Chapitre 9

Chapitre IX

 

Village Iadnanene (Algérie), dimanche 23 août 2009

     Nadia et Dean se retrouvèrent devant la porte de la chambre de la jeune femme. Son père les avait accompagnés jusque-là discutant, sur le chemin, des deux enveloppes trouvées sur leur table. Le même message apparaissait, mais avec des lettres alphabétiques différentes coupées dans un journal : Je vous observe.

     Qui pouvait se cacher derrière cet avertissement ? Nadia avait beau rayer les noms sur sa liste mais aucun d’eux ne semblait correspondre à ce personnage cynique et calculateur.

     - Je vais vous laisser vous reposer à présent car demain un avion vous attend en fin de matinée, dit le roi.

     Dean et elle allaient rentrer dans la chambre mais ne dormiraient pas ensemble. La chambre voisine de celle de Nadia comportait une porte communicante. Ainsi, personne ne s’apercevrait que Dean et elle s’étaient séparés durant la nuit.

     La main sur la poignée, Nadia tressaillit comme poussée par un pressentiment. Elle déverrouilla et entrebâilla la porte. Elle demeura un instant paralysée.

     Dean serra affectueusement la main de son beau-père avant de l’embrasser sur les deux joues. Le roi le félicita à nouveau.

     - Ne t’inquiète pas, le prévint-il, je vais me charger personnellement de savoir qui t’en veut ainsi que ma fille à présent. Il n’est pas dit qu’on touchera à un seul cheveu d’un membre de la famille royale !

     Les yeux du roi projetèrent une lueur effroyable. Quiconque oserait s’en prendre à sa famille paierait le prix cher.

     C’était pourtant à lui, Dean, de résoudre cette affaire. C’était par sa faute que les photos de Nadia et d’Ali en train de s’embrasser avaient été divulguées.

     Dean n’était pas aussi blanc qu’il paraissait. Beaucoup de reproches lui étaient imputés et un en particulier, qu’il essayait d’oublier. Malheureusement chaque nuit, il était en proie à des cauchemars lui faisant revivre…

     Une main lui broyait l’avant-bras. C’était Nadia. Elle recula d’un pas, l’air effrayé.

     Le roi poussa brutalement la porte qui claqua contre le mur. Le bruit assourdissant et sec résonna dans l’immense couloir comme un son de cloche fantomatique.

     Dean frissonna bien malgré lui.

     La main de Nadia s’était crispée instinctivement au bras de Dean, recherchant sa protection. Son sang-froid habituel tomba à la vue de la profanation. Son sanctuaire, sa vie privée avaient été bafoués. Cela en était trop ! Elle devait agir et vite ! Elle s’en faisait la promesse.

     L’écho la fit tressauter.

     Nadia pénétra dans sa chambre après son père. Elle palpa de la tension dans l’air.

     Des pétales de rose noire jonchaient le sol jusqu’à le dessus de son lit blanc. Un poulet égorgé gisait au milieu du lit. Le sang encore frais s’était étalé sur un large diamètre. L’odeur nauséabonde du volatile lui donna une envie de vomir. Elle prit sur elle pour ne pas se précipiter dans la salle de bain. S’approchant par petits pas, elle aperçut des ossements de différentes tailles. Elle porta une main à son cou comme si elle voulait retenir un cri de colère.

     C’était intolérable !

     Deux mains se posèrent sur ses épaules. Elle se retrouva plaquée tout contre le torse de Dean. Son parfum l’enveloppa tel un blindage. Immédiatement, elle respira plus lentement pour s’apaiser. Dean avait la capacité de la soulager de nombreux maux. Sa présence lui était bénéfique et l’empêchait de s’effondrer en pleurs.

     - J’en ai assez vu ! s’exclama rageusement le roi en faisant volte-face. Sortons d’ici et suivez-moi. Vous dormirez ailleurs.

     Le roi frappa le sol de sa canne avant de quitter la chambre.

     Dean dirigea sa femme vers la sortie et referma la porte sur la funeste machination.

