Chapitre 6

Chapitre VI

 

Bejaïa (Algérie), dimanche 16 août 2009

     Le restaurant « La corne d’or » surplombait le bord de mer de Bejaia. Très imposant, il avait dû, à une certaine époque, attirer beaucoup de monde. A présent, la peinture blanche à l’extérieur était défraîchie et avait jauni. L’intérieur ne payait pas de mine bien que l’endroit fût nettoyé. De longues tables étaient alignées comme dans une cantine avec des nappes en papier blanc.

    Dans son sac à main, le téléphone de Nadia vibrait pour la quatrième fois de suite. Que se passait-il ? Y avait-il une urgence ?

    En face d’elle, assis à la table du restaurant, Ali haussa les épaules.

    Elle prit son téléphone et s’aperçut que les quatre appels venaient de Dean. Il savait pourtant que sa journée était dédiée uniquement à Ali. Elle ne voulait en aucun cas être dérangée… même par lui.

    Alors qu’elle allait reposer son téléphone, celui-ci vibra à nouveau. Après deux secondes d’hésitation, elle décrocha et répondit d’une voix froide.

    - Oui ?

    - Nadia, où es-tu ? demanda Dean.

    - Au restaurant. Que se passe-t-il ?

    - Quel restaurant ?

    - La corne d’or. Pourquoi…

    - J’arrive dans dix minutes, l’informa-t-il avant de raccrocher.

    Nadia était hors d’elle. Dean se permettait de les rejoindre sans lui demander son avis et en plus il avait coupé court à la conversation.

    - Qui était-ce ? interrogea Ali.

    - Dean.

    - Qui est Dean ?

    - Dean McCauley l’acteur de cinéma.

    - Je ne savais pas que tu le connaissais. Depuis quand ?

    - Très longtemps. C’est une longue histoire que je te raconterai un jour. Quoi qu’il en soit, il va arriver dans dix minutes.

    - Que veut-il ?

    Nadia haussa les épaules. Dean n’avait rien voulu lui dire.

    - J’espère qu’il ne restera pas longtemps avec nous. J’ai envie d’être seul avec toi.

    Ali lui prit la main et déposa un baiser sur sa paume avec un regard amoureux.

    Nadia le trouva attendrissant. C’était l’homme de sa vie.

    Face à Nadia à l’extérieur du restaurant, Dean ne savait pas comment lui annoncer la nouvelle.

    - Je n’ai pas de temps à perdre, Dean. Que veux-tu ?

    Dean revoyait la scène. Il sentit la colère remonter en lui. Il raconta à Nadia ce qui s’était passé.

    - Vous êtes sa sœur ? avait questionné Dean à l’adresse de la jeune fille.

    - Non, je suis sa femme.

    - C’est votre enfant ?

    - Oui, le premier, avait-elle répondu avec un sourire.

    Dean s’interrompit en voyant le visage livide de Nadia.

    - Comment… Comment a-t-il pu se jouer de moi ainsi ? C’est un être immonde !

    Nadia fit volte-face et rentra dans le restaurant avec Dean sur ses talons. Elle traversa les longues rangées de tables et s’arrêta devant une petite table dans le coin du restaurant. Sans un regard pour le jeune homme blond, elle prit son sac à main et lui lança d’une voix blanche :

    - Retrouve-nous à l’extérieur.

    - Mais…

    Sans plus attendre, Nadia partit.

    - Que lui avez-vous dit ? s’enquit Ali en se levant d’un bond.

    Dean s’était détourné de lui. Il ne voulait pas faire d’esclandre dans ce restaurant. Il aurait voulu lui montrer à cet homme ce qu’il en coûtait de se moquer ainsi de Nadia.

    - Qu’est-ce qui te prend ? interrogea Ali lorsqu’il rejoignit Nadia.

    - Tu m’as menti.

    - Que t’a raconté ce Dean McCauley ?

    - A ton avis ?

    - Je ne sais pas.

    - Vraiment ! Tu es sûr que tu n’as rien à me dire ?

    - Non, je ne vois pas…

    - Aurais-tu oublié ta femme et ton enfant ?

    Ali pâlit.

    - C’est vrai, mais elle ne compte pas dans ma vie. C’est un mariage arrangé. Je t’aime !

    - C’est fini. Je pensais que tu étais quelqu’un d’exceptionnel mais j’avais tort. Tu es comme tous les autres !

