Chapitre 7

Chapitre VII

 

Village Iadnanene (Algérie), mardi 18 août 2009

     Dean avait écouté sans broncher la solution de mariage. Ce n’était pas une si mauvaise idée pour contrecarrer cette pesante menace. Mais il ne pouvait pas supporter que Nadia se marie sans amour. Elle n’était pas prête pour une aventure de cette envergure. Et il n’y aurait aucune porte de sortie si elle épousait le prince Kaïs.

     Mais pourquoi s’était-il proposé ? Serait-il tombé sous le charme de son amie ? Ou avait-il d’autres ambitions comme celui de prendre le pouvoir de la société de Nadia ? C’était certainement son seul intérêt. Mais c’était mal la connaître car elle ne se laisserait pas faire.

     Nadia écoutait sans réagir comme si la conversation concernait une inconnue. Dean se disait même qu’elle aurait pris partie au débat si sa sœur avait été en cause. Elle était en complète désapprobation lorsqu’on parlait de mariage arrangé.

     Dans tous les cas, elle ne pouvait pas se marier avec le prince Kaïs ! Et surtout, il ne le voulait pas ! Il fallait à tout prix éviter ce mariage !

     - C’est parfait, nous allons donc vous marier dans la semaine, se réjouit le père de Nadia.

     Dean se leva à son tour.

     - J’ai une objection à formuler.

     Dean se planta derrière Nadia et posa les mains sur les épaules de celle-ci en un geste protecteur.

     - Nadia et moi ne vous avons rien dit. Nous désirions vous l’annoncer demain, le jour de son anniversaire… Mais dans cet extrême cas de force majeure, je suis dans l’obligation de vous en faire part immédiatement. Avec votre permission, je souhaiterais avoir la main de votre fille.

     Nadia était abasourdie. Kaïs et Dean se proposaient de l’épouser. Mais pourquoi ?

     Kaïs lui avait clairement signifié qu’il souhaitait se marier par amour. Pourquoi ce revirement ? Pourquoi l’aider alors qu’ils se connaissaient à peine ?

     Et Dean ? Pourquoi s’interposait-il à ce mariage avec Kaïs ? En épousant Kaïs, elle aurait fait taire ce malheureux ragot.

     Quels étaient leurs intérêts ? Sauver une jeune femme en détresse ? L’un étant le cliché du prince sauvant sa princesse et l’autre celui de l’acteur jouant un rôle pour la soustraire des griffes du méchant.

     Mais oui ! C’était cela ! Dean était un véritable acteur de cinéma ! Elle savait pertinemment qu’avec lui, il serait possible d’avoir une sortie de secours. Certainement qu’avec lui le mariage n’aurait pas lieu. Il voulait simplement lui faire gagner du temps.

     - Nadia, intervint son père, tu as le choix. C’est le prince ou Dean…

     Grâce à l’analyse qu’elle venait de faire, elle connaissait l’heureux élu.

     - Comme l’a dit Dean, commença-t-elle en le regardant par-dessus son épaule tout en lui touchant la main droite, c’est lui mon futur mari. Nous nous sommes revus quelques mois auparavant et voilà…

     Elle n’en dit pas davantage, laissant sa famille se faire des films sur ce qui ne s’était jamais produit.

     - Bien, alors tout est réglé ! La cérémonie aura lieu samedi.

     - C’est trop tôt papa ! protesta Nadia.

     - Tu n’as pas le choix. Nous devons réagir vite !

     Les poings serrés, la jeune femme derrière la porte écoutait la conversation de la famille royale. Tout son plan tombait à l’eau. Au lieu d’éloigner Nadia de Dean, son stratagème avait eu le résultat inverse. Mais pourquoi Nadia n’épousait-elle pas Ali ?

     Les photos qu’elle avait développées avaient pour but d’informer la famille du choix de Nadia quant à son amoureux. Mais Nadia, au lieu d’avouer ses sentiments pour celui-ci, avait tout réfuté. Son intention n’avait jamais été d’envoyer les photos à des magazines !

     La jeune femme s’éloigna d’un pas rapide et rageur.

     Nadia était en rogne. Tout ce qui se passait était la faute d’Ali. Elle pensait que l’envoi des photos était son œuvre. Il souhaitait certainement se venger et la placer dans une situation délicate. Mais dans quel but ? Elle n’aurait pas pu l’épouser de toute façon. Pensait-il qu’il était en droit d’avoir deux femmes ? Ou bien envisageait-il de répudier la première pour l’épouser ? Avait-il songé un seul instant que l’amour éprouvé par Nadia quelques jours auparavant serait resté intact ?