     Dean suivit son beau-père dans l’aile opposée du château. C’était un endroit réservé à d’illustres personnages politiques étrangers.

     Alors qu’ils s’introduisirent dans un couloir non éclairé, plusieurs luminaires s’éclairèrent. Dean détecta des capteurs de présence aux entrées. Après quelques minutes, ceux-ci s’éteindront. Le roi n’aimait en aucun cas le gaspillage inutile.

     Après un long trajet sous le silence, ils arrivèrent devant deux grandes portes dorées sculptées. Il était bientôt cinq heures du matin et Dean était épuisé par la fête. Il voulait s’allonger et s’abandonner au sommeil.

     Le roi actionna la poignée d’or et ouvrit avec délicatesse cette fois-ci.

     - Entrez, mes enfants. Ici, vous serez en sécurité.

     Nadia pénétra dans la chambre ou plutôt une très grande suite. Dean s’émerveilla devant tant d’élégance pour cette suite nuptiale. Il ne pouvait en être autrement puisqu’un immense lit baldaquin doré, certainement à l’or fin, trônait en face. Le voilage très épais du lit, noir uni avec des bordures couleur or, rendait la pièce sobre mais toutefois romantique. Tout autour, des meubles blancs scintillaient à la lumière, créant une sorte de féerie surnaturelle.

     - Je vais vous laisser. Bonne nuit. Je prévoirai tout pour votre départ demain. Reposez-vous.

     Le roi tourna les talons et referma la porte.

     - Nous sommes coincés tous les deux ici. Heureusement, le lit est grand.

     Nadia le regarda sans mot dire. Qu’elle était belle dans sa jolie robe blanche ! Il se rappela le moment du henné.

     Dean avait rejoint Nadia dans la salle. Assise sur son trône, dans sa belle robe blanche, elle était éblouissante ! Elle portait des bijoux kabyles en argent comme le voulait la tradition : un diadème non rigide qui encerclait son front, un collier assorti ainsi que les deux bracelets.

     A peine avait-il pris place à ses côtés qu’Hakima arriva avec un grand panier habillé de tissu vert. La composition intérieure se résumait au henné, deux grandes bougies blanches, une paire de gants en soie incrustés de diamants, une coupelle devant accueillir le mélange du henné, un œuf et un gros bloc de sucre en forme de cône. Hakima distribua les deux bougies à deux fillettes d’une dizaine d’années qui se positionnèrent, une à côté de Nadia et l’autre à ses côtés. Hakima alluma ensuite les deux bougies. C’était à ce moment que les femmes entamèrent un chant rituel pendant que Hakima posa du henné sur sa paume et celle de Nadia.

     - Où est ton voile ? avait demandé Hakima à Nadia.

     - Je ne l’ai pas trouvé, j’ai envoyé Samira le chercher mais j’ai bien l’impression qu’elle non plus.

     Hakima s’était retournée vers l’assistance pour demander un voile. Une femme lui prêta un foulard de mousseline blanc possédant trois rangées de sequins dorés. Hakima le posa doucement sur la tête de Nadia.

     Dean en avait eu le souffle coupé car cela rehaussait encore plus la beauté orientale de Nadia. Sa belle-sœur leur avait chaussé chacun un gant, sur la main couverte de henné, afin qu’ils ne se salissent pas. Elle leur avait ensuite donné une datte et un verre de lait.

     - Je vais utiliser la salle de bain, si cela ne te dérange pas, Dean.

     Au son de cette voix si mélodieuse, Dean sortit de ses songes et cessa de fixer Nadia.

     Il passa sa main sur son crâne, mal à l’aise de ne pas être maître de ses faits et gestes.

     - Je t’en prie. Honneur aux femmes… ma femme, rectifia-t-il.

     - J’aurai tout entendu aujourd’hui, dit-elle avant de s’éclipser et de verrouiller la salle de bain.