    - Tu ne peux pas faire cela ! Je vais divorcer !

    - Tu ne comprends pas, je te quitte ! Tu n’es plus rien pour moi, murmura-t-elle.

    - Non !

    Ali lui empoigna le poignet alors qu’elle s’en allait.

    - Ne me quitte pas ! Je t’aime !

    - Lâche-moi, mufle !

    Ali s’était métamorphosé. L’homme qu’elle croyait le plus doux et respectueux se comportait comme un vil personnage.

    - Lâche-la ! intervint Dean en s’approchant.

    - Tout était parfait entre nous jusqu’à votre arrivée.

    Dean le prit par le col de la chemise. Nadia profita de cette intervention pour dégager sa main.

    - Ne t’approche plus d’elle ou…

    Dean desserra ses doigts et s’éloigna de lui. Il avait envie de le frapper et de voir ce beau visage tout ensanglanté. Le mal fait à Nadia était impardonnable.

    Il devait l’éloigner au plus vite de cet individu. Elle allait flancher à tout instant. Il prit le bras de Nadia encore secouée par cette nouvelle. Il l’entraîna vers le 4x4 qu’il avait emprunté au roi.

    Ils entendirent Ali crier :

    - Je vous ferai payer cet affront !

    Dean se retourna d’un bloc. Il était prêt à le frapper. Pour qui se prenait-il ? De quel droit leur parlait-il ainsi ? Il parlait d’affront alors que c’était lui le fautif. L’honneur de Nadia avait été bafoué.

    Il sentit les doigts de Nadia se presser sur son avant-bras pour le calmer.

    Confortablement installée sur le siège passager, Nadia était en proie aux pleurs. Elle ferma les yeux lorsque sa vision se brouilla. Les larmes commençaient malgré elle à jaillir. Les sentiments de Nadia n’étaient plus que haine envers celui qu’elle avait tant aimé. Elle lui avait donné sa confiance et son amour. Son amour… C’était la seule chose qu’elle ne donnait pas facilement.  Comment pourrait-elle aimer à nouveau après ce désastre ?

    La portière claqua côté conducteur. Dean mit le contact et démarra la voiture. Elle se sentait si petite face à lui et vulnérable.

    Elle essuya les larmes d’un geste rageur.

    - Je suis désolé… J’aurai voulu avoir de bonnes nouvelles, commença par dire Dean.

    - Non, grâce à toi, je sais qui il est maintenant.

    - J’aurais voulu que cela se passe autrement. Je voulais m’assurer qu’il était un homme bien.

    - Comment ai-je pu me laisser berner ainsi ?

    - Cela arrive quand on est amoureux.

    Surprise, Nadia lui jeta un regard en coin. Avait-il été amoureux ?

    - Et si nous arrêtions de parler de cette histoire sans importance.

    Au fond d’elle, elle avait le cœur brisé. Comment avait-elle pu croire qu’elle vivait un conte de fées ? Marié… Il était marié et père de famille ! Comment avait-il pu lui faire cela ?

    Elle le détestait. Non ! Elle le haïssait de toute son âme.

    En plus, il lui parlait encore, ce midi, de mariage. Comment avait-elle pu croire à ces foutaises ? Elle s’estimait la plus idiote des femmes. Il l’avait prise pour une femme stupide. C’est ce qu’elle était en somme. Elle avait été trahie.

    A présent, Nadia se sentait mal dans sa peau. Elle avait subi une très grande humiliation. Elle ne laisserait plus jamais ses sentiments prendre le dessus.

Village Iadnanene (Algérie), mardi 18 août 2009

     - Adeline, Devianee !

    Ses deux amies venaient d’arriver et Nadia s’était précipitée pour les accueillir. Elles avaient pris le premier vol du  matin afin d’arriver le plus tôt possible.

    - Joyeux anniversaire, Nadia ! s’exclamèrent-elles en lui faisant la bise.

    - Merci. Vous avez fait bon voyage ?

    - Toujours aussi merveilleux dans le jet que ton père nous envoie comme d’habitude, répondit Devianee.

    - Oui, sauf qu’il manquait quelque chose, intervint Adeline.

    Nadia essaya de deviner ce que cela pouvait être.

    - Les apéritifs ? demanda-t-elle finalement.

    Les deux amies éclatèrent de rire.