     Nadia serra les poings avec force, ses ongles meurtrissaient la chair de ses paumes.

     Elle allait se marier samedi ! Elle n’en croyait pas ses oreilles. Aucune possibilité d’échappatoire comme elle l’avait espéré.

     Heureusement que l’heureux élu était Dean. Il était très beau à vrai dire et charmant. Beaucoup de femmes dans le monde seraient déçues qu’il ait trouvé la femme de sa vie. Ce qui n’était pourtant pas le cas puisqu’il aidait son ancienne meilleure amie. Mais il se retrouvait lui aussi à faire un mariage de raison et non d’amour. Sauf que lui n’avait aucune raison de se marier.

     Nadia avait toujours rêvé d’épouser le prince charmant, être heureuse jusqu’à la fin des temps. Et ce jour-là, son rêve était anéanti. Elle devait trouver une solution. A moins que Dean n’ait un plan.

     Nadia releva la tête et s’aperçut avec une grande stupéfaction que toute la famille et Kaïs avaient disparu. Seul Dean, les mains toujours posées sur ses épaules la fixait intensément. Nadia se raidit instinctivement devant ce regard qui semblait être du désir. Mais elle devait se tromper.

     Ayant sans doute senti son malaise, Dean s’éloigna vers la fenêtre et lui tourna le dos. Nadia le détailla. Il émanait de lui, une forte personnalité.

     Il fallait qu’elle sache. Et ce silence ne pouvait s’éterniser.

     - Dean… Pourquoi ?

     Dean ne répondit pas tout de suite. Il méditait dans son coin. Regrettait-il sa proposition car il n’y avait pas d’issue de secours ?

     Nadia quitta le fauteuil et s’approcha de lui. Dean fit volte-face la sentant toute proche.

     - Parce que je ne pouvais pas te laisser épouser Kaïs. Il m’a l’air sympa mais c’est un étranger. Je ne vais pas profiter de la situation. Il ne s’est jamais rien passé et il ne se passera jamais rien entre toi et moi. Je n’exercerai aucun droit conjugal à ton égard.

     Nadia hocha la tête. Elle savait que Dean aurait ce comportement.

     - Merci, Dean. Mais tu peux toujours démentir. Je me suis mise dans une situation délicate…

     - Je pense être aussi fautif à vrai dire.

     Nadia fronça les sourcils. Ses yeux devinrent des points d’interrogation vivants.

     - Je ne comprends pas…

     Dean saisit la lettre que Nadia tenait toujours dans sa main.

     - Tu vois cette enveloppe ? C’est la même que celle que j’ai reçue il y a quelques semaines. La personne ne voulait pas me voir dans les parages.

     - Mais pourquoi ?

     - La folie, l’amour, il n’y a pas vraiment de différence.

     - C’est certainement Ali…

     - Je ne pense pas, répondit Dean. C’est une femme qui dit être amoureuse.

     - Comment a-t-elle su pour Ali. Qui est-elle ? Qu’est-ce…

     - Je n’en sais rien, la coupa Dean en s’éloignant de Nadia. Je voudrais bien que tout s’arrête. Je suis désolé qu’elle s’en prenne à toi !

     - Oh, Dean…

     - Ne t’inquiète pas, princesse, tout s’arrangera.

     Dean s’approcha d’elle à nouveau et lui prit les deux mains.

     - Il nous suffira de divorcer dans quelques mois. Et tout redeviendra comme avant, je te le promets.

     Nadia sourit pour la première fois depuis son entrée dans le salon.

     - J’ai confiance en toi, mon cher Dean. Tu n’es en rien responsable de ce qui m’arrive puisque ces photos m’appartiennent. Il y a quelqu’un ici qui nous espionne. Et il faudra la trouver.

     - Oui, et surtout, se comporter comme de vrais amoureux afin que personne ne découvre la vérité.

     Nadia acquiesça et s’éloigna de Dean. Ils étaient si proches l’un de l’autre.

     - Ce sont tes fans qui vont être malheureux en apprenant ton mariage, blagua Nadia.

     - Notre mariage, rectifia Dean.

     - Notre mariage, répéta-t-elle. J’imagine déjà les titres des magazines « Dean McCauley, le célibataire endurci s’est enfin marié ! ».

     - Ils diront plutôt « Pourquoi une princesse aussi sensée que Nadia Abdalli épouse Dean McCauley, cet acteur d’opérette ! ».

     - Tu exagères, ils vont écrire « La princesse épouse l’idiot du village ».

