vieux temps, ajouta-t-elle sarcastique.

    Sans un mot, ils gagnèrent l’emplacement qu’aucun des deux n’avait oublié.

    - Je t’écoute…

    Dean prit une grande inspiration avant de lancer la question qui le taraudait tant.

    - Pourquoi as-tu coupé les ponts avec moi ? Que t’ai-je fait ?

    Nadia qui regardait droit devant elle, se retourna brusquement vers lui, le regard en feu.

    - Te moquerais-tu de moi, Dean ?

    - Que veux-tu dire par là ? insista Dean. Pourquoi me détestes-tu autant ? T’aurais-je déçue ? Je ne vois pas.

    - Comment… comment peux-tu dire cela alors que c’est toi qui ne m’as jamais donné de nouvelles ! s’écria-t-elle.

    Dean resta sans voix pendant quelques secondes. Il ne comprenait pas du tout.

    - J’ai pourtant appelé plusieurs fois. On me disait toujours que tu étais absente.

    - Personne ne m’a transmis de message. Arrête de me mentir.

    - Je pourrais te le retourner. Pourquoi serais-je revenu si ce n’est pour avoir des explications ?

    Nadia ne sut que lui répondre.

    - Tout cela ne serait qu’un malentendu ? s’interrogea Nadia.

    - J’en ai bien l’impression. Je ne t’ai jamais oubliée, tu sais, Nadia. Je me suis toujours demandé ce que j’avais bien pu te faire pour que tu me mettes à l’écart sans que je puisse me justifier.

    - C’est ce que je me suis dit. J’avais beau tourner et retourner la question dans tous les sens, je n’arrivais pas à y répondre.

    - Et mes lettres…

    - Quelles lettres ? l’interrompit Nadia.

    - N’arrivant pas à t’avoir au téléphone, je t’ai envoyé deux lettres. Et je n’ai pas reçu de nouvelles non plus.

    - Ecoute, Dean. Jamais une lettre de toi ne m’est parvenue… c’est bizarre tout de même…

    - En effet. Tu ne m’en veux plus ?

    - Non, comment le pourrais-je à présent ? Mais je voudrais bien éclaircir cela avec le personnel de la maison. Je voudrais savoir qui ne m’a jamais rien dit et pourquoi.

    Dean hocha la tête en signe d’assentiment. Lui aussi souhaiterait savoir.

    - Sinon, as-tu réalisé ton rêve ? la questionna-t-il.

    Nadia sourit. Il se souvenait.

    - Oui. C’est chose faite.

    - Alors, tu as fini tes études en GE2I et tu as créé ton entreprise ?

    - Tu t’en rappelles…

    - Et je me souviens même ce que cela veut dire GE2I. C’est Génie Electronique et Informatique Industrielle.

    Nadia bondit sur ses pieds.

    - Je dois y aller. Je suis en retard de cinq minutes.

    - Où vas-tu ?

    A présent qu’ils avaient réglé ce malentendu, il ne souhaitait pas la voir disparaître de suite.

    - Je donne des cours d’électronique à des adolescents. Nous avons ouvert une école dans l’aile droite du palais.

    - Puis-je assister à ton cours ?

    - D’accord. Dépêchons-nous, alors !

    Plus ils avançaient, plus le brouhaha des jeunes leur parvenait. Nadia salua la troupe d’adolescents qui l’attendait. Elle pénétra avec Dean dans la salle de cours par une porte-fenêtre ouverte et les élèves les suivirent en murmurant derrière eux.

    Les élèves se placèrent devant leur table et attendirent que Nadia leur permette de s’asseoir.

    Dean se dirigea vers la dernière table et s’installa pour suivre le cours.

    La jeune femme voilée avait suivi la conversation, tapie derrière un grand arbre. Ainsi, elle pouvait beaucoup apprendre sur la vie de Dean McCauley, l’idole de toutes les femmes. Elle regarda l’enveloppe rose posée sur le bureau de la chambre qu’elle occupait.

    - Comme vous l’avez constaté, nous avons un invité de marque aujourd’hui. C’est Dean McCauley, je ne vous apprends rien. A présent, nous allons corriger l’exercice que je vous ai donné la dernière fois. Qui souhaite le corriger au tableau ?

    Plusieurs mains se levèrent. Nadia choisit Hamed. Celui-ci s’exécuta sans la moindre faute, sous l’œil attentif de tous.