    - Mais non, c’est toi qu’il manquait, avoua Adeline.

    Nadia se joignit à leur hilarité.

    Adeline et Devianee étaient ses deux meilleures amies. Elle n’aurait pu mieux trouver. Tout comme Adeline et Nadia, Devianee avait suivi le même cursus scolaire.

    Quatre mois auparavant, Devianee avait rejoint l’entreprise de Nadia et Adeline, elle aussi, ne tarderait pas à les retrouver.

    - Nadia ! Viens tout de suite dans le salon !

    C’était la voix de son père. Pourquoi rugissait-il ainsi ? Quand elle se retourna, elle aperçut le visage rouge de colère de son père qui disparaissait dans le couloir. Cela n’augurait rien de bon. De plus, il ne s’était pas arrêté pour saluer ses amies, ce qu’il faisait généralement.

    - Que se passe-t-il ? interrogea Adeline.

    Nadia haussa les épaules en signe de réponse.

    - Samira, occupe-toi d’Adeline et de Devianee, ordonna-t-elle en attrapant la servante qui passait près d’elle.

    D’un pas rapide, presque en courant, Nadia rejoignit son père à l’endroit dit. Ils ne furent pas seuls car sa mère, ses deux frères ainsi que Kaïs et Dean étaient installés sur les canapés et fauteuils. Tous les yeux étaient braqués sur elle.

    Nadia ressentit immédiatement une tension perceptible.

    Que se passait-il donc ?

    Elle interrogea sa mère du regard mais celle-ci baissa la tête. Nadia ne put que s’asseoir à côté d’elle et attendre l’annonce qu’allait faire son père.

    Mais pourquoi le prince Kaïs et Dean étaient-ils également présents ?

    La voix du roi ne tarda pas à s’élever dans la pièce.

    - Je vous ai fait venir car ce que je viens de recevoir concerne Nadia.

    Le cœur de Nadia se mit à battre fortement et soudain la pièce lui parut minuscule. Elle avait envie de prendre ses jambes à son cou et de partir. Elle avait l’intuition que ce n’était pas une bonne nouvelle.

    - Moi ?

    Son père lui tendit rageusement une enveloppe rose décachetée. Nadia sortit quatre photos qu’elle reconnut immédiatement. C’était des clichés pris avec Ali. Ali et elle, en train de s’embrasser. Mais elle ne les avait jamais développées. Tout était dans son disque dur d’ordinateur. Comment cela était possible ?

    Nadia pâlit instantanément. Elle aurait voulu se justifier mais la honte prima. Elle baissa la tête car son visage devint rouge. Rouge de honte.

    - D’où viennent ces photos ? interrogea Reyes hors de lui.

    - Samira vient de me les remettre. Elle a trouvé l’enveloppe dans le couloir et me l’a apportée. Et une lettre les accompagne.

    Nadia retira la feuille de même couleur que son support et la déplia. Des lettres avaient été découpées dans du journal et collées sur le papier. Nadia, qui avait déjà vu cela dans des films, frissonna bien malgré elle et laissa tomber le pli.

    Dean ramassa la feuille et lut. Il fronça les sourcils. Même papier, même mode opératoire. Voilà qu’à présent son détracteur s’en prenait à Nadia. Mais pourquoi ?

    La personne avertissait le roi que les clichés seront déposés dans un magazine people. Adieu donc la discrétion dont Nadia avait preuve depuis tant d’années.

    Il prit les photos des mains de Nadia. Cette dernière ne réagissait pas. Son regard fixait un point quelconque du mur blanc. Deux mauvaises nouvelles en deux jours ! Et à présent, sa vie privée était étalée aux yeux de tous. Et surtout de sa famille. Elle devait éprouver de la honte.

    Les photos en couleur montraient Nadia et Ali. Il le reconnut immédiatement. Il ne pouvait pas supporter que Nadia pose ses lèvres sur lui. Elle avait pourtant l’air si heureux dans ses bras.

    - Quelque chose ne va pas, Dean ? questionna le roi en voyant la mine défaite qu’il affichait.

    Dean se ressaisit instantanément et l’acteur qui était en lui reprit le dessus.

    - C’est que voyez-vous… les photos semblent être un simple montage. C’est si facile de nos jours de s’amuser avec des logiciels de pointe. On peut tout faire… Regarde Reyes.

    Dean lui donna les photos afin qu’il les analyse.