     Dean aperçut une autre porte entrebâillée et se dirigea vers celle-ci, curieux de savoir ce qu’il pouvait bien contenir. Trouvant l’interrupteur à l’entrée, il alluma le grand lustre en métal chromé argenté, dont les dizaines de lignes très fines s’incurvaient comme le cou des cygnes. La pièce en question était un grand salon comportant une table en verre, ronde, fabriquée du même métal que le lustre. Les deux chaises avaient un dossier en forme de cœur. Une télévision dernier cri était accrochée au mur afin de suivre les informations ou autre programme.

     Nadia trouva un bonnet en plastique comme il était souvent fourni dans les hôtels luxueux sur le lavabo d’or au-dessus d’un support de carrelage noir et doré. Elle l’enfila et fit couler l’eau chaude avant de s’introduire dans la baignoire.

     Elle n’avait jamais vu cette suite. La baignoire était du même coloris que les tentures du lit, un fond blanc, un extérieur noir mais avec des motifs orientaux. C’était magnifique !

     La douche ainsi que l’effluve de rose la relaxèrent de sa grande journée. Elle ne s’attarda pas afin de laisser la place à Dean.

     Elle s’enveloppa d’une serviette et d’un peignoir moelleux et sortit de la pièce.

     Un petit problème se posait. Elle n’avait pas de sous-vêtements propres. Elle n’avait pas pensé à prendre de quoi se changer pour la nuit.

     Dean n’était pas dans la chambre mais à côté, là où de la lumière sortait.

     - Dean ?

     Dean arriva dans la chambre.

     - Oui ?

     - Je peux emprunter ta chemise pour la nuit ? lui demanda-t-elle.

     - Ma chemise ? Pourquoi ?

     Nadia préféra s’asseoir sur le lit pour éviter le regard insistant de Dean sur elle.

     - Je n’ai pas de pyjama…

     - Ah non, pas ma chemise. Elle m’a coûté super cher, tu exagères !

     - Co… comment. Mais ne t’inquiète pas, je…

     Dean enleva sa veste qu’il posa sur le dossier de la chaise de la coiffeuse.

     - Je rigole Nadia, l’interrompit-il en riant tout en déboutonnant sa chemise.

     Dean lui tendit sa chemise blanche et elle aperçut son torse nu avant qu’il ne disparaisse dans la salle de bain.

     Nadia eut soudain chaud. Le parfum épicé émanant du corps de Dean ainsi que la peau hâlée de son ventre la firent rougir. Il avait un corps magnifique.

     Pourquoi s’affolait-elle lorsqu’il était près d’elle ? Elle ne s’était pourtant jamais troublée auparavant ! C’était certainement dû à sa présence masculine depuis qu’Ali l’avait trahie. Ali… Elle n’avait quasiment plus eu de pensées pour cet homme qui lui avait fait beaucoup de mal. Elle avait été si amoureuse de lui. Elle avait tant rêvé de sa vie future, se voyant dans une grande maison avec des enfants. Son visage angélique encadré de mèches blondes l’avait fait fondre. Elle avait, pour lui, supprimé toutes ses barrières protectrices.

     Quelle idiote !

     Plus jamais un homme ne la ferait succomber aussi vite. Elle prendrait ses distances la prochaine fois.

     Hautement fière de ses résolutions, elle se leva, enleva son peignoir et retira sa serviette. Elle essuya ses jambes légèrement humidifiées.

     Elle prit la chemise et commença à enfiler la première manche. Le parfum de Dean sur la chemise l’assaillit de doute, mais quel doute ?

     La porte de la salle de bain s’ouvrit sur son mari qui s’immobilisa devant sa nudité.

     Dean ne s’attendait pas à cette vision. Il avait pris tout son temps dans la douche pensant qu’elle était déjà habillée et certainement couchée. Il ne fit aucun geste et détailla des pieds à la tête le splendide corps qui s’offrait à sa vue. La chemise n’étant pas fermée, il remarqua même un grain de beauté à gauche de son nombril sur un ventre plat.

     - Veux… veux-tu bien te… te… dé… détourner, balbutia Nadia.

     Absorbé dans sa contemplation, il ne s’était pas retourné comme l’aurait fait un gentleman.

     - Oui, oui, réussit-il à prononcer.

     - Mais fais-le !