     - Je serais donc l’idiot du village ! dit-il en s’avançant dangereusement vers Nadia qui eut le temps de passer derrière le canapé.

     Cette scène lui rappela leur dernier affrontement qui avait eu lieu dans la salle de classe. Dean ne monta pas sur le canapé mais le contourna si vite que Nadia ne put esquisser un geste. Elle se retrouva donc prisonnière des bras musclés de Dean. Il la plaqua contre son corps parfumé.

     La bouche de Dean s’écrasa sur la sienne. Elle éprouva un grand tourbillon de frissons qui s’éleva en elle. Son ventre s’enflammait comme une sorte d’éruption volcanique. Elle n’avait jamais ressenti cela même avec cet ignoble individu d’Ali.

     - Je pense que ce n’est pas le moment, intervint Youri. Les parents sont encore dans les parages et vous seriez bien embêtés s’ils vous surprennent, ajouta-t-il avant de tourner les talons.

     Cette simple constatation fut pour Nadia une douche glacée. L’extase incroyable procurée par ce baiser l’avait déboussolée.

     Dean relâcha peu à peu la pression de ses bras autour du corps de Nadia. Youri avait le don d’arriver aux moments les plus intimes. Et fort heureusement pour lui.

     Dean passa la main sur son crâne.

     Que lui avait-il pris ? Il lui avait dit qu’il n’allait rien se passer entre eux ! Et avant le mariage, il l’embrassait. Qu’allait-elle penser ? Après ce court instant d’égarement allait-elle lui faire confiance ?

     Ce baiser… C’était le plus beau baiser qu’il n’ait jamais donné à une femme.

     Depuis qu’il avait pris Nadia pour une autre à Paris, il ne la voyait plus comme l’ancienne amie d’enfance. Il la considérait comme une vraie femme ! Elégante, belle et charmeuse ! Le vilain petit canard s’était transformé en un beau cygne.

     - Excuse-moi, je ne sais pas ce qui m’a pris… Cela ne se reproduira pas.

     Nadia évita son regard.

     - Oui, il le faut. Je dois y aller, répondit-elle.

     - On se verra plus tard. J’ai des choses à faire, mentit-il.

     Nadia sortit de la pièce, Dean se laissa tomber sur le fauteuil.

     Dans quelle galère s’était-il fourré ? Comment pourrait-il résister à la tentation ?

     Nadia retrouva Adeline et Devianee, dans la chambre de cette dernière. Elles étaient assises sur le lit à baldaquin.

     Nadia en plein milieu du lit, les jambes croisées à l’indienne, réfléchissait aux récents événements. Qui était cette personne leur voulant tant de mal ? Etait-ce Ali ou bien une femme comme le prétendait Dean ? Elle retrouvait après tant d’années d’incompréhension son ami. D’où pouvait bien venir ce quiproquo ? Elle n’avait jamais reçu de lettre et n’avait encore moins été avertie d’un appel. Et à présent, Dean la protégeait comme s’il ne s’était rien passé.

     Elle frissonna de plaisir en songeant au baiser.

     Elle caressa du bout du doigt ses lèvres qui s’étiraient de contentement. Jamais elle n’aurait pensé recevoir un baiser de Dean. Certainement était-ce dû à Youri qui venait de pénétrer dans la pièce. Dean était un très bon acteur et souhaitait montrer à sa famille qu’ils étaient bel et bien amoureux.

     - Qu’en penses-tu, Nadia ?

     Cette question la tira brusquement de ses pensées.

     - De quoi ?

     - Du nouveau projet que Dévie à en tête.

     - Je… j’ai pas écouté et je n’ai pas la tête à cela, leur avoua-t-elle.

     Les filles froncèrent les sourcils avec un air inquisiteur.

     - Qu’est-ce qui se passe ? demanda Adeline.

     - Oui, depuis que tu es revenue de ton entretien avec ton père, tu ne parles pas, ajouta Devianee.

     Nadia ne répondit pas tout de suite. Comment leur annoncer la nouvelle ? Ses meilleures amies se douteraient forcément de quelque chose. Nadia n’agissait pas de façon irréfléchie en ce qui concerne l’amour. De plus, elles n’étaient pas au courant de la situation avec Ali. Elle ne pourrait pas leur raconter le fameux épisode de dimanche. Généralement, Adeline et Devianee connaissaient tout de ses espérances, ses désespoirs, ses joies. Rien ne leur était caché. Mais, elle devait tout de même leur taire la vérité pour une fois. Un petit mensonge n’était pas si grave ! Elle savait que les filles n’en parleraient pas mais là, il s’agissait de la famille. Moins de personnes au courant, moins grand le risque.