    - Tu ne trouves pas qu’elles ont une qualité assez médiocre et puis ce paysage de fond me parait ajouté.

    Reyes les tourna et retourna dans tous les sens. Ses yeux scrutaient les moindres détails qui pourraient disculper sa sœur.

    - Tu as raison, c’est hallucinant si on n’y prend pas garde.

    Dean lui lança un sourire de remerciement. Reyes n’avait bien sûr rien vu de suspect car tout était réel mais il souhaitait que son père ne s’en prenne pas verbalement à Nadia. Le visage blême de sa sœur ne l’incitait pas à nier le mensonge de Dean.

    - Vraies ou fausses photos, ils apparaîtront dans les journaux du monde entier, intervint le roi. Je peux empêcher sa diffusion en Algérie, c’est incontestable mais je n’ai aucun pouvoir en dehors de ses frontières. Que faire pour stopper cela ?

    Chacune des personnes, sauf Nadia, pensa au moyen d’y remédier.

    Elle était dans un état de choc. Comment en était-elle arrivée là ? C’était la première fois qu’elle ouvrait son cœur à un homme. Et elle se retrouvait dans une position inconfortable.

    Elle se voyait déjà à la Une des magazines people. Des paparazzis surgiraient à chaque coin de rue. Elle avait pourtant préservé, jusque-là, sa vie privée en ne se montrant jamais devant les caméras et autres objectifs. Lors des conférences de presse concernant sa société, c’était son directeur général qui présidait les entretiens. Nadia n’assistait jamais aux réunions de presse, gardant ainsi son anonymat. De ce fait, elle était une personne comme une autre dans la rue. Mais à présent, elle devait affronter cette révélation. Même s’ils réussissaient à prouver que les photos étaient un montage, ce qui n’était pas le cas, Nadia verrait tout de même son portrait dans un journal.

    - Et qui est cet homme sur la photo ? l’interrogea son père.

    Nadia haussa les épaules en signe de réponse. Elle se sentait si fatiguée, prête à s’effondrer, car elle ressentait un grand vertige à l’intérieur.

    Comment aurait-elle pu dire à sa famille qu’Ali était l’homme à qui elle avait ouvert son cœur ? Comment leur dire qu’il s’était joué d’elle et qu’il était marié ? Elle imaginait très bien la fureur de son père en apprenant cela.

    - Je veux savoir qui il est ! C’est certainement lui qui nous menace… qui me menace, moi, le roi ! hurla-t-il.

    Le ton de sa voix enflait, son souffle était saccadé, son visage rouge écarlate, et ses yeux injectés de sang perçaient toute l’assemblée. Nadia ne l’avait jamais vu dans un état pareil. C’était bien la première fois qu’une personne s’attaquait à lui.

    Est-ce qu’Ali était mêlé à cette affaire ? L’avoir quitté, l’avait-il rendu fou au point de s’en prendre au roi ? Ali possédait des photos numériques identiques au sien puisqu’elle les lui avait transférées.

    - Il y a une solution, intervint le prince Kaïs.

    Toutes les têtes se tournèrent d’un seul bloc vers lui.

    - Il faut que Nadia prenne un époux. Ainsi, le maître-chanteur ne pourra plus rien contre vous et l’honneur de votre fille sera sauf.

    Les épaules de Nadia s’affaissèrent. Comment le prince Kaïs pouvait-il faire cette allusion ? Pensait-il qu’elle allait se marier avec Ali alors qu’il n’y avait plus rien à espérer ? Il la mettait sans le savoir dans une situation délicate. Et son père se mettrait à la recherche d’un bon parti en quelques heures. Ce qui lui serait d’autant plus facile puisqu’il avait la liste des prétendants qu’elle n’avait pas souhaité épouser.

    Plus les minutes s’écoulaient, plus elle se retrouvait dans une plus grande galère. Ici, il n’était plus question de résoudre des équations pour trouver la solution. C’était sa vie qui était en jeu. Tout comme le poker, il fallait feindre pour pouvoir gagner.

    - Vous avez entièrement raison ! se réjouit son père. Je vais de ce pas téléphoner à…

    Kaïs se redressa et l’interrompit.

    - Je vais l’épouser !

http://www.eurosptp.com/page.php?name=labylka95 

Régie publicitaire Pubdirecte
Votre site en popunder ici

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site