    - Très bien… Quelqu’un a-t-il eu des problèmes avec cet exercice ? Personne ? Très bien… Passons au nouveau chapitre. Celui-ci sera consacré aux généralités sur les ordinateurs et les systèmes minimums… Autrefois, lorsqu’il était question d’ordinateur, les opinions des gens pouvaient se ranger en deux catégories. Il y avait ceux qui voyaient en la machine un nouveau Dieu sachant tout, et les autres qui déclaraient que cette maudite machine ne fonctionnerait jamais et que de toute façon, elle ne remplacerait jamais un bon comptable avec un crayon et une gomme. Les premiers étaient optimistes, les seconds rétrogrades. Il est bien évident que la vérité n’est détenue par aucun d’entre eux, qu’un ordinateur n’est qu’une machine, fabriquée par l’homme pour augmenter la puissance et la vitesse de calcul de son cerveau comme il a jadis fabriqué le levier pour augmenter sa puissance musculaire. Aujourd’hui, il est impossible d’éviter l’ordinateur. Même une cafetière ou une machine à laver est pourvue d’un système minimum qui n’est rien de plus qu’un mini-ordinateur. Il faut donc aborder cette machine avec méthode… Mohamed, quel est le mot principal dans ce que je viens de dire ?

    - Machine.

    - Plus précisément.

    - Heu… ordinateur.

    - Bien. Et peux-tu me lire la définition en bas de page ?

    - C’est un calculateur électronique commandé par des instructions enregistrées dans une mémoire, logiciel, et pouvant synthétiser, classer et exécuter ces instructions.

    - Merci… Kader, lis-moi la suite.

    Nadia écouta à peine ce que disait Kader. Dean venait de poser sa veste sur la chaise et il défit les deux premiers boutons de sa chemise. Elle repensa bien malgré elle à la presque nudité de Dean dans la chambre et en rougit. Elle se détourna vivement pour qu’il ne remarque pas son émoi. Que lui arrivait-il ?

    Dean avait suivi attentivement les explications de Nadia. Elle était vraiment un bon professeur. Tous les élèves buvaient ses paroles. A aucun moment Dean ne s’était ennuyé. Le temps avait défilé à une vitesse ahurissante. Et les deux heures passées en leur compagnie lui avaient plu.

    Tous les élèves se précipitèrent sur Dean afin de le questionner. Il répondit à chacune de leurs questions avec patience. Nadia, assise sur son bureau, écoutait Dean.

    Une fois les élèves partis, elle vint s’asseoir à ses côtés.

    - Tu es un très bon prof, la complimenta-t-il.

    - Merci, tu es bien gentil.

    - C’est vrai, je t’assure. Cela n’a rien avoir avec de la gentillesse.

    - Merci.

    - En tout cas, côté professionnel, tu as parfaitement réussi. Et côté cœur ?

    - J’ai rencontré quelqu’un, il y a quelques mois. Il s’appelle Ali et semble correspondre à l’homme de mes rêves.

    - Que fait-il dans la vie ?

    - Il est plombier.

    Dean était surpris. Nadia se serait-elle laissé tomber dans le panneau ?

    - Je devine à ton air, dit-elle, que tu n’apprécies pas son métier.

    - Ce n’est pas vraiment cela. Tu sais bien que de nos jours, beaucoup d’hommes s’intéressent de plus en plus à l’argent facilement gagné.

    - Il n’est pas comme cela.

    Dean ne voulait pas se fâcher avec Nadia. Tout ce qu’il pourrait argumenter contre Ali ne ferait que briser leur nouveau lien si fragile. Il fallait tempérer ses propos dans l’immédiat.

    - Admettons. Il t’a demandé ta main ?

    - Pas encore. Justement, il attend d’avoir une très bonne situation. Il veut d’abord monter son entreprise, renchérit-elle triomphante.

    - D’accord. Un bon point pour lui. Et où vous voyez-vous ?

    - A Bejaïa.

    - Tu prends des risques. La plupart des hommes de ce village travaillent là-bas et pourraient facilement vous apercevoir.

    - Je sais. Mais nous faisons attention. De plus, demain je vais le voir.

    - Au risque de me répéter, fais attention à toi.

    - Oui, grand frère !

    - Je ne rigole pas, petite écervelée que tu es.

    - D’accord, maître, plaisanta-t-elle en lui jetant une boulette de papier qu’elle avait gardée dans sa main.