     - Qu’est-ce qui te tracasse ? interrogea de nouveau Adeline.

     - Rien du tout, mesdemoiselles ! J’ai une annonce à vous faire ! s’exclama-t-elle en souriant de joie.

     - Vas-y, ne nous fais pas languir ! s’impatienta Adeline lorsque Nadia s’interrompit.

     - J’ai une bonne nouvelle…

     Adeline et Devianee soupirèrent puis se jetèrent sur Nadia qui ne finissait pas sa phrase.

     - Tu vas finir par nous le dire ! s’écria Devianee en chatouillant Nadia.

     Nadia se tortillait dans tous les sens essayant d’échapper à ces bras dignes de tentacules. Elle ne pouvait leur échapper.

     - D’accord ! Je vais vous le dire mais laissez-moi me relever.

     Les deux jeunes filles s’arrêtèrent et l’aidèrent à s’asseoir.

     - Je vais me marier, souffla-t-elle en reprenant sa respiration.

     Les filles lui sautèrent au cou. Elle se retrouva allongée sur le lit sous les filles.

     - Enfin ! C’est pas trop tôt ! Vous êtes faits pour être ensemble, Ali et toi ! s’enflamma Adeline.

     - Oui, c’est vrai, renchérit Devianee.

     Les yeux de Nadia se voilèrent un infime instant.

     - Ah non, ce n’est pas Ali ! réfuta Nadia.

     - Tu es divertissante, Nadia, comme toujours ! s’esclaffa Adeline.

     - Je vous assure que ce n’est pas Ali. C’est Dean McCauley…

     Les deux femmes rirent de plus belle.

     - Et moi, je vais me marier avec Kyle Stockwell ! s’amusa Devianee.

     Kyle Stockwell était l’un des plus jeunes, beaux et riches hommes de la planète. Il incarnait l’idéal masculin de la majorité des femmes avec ses allures de gentleman-surfeur et ses longs cheveux blonds.

     - Sois sérieuse, Nadia. Comment et où a-t-il fait sa demande ? Etait-ce tout à l’heure ? questionna Adeline.

     Nadia soupira. Il n’était déjà pas facile de mentir et en plus si elle devait donner beaucoup de détails !

     - Je suis sérieuse les filles… C’est Dean McCauley.

     - Oh arrête, Nadia. On veut tout savoir.

     - Je m’obstine à vous dire que c’est Dean !

     Le doute se lut dans les yeux d’Adeline. Nadia insistait depuis un bon moment.

     - Tu es vraiment sérieuse ? Et Ali ? Je ne comprends plus rien !

     - Je vais tout vous raconter. J’ai revu Dean… commença Nadia.

     - Revu ? s’enquit Devianee précédant de peu la question d’Adeline.

     - Tu ne nous as jamais dit que tu connaissais l’acteur.

     - Je ne vous ai pas tout raconté sur mon passé. Je voulais l’oublier !

     Adeline s’offusqua.

     - Comment veux-tu oublier un homme comme lui !

     - Ecoutez-moi d’abord ! Dean était mon meilleur ami d’enfance. Nous avons grandi ensemble. Puis, il est parti aux Etats-Unis pour devenir ce qu’il est à présent. Je n’ai eu aucune nouvelle de sa part. Et lui, aucune nouvelle de moi bien que je lui aie écrit des lettres. Nous ne savons pas ce qui s’est passé car il avait essayé de me joindre à maintes reprises. Il y a quelques semaines, nous nous sommes revus fortuitement. Je ne vous en ai pas parlé car je ne savais pas où j’en étais de ma relation avec lui. J’espère que vous ne m’en voulez pas trop. Il fallait que je sois discrète.

     - Oh t’inquiète pas, on s’en remettra. Alors, c’est quand que tu nous présentes ton prince charmant. Et Ali, qu’est-il devenu dans tout cela. Il était si chou !

     - Il a compris et des femmes y’en a partout ! Une de perdue, dix de retrouvées. Je ne m’en fais pas pour lui. Je crois qu’il est avec quelqu’un.

     - Tu as de la chance, dit Devianee. Un homme comme Dean McCauley. Séduisant, charmant, beau, riche et jeune. L’homme idéal.

     - C’est lui qui a de la chance, rectifia Nadia. Une princesse, jeune, belle, riche, intelligente…

     - Tout est bien qui finit bien comme dans un conte de fées, conclut Adeline.

     C’était à voir. Rien n’était fini et tout paraissait commencer.

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