     Dean obéit à cette injonction et se morigéna d’avoir été si lent à la détente. Qu’allait penser Nadia de son comportement ?

     - C’est bon, tu peux te retourner.

     Recouverte avec le drap jusqu’au menton, le visage de Nadia n’en était pas moins cramoisi de honte.

     - Désolé, je suis resté suffisamment longtemps dans la salle de bain…

     - N’y pensons plus, le coupa-t-elle et dormons.

     C’était plus facile à dire qu’à faire. Ce corps entraperçu allait l’obséder toute la nuit. Mais que lui arrivait-il ? Des corps féminins, il en avait tenu dans ses bras et ce n’était pas ce qui lui manquait. Il ne faisait rien pour les attirer, ils venaient d’eux-mêmes.

     Et Nadia bouleversait ses sens sans rien faire.

     Dean contourna le lit, puis se débarrassa de son peignoir qu’il laissa choir sur le sol afin de le récupérer le lendemain sans avoir à se lever car il était tout nu.

     Il se glissa sous le drap qu’il rabattit jusqu’à mi-ventre tant il avait chaud. Nadia était à l’autre bout du lit. Ce dernier devait mesurer un peu plus de deux mètres. Ainsi, ils ne pourront pas se toucher.

     Et mieux valait pour Dean car il n’aurait pas pu résister à cette peau si douce…

     Au bout d’une demi-heure d’attente dans le couloir non éclairé car elle n’avait pas bougé de sa position, la jeune femme estima qu’il était temps de partir. Les deux jeunes mariés étaient à l’abri car ils avaient fermé la porte à clé.

     Pour cette fin de soirée, elle n’avait pas d’autre choix que de se retirer.

     N’apercevant aucune âme, elle arracha le voile qui lui cachait une grande partie de la tête et s’en alla.

     Dean passa la cinquième vitesse de sa voiture de sport. Il roulait à plus de 130 km/h en ville dans une grande ligne droite. Aucune voiture ne lui barrait la route, c’était la totale liberté. Un regard du côté passager lui rappela la présence de Nadia. Son sourire enjôleur lui procura un sentiment d’allègement comme cela ne lui était pas arrivé depuis fort longtemps.

     Soudain, le visage enjoué de sa femme devint alarmant en même temps que le ciel s’obscurcissait.

     Un mur en brique rouge se matérialisa devant la route. Il appuya très fort sur le frein, changea la vitesse puis de nouveau utilisa le frein mais le mur se rapprochait dangereusement. Le choc allait être brutal.

     Il déplaça son bras droit afin de le placer devant Nadia et la protéger ainsi de l’impact.

     Le bolide s’encastra dans un bruit effrayant.

     Dean ne put retenir un hurlement.

     Nadia effleura le sable chaud de sa main. Allongée sur sa serviette de plage, elle regardait Dean qui nageait au loin. Trop loin pour elle-même si la mer était calme.

     Un cri la réveilla en sursaut.

     Elle remarqua, au-dessus du lit baldaquin, un miroir. Ce dernier lui renvoyait un reflet étonnant. Elle était blottie tout contre Dean. Son bras droit était posé tout contre son ventre ferme et sa jambe au-dessus des siennes.

     Comment était-elle arrivée jusqu’à lui, elle, qui pourtant, ne se déplaçait jamais dans son lit. Elle avait traversé tout le lit pour se placer près de Dean.

Dean murmurait quelque chose qu’elle ne comprit pas. C’était lui qui avait hurlé, un instant auparavant. Il transpirait et sa tête bougeait de gauche à droite.

     - Pardon, pardon, répéta-t-il.

     Nadia s’éloigna de Dean et le secoua car il faisait un cauchemar.

     - Dean, réveille-toi… Dean…

     Dean tressauta et ouvrit les yeux.

     - Nadia, je…

     Il porta sa main sur son front dégoulinant de sueur.

     - J’ai fait un cauchemar. Désolé de t’avoir réveillée.

     Les yeux de Dean exprimaient la tristesse. Quel genre de rêve pouvait bien le mettre dans cet état ?

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