    Nadia se réfugia derrière son bureau lorsqu’elle le vit se lever.

    - Tu crois m’échapper.

    - Cours toujours !

    Dean, avec l’agilité d’un félin, sauta par-dessus le bureau et l’attrapa.

    - Que disais-tu ? s’enquit-il en la tenant fermement par la taille.

    - Moi ?... Heu… rien. Simplement que tu étais gentil, beau et vaillant.

    - C’est bien ce qu’il me semblait.

    Nadia était entre ses mains. Cette bouche si pulpeuse paraissait l’inviter. Il s’apprêtait à l’embrasser lorsqu’il entendit la voix de Reyes.

    - Vous voilà enfin. Le thé est prêt. Allons-y !

    « Il s’en est fallu de peu », songea Dean entre satisfaction et regret.

Bejaïa (Algérie), dimanche 16 août 2009

    A Yemma Gouraya, à six cent soixante mètres d’altitude, Nadia, pressée tout contre le torse d’Ali, contemplait la splendeur de la ville de Bejaïa qui s’étalait à ses pieds. Bejaïa était également appelé Bgayet par les Kabyles ou Bougie de son nom européen. Elle avait été baptisée ainsi, au Moyen-âge, en raison de la bougie de cire qu’on disait inventée et fabriquée dans la ville, puis vendue dans toute la Méditerranée et en Europe.

    Nadia était toujours aussi fascinée par la vue qui s’offrait à elle. Elle n’était pas revenue à cet endroit depuis que Dean avait quitté l’Algérie. A présent, elle revenait avec Ali, l’homme qu’elle aimait. L’endroit était idéal pour rêver dans un cadre romantique surtout que les visiteurs n’affluaient pas ce jour-là sur le site.

    Beaucoup de légendes couraient sur Yemma Gouraya, se souvenait Nadia.

    On disait que Yemma Gouraya était d’origine arabe. Accompagnée de ses deux sœurs, Yemma Bridja et Yemma Yamna, elle était venue propager l’Islam et instaurer la paix. Bien que persécutées par les non-croyants, les trois femmes avaient combattu pour une cause qu’elles pensaient légitime. Par rapport à ses sœurs, Yemma Gouraya, s’était plus investie dans la lutte. Elle avait gagné ainsi le respect et la considération des autochtones. Ceux-ci lui avaient permis de s’établir sur le sommet de leur montagne, où elle s’y était retirée vers la fin de sa vie pour de longues méditations. A sa mort, son lieu de méditation devint un mausolée, et un lieu de dévotion et de prières. Pour tous, elle représentait un modèle inégalable de courage et de sérénité.

    Une autre légende lui vint à l’esprit. Les Bédjaouis racontaient que la région comptait pas moins de quatre-vingt-dix-neuf saints et que si Yemma Gouraya avait été un homme, elle aurait fermé la boucle du centième saint. Les habitants avaient donné le surnom de « Petite Mecque » à Bejaïa car il ne manquait qu’un seul saint pour que la terre sainte du Prophète soit la contrée de Bejaïa. Yemma Gouraya, n’étant qu’une femme, ne pouvait pas former cette chaîne sacrée.

    On racontait qu’un jour, au sommet de la montagne, le saint Sidi Abdelkader qui veillait sur la ville aurait remarqué que la mer montait et menaçait d’engloutir Bejaïa. Le saint Sidi Abdelkader aurait convoqué les quatre-vingt-dix-huit saints de la région pour l’aider à repousser la mer et ses gigantesques vagues. Mais, devant cette force surnaturelle, les saints jugeront ne pas être en position de force pour la combattre. Ils avaient laissé Sidi Abdelkader face à son destin. Le saint s’était retourné vers la sainte Yemma Gouraya. Elle avait accepté de quitter définitivement son promontoire à l’entrée du port afin que le saint Sidi Abdelkader puisse repousser les vagues déferlantes. Elle avait donc échangé sa place avec le saint et était montée sur la plus haute crête de la montagne afin de protéger la ville. Ainsi, le saint Sidi Abdelkader était devenu le saint protecteur des marins et Yemma Gouraya, quant à elle, protégeait la ville et veillait sur ses habitants.

    En regardant de loin le flanc de la montagne de Yemma Gouraya, on pouvait apercevoir un corps de femme étendu. Cela ne pouvait que tisser au fil du temps des légendes sur la plus extraordinaire des femmes devenue, en quelque sorte, un soldat infatigable.

    Oxygénée et émerveillée par le paysage à en couper le souffle, Nadia commençait à avoir faim.

    - On va manger ? demanda-t-elle à Ali.

    - Comme tu veux, ma chérie.

    Main dans la main, ils descendirent la montagne. Ils empruntèrent, à pied, un chemin caillouteux et long.

    - Excusez-nous, c’est encore loin ? questionna une femme à l’adresse de Nadia.

    La femme d’environ quarante ans, certainement une touriste française, était accompagnée d’une autre femme du même âge et d’un homme un peu plus vieux.

    - Vous êtes au quart, renseigna Nadia.

    La femme regarda ses compagnons d’un air épuisé.

    - On rebrousse chemin ? C’est fatigant.

    Avant que les personnes ne répondent, Nadia intervint.

    - Ne faites pas cela ! Vous allez rater quelque chose de merveilleux que vous ne retrouverez nulle part. Cela en vaut la peine, je vous le garantis. Vous vous sentirez revigorée une fois au sommet. Il n’y a pas de mot pour exprimer ce que j’ai ressenti. Il faut le vivre.

    - Merci, vous me redonnez du courage, j’en avais besoin, ajouta-t-elle après un léger silence. On y va, alors !

    Nadia et Ali finirent de descendre la montagne sans rencontrer personne. La Peugeot 205 d’Ali était garée à cinquante mètres de là.

    - Ali ! entendit Nadia.

    Pas très loin, un homme s’approchait à grandes enjambées vers eux. Ali lui prit le bras et accéléra le pas sans jeter un œil vers l’homme qui l’avait interpellé.

    - Ali, on t’appelle, intervint Nadia, pensant qu’il n’avait rien entendu.

    - Je sais, mais je n’ai pas envie de lui parler.

    - Pourquoi ?

    - Je ne l’aime pas, répondit-il simplement après quelques instants de réflexion.

    Nadia ne fut pas satisfaite de sa réponse. Lui cachait-il quelque chose ?

Feraoun (Algérie), dimanche 16 août 2009

    Dean s’arrêta près d’un groupe d’enfants qui jouaient au ballon sur la portion de route de Feraoun. Il leur demanda s’ils connaissaient Ali Adnani. Le plus grand d’entre eux lui indiqua le chemin à suivre. Dean leur offrit en remerciement un billet de cent dinars afin de s’acheter des friandises.

    Nadia allait-elle lui pardonner cette audace ? Savoir qu’il se rendait chez son petit ami ne lui plairait certainement pas. Mais il fallait à tout prix qu’il se renseigne sur cet homme pour le bien de Nadia. S’il ne découvrait rien de spécial concernant Ali et qu’il rentrait bredouille, il ne lui soufflerait mot de cette petite escapade à Feraoun.

    Il stoppa sa voiture à côté du café indiqué par le jeune garçon. A l’intérieur, une dizaine d’hommes discutaient bruyamment. Il s’apprêtait à entrer, mais se ravisa. S’il ne trouvait personne chez Ali, il irait les voir pour les interroger.

    La maison d’Ali s’élevait juste en face du café. La porte d’entrée de celle-ci était verte comme lui avait mentionné le petit. C’était une vieille maison grise et dégradée avec un étage.

    Dean frappa plusieurs fois sur la porte en métal sans qu’on ne vienne lui ouvrir. Il allait partir quand il entendit le bruit d’une clé dans la serrure. La porte s’entrebâilla devant un petit garçon de six ans environ.

    - Bonjour, que voulez-vous ? l’interrogea-t-il en kabyle.

    - Bonjour, pourrais-je parler à Ali ? demanda-t-il sachant qu’il était absent.

    - Il n’est pas là, c’est pour quoi ?

    - J’aurai besoin d’un plombier.

    - Attendez.

    Une jeune femme arriva quelques instants plus tard. Elle portait un voile blanc sur la tête et tenait un nouveau-né dans ses bras.

    - Bonjour. Vous souhaitez voir Ali pour de la plomberie ?

    - Oui. Vous êtes sa sœur ?

    La femme devait avoir un peu plus d’une vingtaine d’années. Elle avait un joli visage avec de magnifiques yeux noirs.

    Qui était-elle ?

 

1 vote. Moyenne 4.00 sur 5.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site